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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

22 mai 2007 2 22 /05 /mai /2007 10:01
DIFFÉRENCES ET TOLÉRANCE

Projet socioculturel et théâtral, « Tu vois ce que je dis… » met en présence des malvoyants et des malentendants, des aveugles et des sourds-muets. Cette création collective est une tentative unique de démontrer comment l’impossible communication entre les victimes de ces handicaps devient possible et engendre un spectacle réjouissant.

Sur le modèle des Capulet et des Montaigu, voici les Aveugles et les Sourds. Chaque clan cherche à s’accaparer d’un banc public. La lutte est simultanément violente et sournoise. Pas facile en effet de se comprendre quand, d’une part, on ne connaît pas un langage des signes que de toute façon on ne voit pas et quand, d’autre part, on ne perçoit pas les mots prononcés par l’interlocuteur.
 Photo © Laurence Vrey

L’impact de la pièce tient beaucoup au fait que les interprètes ne jouent pas l’invalidité. Ils sont dans leur réalité quotidienne.
Mais ils sont aussi sur un plateau et donc se caricaturent en adoptant des comportements clownesques. Ils synthétisent des situations clés avec le trait grossi de la farce et suscitent de la sorte un rire libératoire. Les clans se forment, se solidifient, s’affrontent. Mais le groupe n’est pas l’individu. Alors, l’union se fissure. Les doutes s’insinuent. Des approches se perçoivent. Un amour esquisse un couple. Certains s’obstinent dans les préjugés hérités. D’autres s’interrogent. Puis cherchent des moyens de transmettre l’un ou l’autre message. De tâtonnements en essais, de velléités en actions assumées, la compréhension progresse.

C’est alors que, metteur en abyme, Vincent Logeot bondit sur le plateau. Il vient interférer la réalité au creux de la fiction. Il vient démontrer le théâtre peut influencer le réel. Il vient mettre du recul à la comédie et replacer pour le public l’exact contexte du handicap, avant que ne se relance l’intrigue.

Une mise en pratique de la scène à la salle


L’énergie est permanente. Les comédiens (Annick Bouffioux, Adhémar Lebain, Paul Desmarets, Huguette Huque, Jean-Claude Procureur, Patrick Lemaire, Wendy Wastiaux) s’investissent à fond, prenant manifestement plaisir à jouer, à démontrer qu’ils peuvent être reconnus par les gens prétendus normaux. L’astuce qui permet au public handicapé de se mêler aux spectateurs habituels, et par conséquent de mettre en pratique l’objectif poursuivi par le spectacle, réside dans la présence permanente sur scène de deux truchements, à l’avant-plan, côté cour et côté jardin. Une traductrice reprend en langage des signes les dialogues de la pièce à l’intention des malentendants. Une commentatrice raconte les didascalies pour les malvoyants.

L’expérience s’avère positive. L’aspect comique de l’interprétation lié à la Commedia dell arte est un support plaisant pour un message grave. Celui de la nécessité de trouver des moyens de communiquer malgré les différences physiques ou culturelles, facteur essentiel de pacification et de solidarité.

Michel VOITURIER (Lille et Belgique)

Tu vois ce que je dis
Texte : création collective
Mise en scène : Vincent Logeot Distribution : Annick Bouffioux, Paul Desmarets, Huguette Huque, Adhémar Lebain, Jean-Claude Procureur, Patrick Lemaire, Wendy Wastiaux
Éclairage et décor : Guillaume Deconinck
Production : Passe-Muraille (Frameries)/Foyer culturel (Péruwelz)
Contacts : 00 32 (0)65 770 370 ou www.passe-muraille.be

Au Foyer culturel de Péruwelz, les 27 et 28 avril 2007. Salle Abel Dubois (Mons) le 21 septembre 2007.

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12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 21:35
VERSION CULOTTÉE POUR MAINS SALES

L’audace du théâtre allemand n’est pas réservée à la scène berlinoise. L'édition 2007 des Theatertreffen à Berlin révèle Hambourg comme l'une des scènes les plus novatrices. Die schmutzige Hände (Les Mains sales), mis en scène par Andreas Kriegenburg, offre une adaption percutante et audacieuse d’un classique du répertoire français.

Se réapproprier le théâtre de Sartre n’est pas une mince affaire. En France, les mises en scène des pièces théâtrales du philosophe prennent rarement de risque. La dramaturgie, la philosophie, l’engagement du texte confèrent aux pièces un caractère presque sacré. Si bien que le texte est intouchable : didascalies, narration, style, ambiance doivent rester intactes. Résultat : en vertu de fidélité, les mises en scène françaises restent trop souvent frileuses. Une adaptation allemande des Mains sales, c’est la promesse d’un regard neuf, voire déroutant, sur la pièce du grand Sartre.
 Photo © DR

Dépoussièrer les convenances, c’est bien ce à quoi Kriegenburg s’est appliqué en mettant en scène « Die schmutzigen Hände ». Pari réussi. En revisitant la pièce politiquement engagée, l’ancien metteur en scène residant de la Volksbühne n’a pas pris Sartre avec des pincettes. Tout est étudié pour abandonner ses réflexes réactionnaires. Tout , de la mise en scène au décor, prête à la destabilisation : cette scène vertigineuse, immense pente tout en parquet au centre de laquelle trône immense rideau de perle, espèce de lustre mouvant et lumineux ; ces enceintes en arrière plan, fenêtres par lesquelles apparaissent ou disparaissent les personnages ; cette lumière tantôt jaunâtre, tantôt bleuâtre, qui nous plonge dans une atmosphère chargée de tension.

L’humour sur le chemin de l’humain


Mais le plus surprenant reste dans le jeu : le ton caustique est à l’honneur. Les effets burlesques qui connotent le début de la représentation inquiètent à première vue : une Olga délurée, un Louis alcoolique et un Hugo maladroit, s’agirait-il d’une énorme farce ? On est pourtant bien loin de la déconstruction facile. Et c’est là le génie de la pièce : petit à petit, à travers l’humour, les personnages gagnent en profondeur. Chacun murit dans son combat existentielle.

Le Hugo de Hans Löw, sous ses airs de pantin mal fagoté, se forge en mettant à l’épreuve ses convictions politiques.
Jessica, sous les traits de la virtuose Judith Hoffman, abuse de son pouvoir de séduction et met en danger son amour.
Jörg Pose incarne un Hoederer trop humain sur le chemin de la mort.
L’inébranlable Olga s’effondre d’amour avec majesté.
Chaque personnage, en déclinant sa fragilité, devient humain. Kriegenburg n’a pas eu froid aux yeux et le risque est payant.

Une nouvelle énergie du texte s’impose, une version explosive et esthétique sous le signe de l’humour et de la passion des personnages. Authentique et bouleversant.

Elsa ASSOUN (Berlin)

Die schmutzigen Hände / Les Mains sales
Texte : Jean-Paul Sartre
Mise en scène : Andreas Kriegenburg Interprétation : Jörg Pose(Hoederer), Hans Löw(Hugo), Paula Dombrowski (Olga), Judith Hofmann(Jessica)
Décor, costume : Ricarda Beilharz
Lumière : Stefan Bolliger
Dramaturgie : Claus Caesar

Au Thalia Theater, Hamburg. 8-10 mai 2007 à Berlin, Haus der Berliner Festspiele. Le 19 juin 2007 à Hambourg.

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12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 20:25
Quand on a vu la trilogie à l'envers et que l'on découvre la Compagnie de théâtre-danse "Peeping Tom" (*), c'est le choc ! C'est une révélation.

La création :

On a dit de "Peeping Tom" qu'il était "le Pedro Almodovar du théâtre dansé". Bien que jeune encore (2000), ce collectif bruxellois, né dans la galaxie Alain Platel/Vandekeybus/Ballets C.de la B./Need Company, affiche une maturité indéniable et confondante. Il est vrai aussi qu'une certaine Viviane De Muynck (que l'on a appris à connaître depuis Avignon) a soufflé quelques conseils dramaturgiques…
 Photo © Marc Deganck

C'est en association avec Les Halles de Schaerbeek, et dans le cadre de "Charleroi/Danses" que le KVS présentait dès le 28 mars, dans sa salle du BOL, le dernier volet d'un triptyque bien singulier : l'histoire d'une famille plutôt étrange, mais d'une famille avec des danseurs de tous âges et de tous gabarits. Sa destinée - et ici sa déchéance finale - est racontée au moyen d'une forme de spectacle propre à la compagnie, mêlant danse, chant, paroles, en une sorte de pièce de théâtre dansée. Inclassable ! Pas de "présentations" mais au vu des générations, on peut imaginer les rôles dans cette famille : grands-parents, fille (ou bonne?), fils, couple avec petit-enfant, tous aussi remarquablement à l'aise dans la danse que dans l'insolite permanent.

Une scénographie (de Pol Heyvaert) se laisse lentement découvrir. D'abord, dans un coin, un cérémonial étrange : une maison de poupée, une gentille vieille dame et un acte de pyromanie : la maison part en flammes. Et puis la maison grandeur nature se dévoile, ou plutôt ce qu'il en reste : au-dessous d'un salon à moitié enseveli, envahi dans un coin par une énorme motte de terre, un sous-sol ravagé, fait de gravats, de racines… et de la terre partout. Les fondations paraissent immenses. Certaines chutes périodiques d'eau, de gravats, rappelleront que le processus de dégradation est toujours en cours.
Une voix, superbe, celle d'une mezzo-soprano, Eurudike de Beul, des corps-matière sans cesse agglutinés, se collant l'un à l'autre, aux autres, pour ne faire qu'un, s'épousant dans tous les sens du mot : Gabriela Carrizo, Samuel Lefeuvre, Franck Chartier et Maria Otal (80 ans, étonnante!). L'expression "enterrer ses souvenirs" sera à prendre au propre comme au figuré et procurera de grands moments d'émotion directe.

La reprise :

Parlons du début maintenant. Tout commence dans "Le Jardin" (2002), et se poursuit dans "Le Salon" (2004) : deux reprises aux Halles. Du reste, dans le vaste espace des "Halles" il faut passer par ce "Jardin" installé, avec caravane, pour accéder à l'endroit où se situe le "Salon" de cette fameuse "famille" et inversement. Remarquable est l'emploi des matières, de la matière du sol d'abord : tapis d'herbe pour le jardin, support lisse et eau pour le salon, mélange de tourbe et de sable pour le sous-sol, impliquant d'autres comportements, d'autres prouesses d'une chorégraphie qui tient pour acquises des techniques de cirque : acrobatie, contorsionnisme… mais "qui fait sens".

Pour chaque volet de ce triptyque, toujours ces bribes de mots, de phrases, ces ébauches de dialogue ainsi que les parties chant de genres variés, bribes de souvenirs… une chanteuse s'acharnant sur un piano ou une jeune enfant babillant (Uma Chartier), pas plus anachroniques que toutes sortes de détails scénographiques incongrus. Les non-dits ont été la règle dans cet intérieur qui fut cossu, alors quand la discussion appartient aux corps, la danse acquiert une puissance rare. Il pleut goutte à goutte dans la maison comme cette mère qui pleure, le piano est mal en point comme ce vieux qui décline et s'accroche à ses trésors (Simon Versnel), la bibliothèque se vide : c'est la lente chute d'une Maison qui leur fut chère…

Faut-il signaler que ces spectacles sont multilingues ? On commence à en avoir l'habitude à Bruxelles…

Suzane VANINA (Bruxelles)

(*) peeping tom, en anglais = voyeur

Coproduction: KVS Bruxelles-Théâtre de la Ville Paris-Charleroi Danse-Trafo Budapest-Réseau France des CDC …et beaucoup d'autres soutiens nationaux et internationaux - www.halles.be - 02.218.21.07 – 02.218.21.07 - Charleroi Danses : 0800/800-80 - www.kvs.be - 02.210.11.12

Voir www.fransbrood.com pour un nombre impressionnant de dates de tournée internationale

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12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 13:05
Les créations de La Fabrique imaginaire sont toujours très attendues à Bruxelles : parce qu'elles sont rares, elles font le tour du monde, et surtout parce qu'elles sont toujours surprenantes. La dernière en date n'a jamais aussi bien mérité son intitulé, les "voyages" sont la base de fonctionnement de cette compagnie nomade qui sillonne les routes de terre, de mer et de l'air de tous les continents.

Ce "Voyage"-ci appartiendrait à "l'air", et plus encore, puisqu'il n'est rien moins qu'un voyage - en avion (on s'y croirait) pour les spectateurs - et dans une autre dimension, un voyage aux ambitions métaphysiques dans les méandres du cerveau, les perspectives vertigineuses de l'ADN et les télescopages de temporalités avec le concept ardu de l'espace-temps. Ardu ? Que nenni ! Par le talent des interprètes (ayant érigé la connivence avec le public en règle d'or), la dérision sans cesse présente et une bonne dose de référent à cette "école belge de l'Etrange" renommée (Thiry-Owen-Ray), voilà un spectacle hors normes, qui dérange (agréablement) le spectateur, sollicité jusque dans son fauteuil.
 Photo © Herman Sorgeloos

Avec Valère Le Dourner, le commandant de bord qui invite au voyage, avant de se mettre concrètement aux commandes de la régie visible, il convient de laisser sur le tarmac sa raison raisonnante. Embarquement plateau et salle compris, l'aire de jeu étant aussi vaste que le sont les postulats de départ pour des "Navigateurs de l'Infini" (1) du macrocosme au microcosme. A l'instar de Marcel Thiry (2), puisque "toute logique est un leurre", voir dans la mort "pas autre chose qu'une très grande distance", faire "échec au Temps", et ainsi imaginer "un grand Possible", en souriant aux étoiles avec qui l'on vit alors qu'elles sont déjà du passé… tel est le climat et ses turbulences.

Rencontres impossibles

Outre cette filiation (véritable ou non), des paliers d'humour sont ménagés au détour des couloirs temporels où se produiront des rencontres "impossibles" comme celle de la conteuse-actrice accidentée Eve Bonfanti et de sa mère, toute jeune violoniste des années 30 : Lola Bonfanti. "Lâcher prise" de rigueur ! Jamais l'expression "un Ovni dans le paysage théâtral" n'aura été plus justifiée. Si le genre n'avait "mauvais genre", on pourrait ranger l'œuvre dans la section/sous-genre "utopie" du domaine Science-Fiction. Mais la démarche des animateurs de cette "Fabrique…" se veut inclassable et moins réductrice. Dont acte. La "méthode" en est fixée depuis dix ans et aujourd'hui, ils peuvent dire que "la production s'adapte à notre méthode travail qui impose l'idée qu'une création envisagée sur un long terme, utilisant comme matériaux l'improvisation, la libre inspiration poétique, la construction d'un texte - écriture et mise en espace - pour support à l'explosion du jeu".

Si l'on suit la démarche de ce collectif, on sait qu'il n'est pas possible de "raconter" leurs spectacles. Le précédent, "Au Bord de l'Eau", a été créé en 2002, et "Du vent… des fantômes" a tourné de 1998 à 2005 aussi bien en Europe qu'en Amérique et en Australie. Au minimum, deux à trois saisons sont nécessaires pour l'élaboration d'un spectacle, en ce compris la confrontation et le peaufinage avec des publics variés. "Créateurs d'étoiles"… "La Fabrique…", c'est aussi la rencontre fructueuse entre deux artistes : on peut déceler la patte de l'acteur Yves Hunstad célèbre par son solo "Gilbert sur scène", abondamment primé, et celle "plus cinéma" de Eve Bonfanti avec un L.M., primé lui aussi, "Madame P." Si l'on ajoute la digne fille de ses géniteurs la comédienne-violoniste-chanteuse Lola Bonfanti - et compositrice, ici - la passion qui anime ces fous de théâtre n'est pas prête de s'éteindre.
Font ici avantageusement partie de cette famille au sens élargi : Katia Ponomareva, truculente sexologue et Etienne Van der Belen, un savant déjanté. Tous se croiseront à un moment ou un autre dans "un monde aux repères changeants" et dans "des temps où les forces du passé et du présent se mélangent".

Suzane VANINA (Bruxelles)

 1 : J-H Rosny Aîné (1856-1940 - "La Guerre du Feu"…)
2 : Marcel Thiry (1897-1977) contemporain des surréalistes dont il se démarque, poète et romancier, marqua fortement les Lettres belges.

Voyage - premier épisode
De Eve Bonfanti et Yves Hunstad

Au Théâtre de la Balsamine, Av. Félix Marchal, 1, 1030 Bruxelles - T : 02.736.64.68.
En co-production avec le "Groupe des 20 théâtres en Ile de France" et de nombreux partenaires belges et français.

Du 24 avril au 19 mai 2007, 21 h, ensuite en tournée internationale.

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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 10:31
"INSOLITE TOUCH"

Curieuse histoire que celle imaginée par l'Anglais Tim Crouch et curieux concept théâtral que celui imaginé par le Groupe Toc… Intitulé "performance théâtrale" ce spectacle bouscule les habitudes.

 Aux "Halles de Schaerbeek" qui l'accueille, il est présenté, à dates différentes, dans deux formes et dans deux lieux différents. L'un n'est qu'un promenoir pour sa version française… saupoudrée d'anglais, tandis qu'on peut le voir dans une petite salle en sa version anglaise originelle, jouée par l'auteur lui-même. Là ne s'arrête pas l'originalité.
 Photo © Francis Hills

Le sujet d'abord. C'est l'histoire d'un gamin qui, à l'âge de 9 ans, décide de vivre le bras levé et qui, adolescent puis adulte, tiendra le défi. Ce bras dressé d'abord vu comme une manière de marquer son individualité, assumé ensuite par provocation, au mépris des souffrances, procurera la célébrité à un homme devenu à la fin œuvre d'art, exposée, adulée puis rejetée, disloquée…
On peut y voir une fable moderne sur le désir d'être reconnu par tous les moyens, sur la place d'un être humain dans une société mercantile… et encore ! Une fable exposée joyeusement, dans une dérision totale, malgré ce qu'il y a de réaliste dans la description du délabrement physique du "héros" et dans son destin tragique, librement choisi.

Bousculer le "politiquement correct"

Tim Crouch, l'auteur-acteur, choisit de présenter "My Arms" sous forme d'une conférence-performance en complicité avec le spectateur, telle qu'il l'a créée en 2003 au "Traverse Theatre" d'Edinburgh, avant Londres et New-York et avant de poursuivre une longue carrière indépendante, traduite et représentée en Amérique, Australie ou en Europe. Cette première création allait être suivie d'autres avec autant de succès, sans discontinuité, notamment des monologues à partir de Shakespeare à destination de jeunes publics (le dernier "I, Banquo" en 2005). Pour "The Guardian", "Crouch est armé et dangereux"… car il y a de la provocation dans cette "proposition indécente" d'atteinte au bon sens, à la vie normale… Ca choque et ça bouscule le "politiquement correct".

Le Groupe Toc, par sa metteure en scène Anne Thuot, opte pour un traitement de "Mon Bras" avec trois comédiens - Cédric Lenoir, Hervé Piron, Mélanie Zucconi - se partageant l'histoire, ponctuée des séquences de ralentis cinéma, joli exploit de "l'illusionniste" aux lumières, Raphaël Noël (nom prédestiné) qui marquent les étapes d'un récit de vie hors du commun.
La version française ne s'écarte de la V.O. que par un dédoublement (non systématique) qui charge un comédien de "la preuve vivante" en illustration de ce que l'autre comédien décrit et raconte, les rôles étant donc interchangeables, alors qu'en contrepoint vocal et/ou gestuel, intervient la comédienne.
Pas de décor, un minimum d'accessoires, mais un tempo soutenu dans cette œuvre chorale évolutive (sur une conception de scénographie malléable au maximum), pour des spectateurs que le Groupe Toc entend bien aller chercher jusque dans leurs retranchements les moins théâtraux…"comme une sorte de virus qui se répand".

Suzane VANINA (Bruxelles)

Mon Bras, de Tim Crouch ET le "Groupe Toc"*
Coproduction Les Halles-Groupe Toc, avec le soutien du British Council, des théâtres "de l'L" à Bruxelles et "des Doms" à Avignon.
Dates en mai-juin à Bruxelles, ensuite 14-15-16 juin à Strasbourg et en tournée.

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8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 10:28
ÉCHO DES DOMMAGES COLLATÉRAUX

Ca se passe à Berlin, chez "des Arabes" car, n'est-ce pas, il ne suffit pas d'y être né ou d'avoir un passeport pour être vraiment "du pays" même si on se sent quelque peu "patriote"… Sujet actuel brûlant, s'il en est : le terrorisme, ou "la suspicion de…" ; l'histoire pourrait se passer dans toute autre métropole européenne que Berlin.

C'est une femme, Jalila Baccar, fondatrice d'une compagnie théâtrale privée à Tunis, qui est l'auteure d'une réflexion sur les retombées d'actes dangereusement inquiétants - avérés ou non - d'un "suspect" sur sa famille ; laquelle n'est pas forcément complice mais très souvent considérée comme telle, avec toutes les conséquences que cela peut supposer…
 Photo © Philippe Fontaine

Ici, c'est la petite amie, Dolorès Delahaut, c'est la sœur, Hassiba Halabi, ce sont deux femmes, qui portent tout le poids d'une disparition (suspecte plus qu'inquiétante), celle de Moktar (Hakim Louk'man). Ce sera l'éclatement d'un couple et d'une famille "mixte": la sœur de Moktar, Aïda, "bien intégrée", ayant épousé un Allemand, Ulrich, de qui elle a un fils.
Avec encore Bernard Gahide et Stéphane Ledune, ce sont cinq comédiens dirigés par Jacques Neefs, metteur en scène, dans une scénographie efficace de Didier Lefèvre, qui assument divers personnages montrant le regard des uns et des autres (le petit raciste ordinaire ne dormant que d'un œil) et les réactions en chaîne dans l'entourage : rejet, peur… mais aussi dans la société et au-delà, les médias harcelants n'étant pas épargnés dans la critique du procès d'intention fait à une "mouvance islamique" au nom de "l'anti-terrorisme".

Une guerre "propre"

Le problème de la montée d'un certain intégrisme n'est pas non plus occulté. Sans qu'une morale soit assénée, c'est la situation qui est exposée, avec brio, et dans une proximité scénique qui renvoie chacun à son questionnement personnel… On a plongé dans cette actualité brûlante : le terrorisme et son combat, ici combat réel, soit la guerre dite "préventive", la guerre dite "propre". Le point de vue est encore celui des gens "d'en bas". Du point de vue de ceux qui l'ont vécue, cette guerre, dans leur tête, leur peau, leurs tripes, et qui doivent revenir à la vie civile, qui doivent re-vivre.

Faisons le lien avec d'autres spectacles récemment à l'affiche. D'abord au Poche, théâtre "engagé" depuis sa fondation, avec "Motortown", puis à l'Atelier 210, jeune théâtre novateur, avec "Kill !, kill !, kill !" (1), Pour "Motortown" il s'agit d'un auteur anglais, Simon Stephens (une dizaine de pièces à son actif) qui, à chaud, après un certain juillet 2005 d"attentat terroriste" à Londres, a déversé ses sentiments en un jet d'encre discontinu de 4 jours. Il voulait hurler son dégoût des massacres en tous genres par le truchement d'un personnage, le jeune Danny, (un tout jeune Pierre Lognay qui se donne à fond) et de son chaotique retour au pays après "services rendus" en Irak. Mis en scène par le chevronné Derek Goldby, assisté d'Alexandre Drouet, joué par de très convaincants comédiens, soit les divers protagonistes de cette confrontation, cela s'était passé dernièrement sur une scène installée comme une arène…

L'Américain Jimmy Massey pour "Kill !, kill !, kill !" n'est pas un auteur au sens habituel mais un témoin. Ce spectacle vrai, qui ne ment pas, qui utilise un minimum d'effets théâtraux, c'est la démarche exacte de cet ex-sergent-chef, qui après avoir été recruteur pour les Marines, vécu l'enfer en Irak, est devenu à l'heure actuelle, un simple citoyen allant porter son témoignage contre-engagement partout où il le peut aux Etats-Unis. Ses mots, son récit, ont été recueillis, mis en forme par la journaliste Natasha Saulnier pour un livre-choc, censuré aux USA, édité en France (2), adapté pour la scène belge par… Alexandre Drouet qu'on retrouve à la mise en scène (c'est dire si ses intentions dramaturgiques ont été mûrement réfléchies).

Voici donc un sobre, clinique, brutal mais poignant exposé des faits "yeux dans les yeux", par celui qui les a vécus, l'incarnation même, de Massey par Hugues Hausman. Soit encore une autre vision, crue, de ce qu'il était convenu d'appeler naguère "les horreurs de la guerre", maintenant de banals "dommages collatéraux", recensés comme une litanie par nos médias…

Suzane VANINA (Bruxelles)

Cie Act-Hours en coproduction avec "Théâtre en Liberté"/AtelierduThéâtre des Martyrs
T : 02.223.32.08 - jusqu'au 20 mai 2007.

(1) "Projet Cryotopsie"encore jusqu'au 12 mai à l'Atelier 210 – T : 02.732.25.98
(2) dans la traduction d'Emilie Saada, publié par les Editions du Panama/Paris/2005

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 19:24
THÉÂTRE TRIBUN POUR ÉPOQUE TRIBALE

Roberto Garcia est un révolté. Il s’en prend aux travers de notre époque, ceux qui empêchent de vivre réellement. C’est caustique et apostrophant. C’est un théâtre hors normes en fusion totale avec la musique de Bruno Soulier.

Présenté dans le Off d’Avignon en 2005 par la troupe nordiste d’Intervalle Théâtre/Oratorio, « Jardinage humain » prend le présent à bras les corps et à pleines voix. Le texte de Garcia est un plaidoyer virulent en faveur de la vie et en opposition aux virus sournois qui infectent la société. Dès l’entrée de Pascal Martin-Granel et d’Eva Vallejo, sous un éclairage verdâtre, le ton est affirmé. Leur première intervention, reprise en leitmotiv, est la lecture de la liste des personnalités compromises dans les exactions de la dictature uruguayenne et acquittées par la suite. Après viennent des fragments composant une vision clairvoyante des malaises engendrés par notre évolution.

Photo © Interlude T/O

L’humour est amer, la rage sous-jacente, la lucidité décapante. Boum pour la propension de chacun à se mettre en valeur, à paraître, à éviter d’être soi. Vlan sur l’exploitation du public l’incitant à acheter des produits surévalués et fabriqués par des esclaves modernes. Paf contre la surconsommation. Et l’envahissement de l’existence par les GSM, le star-system, la débilité télévisuelle. Haro devant un monde pour lequel le silence est devenu quelque chose d’insupportable et penser est devenu impensable. En découle une solitude qui empêche de profiter des plaisirs d’exister mais, au surplus, coupe la majorité des citoyens de la solidarité. L’irresponsabilité est omniprésente. La pollution est envahissante. L’économie se déglingue. Bref, « la nature humaine représente la liberté, c’est-à-dire la capacité de choisir, parmi toutes les options, la pire ».

Un plaidoyer énergique

Accrochés à leur micro, les deux interprètes murmurent, hurlent, scandent, persiflent, éructent. Tandis que Bruno Soulier (piano), Léa Claessens (violon) Yannick Deroo (percussions) se mettent en osmose avec les mots. La musique contient sa violence intérieure. Elle investit le répétitif, comme les litanies égrenées par les comédiens. Elle envoûte quand les voix psalmodient. Elle se déchaîne au besoin pour souligner, accompagner, exalter le discours. Le spectacle s’avère tourbillon. Il entraîne le public dans un déluge verbal à la fois massacre jubilatoire, poésie enthousiaste, défoulement jouissif, interrogation active. La générosité de tous les interprètes est contagieuse, convaincante comme dans « La Mastication des morts » mise en scène par la même Eva Vallejo.

Michel VOITURIER (Paris)

Jardinage humain
Texte : Roberto Garcia (éd. Les Solitaires intempestifs)
Conception : Eva Vallejo et Bruno Soulier
Mise en scène : Eva Vallejo
Distribution : Eva Vallejo – Pascal Martin-Granel
Musiciens : Léa Claessens - Yannick Deroo - Bruno Soulier
Musique : Bruno Soulier
Production : L’Interlude Théâtre/Oratorio - Ville d'Avion

Au Manège de Mons les 23 et 24 avril 2007.

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4 mai 2007 5 04 /05 /mai /2007 19:52
UNE VIE À LA DÉRIVE

La vie d’un jeune Irlandais des années 60, selon Patrick Mc Cab, avec un cheminement erratique en équilibre entre tragédie et comédie. Une production belgo-québécoise en miroir au mal être de nos sociétés privées de repères.

Frank est un gamin un peu différent de ses condisciples. C’est un solitaire dont la mère affiche des tendances suicidaires et dont le père baigne dans l’alcool sa vocation ratée de trompettiste. Le gosse a des comportements imprévisibles. Il n’aime pas cet ordre social sous lequel se camouflent des tares et des malaises engendrés par les carences sociétales, les insuffisances affectives, les rêves avortés. Il chaparde. Il joue au racketteur. Il provoque et vandalise. Il navigue entre un unique meilleur ami et un souffre-douleur vulnérable. Il construit un monde chimérique où l'on gagne des millions aux jeux de hasard, où la liberté n’est pas bridée par des lois, où les adultes ne sont pas des pantins. Il est tout entier dans cette formule de Gaëlle Obiégly : Dans le mot « avenir » il y a « vain » et il y a « rien ». Il dérive vers une violence de plus en plus assassine. Il connaît les internats religieux. Il fait escale dans une institution psychiatrique. Il cherche à être sans se départir du paraître. Il s’enlise dans la solitude la plus totale suite à la mort de ses proches ou à la désertion de l’amitié. Il affirme un besoin d’enfance vraie, manque absolu de sa vie adulte.

Photo © Alessia Contu

La pudeur de suggérer


La mise en scène de Delaunoy a choisi de ne jamais tomber dans le dramatique, de ne pas davantage accentuer les effets comiques. Du coup, il subsiste des ambiguïtés liées au parti pris de flou volontaire, par exemple dans la brève allusion à des rapports homosexuels avec un curé. Du coup, en dépit de son inventivité perpétuelle, le travail du metteur en scène laisse une impression de neutralité objective au point que le spectateur se situe en témoin quasi indifférent d’un parcours nourri de rebondissements.
Le jeu se sert de la double présence de Frank Brady (Jean-Jacqui Boutet narrateur âgé et Alain Eloy jeune individu en action) pour alterner récit, dialogues, passage de parole en écho. Il permet aux acteurs de changer de rôles en les typant d’accessoires personnalisés. Il se sert de la musique interprétée par Patrick Ouellet comme décor sonore, soutien rythmique, accompagnement de chants et de danses.
L’espace est modulé par deux immenses cadres qui voyagent, se couchent ou se verticalisent, avancent ou reculent, lieux diversifiés que déterminent les allées et venues des protagonistes selon qu’ils s’y asseyent, y grimpent, les traversent, s’y couchent, s’y cachent, s’y retrouvent enfermés derrière des barreaux de chaises.
L’ensemble donne sens aux fragments d’existence assemblés. Il possède une cohérence esthétique irréprochable. Peut-être y manque-t-il un soupçon d’émotion susceptible de placer le public en situation de compassion ou de révolte.

Michel VOITURIER (Lille et Belgique)

Frank, le garçon boucher (The Butcher Boy)
Texte : Patrick Mc Cab (traduction : Séverine Magois) (éd. 10/18)
Mise en scène : Michael Delaunoy (Belgique)

Distribution : Anne-Claire (B), Jean-Jacqui Boutet (Québec), Audrey D’Hulstère (B), Alain Eloy (B), Denis Lamontagne (Q), Patrick Ouellet (Q)
Scénographie : Jean Hazel (Q) - Amélie Trépanier (Q) Costumes : Erica Schmitz (Q), Laurence Goeminne (B) Lumière : Laurent Kaye (B), Gauthier Minne (B)

Musique : Patrick Ouellet (Q)
Décor sonore : Lorenzo Chiandotto (B)
Chorégraphie : Edith Depaule (B)
Coiffures, maquillage : Serge Bellot (B)
Patines : Marianne De Wil (B)
Captation vidéo : Fred Vaillant

Production : Théâtre Blanc (Québec) - L’envers du théâtre/Cie Michael Delaunoy (Bruxelles) - Théâtre de la Place des Martyrs (Bruxelles) - Le Manège.mons/Centre dramatique (Mons) - Théâtre de l’Ancre (Charleroi)

En tournée : au Manège à Mons du 24 au 29 avril (32-(0)65/395 939) ; au Théâtre de l’Ancre à Charleroi du 3 au 19 mai 07 (32-(0)71/31 40 79) ; au Théâtre Périscope à Québec du 11 septembre au 6 octobre 2007 (1-(418)648-9989) ; au Théâtre Populaire d’Acadie à Caraquet, le 17 octobre 07 (1-(506)727 09 20) ; au Théâtre de l’Escaouette à Moncton les 18 et 19 octobre 07 (1-(506)855 00 01) ; à la Maison de la Culture de Tournai du 23 au 25 octobre 07 (32-(0)69/25 30 80) ; au Théâtre de la Place des Martyrs à Bruxelles du 8 novembre au 8 décembre 07 (32-(0)2/223 32 08).

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4 mai 2007 5 04 /05 /mai /2007 19:32
DIFFICILE DE DEVENIR SOI

L’adolescence est un moment difficile pour accepter d’être soi, d’avoir un corps, d’être en relations avec autrui, d’être tiraillé entre charnel et spirituel. Ce parcours, Marie Vaiana a tenté de le suivre en écrivant et mettant en scène un spectacle de gestes et de mots.

Étant donné un être fait de bestialité et de spiritualité, la fable met en présence Antoine, le jeune homme et Gustave, son chien. Ils décident de se faire passer l’un pour l’autre. Le premier, sous sa nouvelle apparence animale, expérimente la violence, le sexe, la souffrance. Le second, sous sa silhouette humaine, révèle le besoin familial de modeler l’enfant, de l’empêcher d’être autre que ce qui a été envisagé à travers son éducation et sa formation.
 Photo © Les Plaisirs chiffonnés

La dualité des êtres sert de trame à l’histoire. Elle parie sur l’utilisation optimale des signes scéniques pour rendre évidente une situation complexe. D’autant que tous les rôles sont incarnés par deux comédiennes (la voisine, le père chirurgien esthétique, la mère… toujours identifiés par le couple moi-je). Et que, à certains moments, chacune sert de double au rôle joué alors par l’autre. C’est là que la mise en scène et le travail d’interprétation prennent une importance capitale.

Le corps comme instrument


Les mots sont complétés par le corporel. Gaëlle Gourvennec (Antoine) pratique les arts martiaux et la danse. Paola Secret (Gustave) est férue de commedia dell’arte et de travail clownesque. Elles apportent ces expériences dans leur jeu. Le réalisme une fois banni, reste une constante chorégraphie des gestes et des déplacements en alternance ou en concomitance avec la parole. Là réside le côté captivant de ce spectacle. Les actions se déroulent en une sorte de fondu enchaîné où tout devient plausible.
La manipulation d’accessoires (objets, vêtements…) réussit à typer les protagonistes secondaires, à les faire exister sur le plateau. La connivence entre les partenaires frise parfois la fusion. Leur prestation rappelle par moment le bunraku japonais dans lequel il y a concordance entre une marionnette et son manipulateur.
L’absence de décor est palliée par les éclairages imaginés par Caroline Panzera qui délimitent les espaces successifs de l’action.
La mise en scène se concentre sur les mouvements et sur le texte en faisant référence à la peinture cruelle et dépouillée d’Egon Schiele, que rappellent les costumes conçus par Hélène Ducrocq, influencée par son travail en films d’animation. Le seul point négatif attaché à cette réalisation tient au fait que le texte, puissant et poétique, passe au second plan à mi-parcours parce qu’il ne renouvelle pas assez ses rythmes face à l’inventivité permanente du travail gestuel.

Michel VOITURIER (Lille et Belgique)

Gustave et Antoine
Texte et mise en scène: Marie Vaiana
Distribution : Gaëlle Gourvennec - Paola Secret
Éclairage : Caroline Panzera
Musique : François Vaiana
Scénographie et costumes : Hélène Ducrocq
Production : Maison culturelle d’Ath – Talia – Cie Les Plaisirs chiffonnés

Au Palace à Ath, le 20 avril à 20h. 

Prochainement au Lycée Arthur Rimbaud, rue Paul Foucaut - 59450 Sin Le Noble - le 10 mai 2007 à 18h. Réservations et info au +33(0)6 17 86 53 25

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29 avril 2007 7 29 /04 /avril /2007 11:34
Dans la foule des créations proposées au public belge, se trouvent aussi très régulièrement des classiques revisités : Shakespeare, Marivaux… mais aussi Molière dont cette saison on a pu voir, après la reprise du gros succès de "l'Avare" version Dezoteux au Théâtre Varia, la quatrième reprise du "Médecin Malgré lui", version Rolland au Théâtre de la Vie. Voici une "nouveauté" : "Les fourberies de Scapin" version subtile de Christine Delmotte au Théâtre des Martyrs.

Crédit photo © Sara Tant

Molière suscite encore la polémique en 2007 ! Tripatouillons les classiques. La réalisatrice Christine Delmotte, ici metteure en scène, voit plutôt une comédie qu'une farce dans cette pièce tardive de (et jouée par dans le rôle-titre) Jean-Baptiste Poquelin. Ecrite, certes en français châtié, avec des références localisées (comme à la monnaie du temps ou aux enlèvements par des "Egyptiens"), elle met en confrontation des pères, des fils et un génial manipulateur aux traits semblables à ceux de notre époque. Sans grands effets "qui en jettent", elle a choisi de les imaginer en "êtres de théâtre", gardant dans leur parler comme dans leurs vêtements, des traces du passé mais jouant les situations de manière tout à fait actuelle, contemporaine, dépouillée des "traditions"poussiéreuses.


Dans un écrin

Ainsi Zerbinette n'est pas dévolue à une comédienne d'expérience, "ayant de l'abattage" mais à la sœur quasi jumelle d'une Hyacinthe (Jessica Gazon) plus délurée que passive, que joue une jeune Stéphanie Van Vyve, connue par la télé belge.
Et ces mystérieux "Egyptiens" ou "romanichels" mal dépeints, se font chair, deviennent ici une sarabande de jeunes danseuses englobant… les précédentes dans des chorégraphies de Myriam Szabo.
On peut parler de paire drôle, rivaux et semblables, à propos de Daniel Hanssens et Michel Hinderyckx, les deux pères, obtus mais non cacochymes, pas plus que ne l'est Nérine, (Ana Rodriguez) la bonne nourrice.
Mais surtout, Scapin, avec la présence du grand comédien qu'est Pietro Pizzuti, n'est plus seulement l'écureuil bigarré et virevoltant, héritier de la commedia dell arte. C'est un homme intelligent, connaissant bien la Justice, fusse pour s'en moquer, qui laisse apparaître à côté de son esprit inventif, une vision philosophique souvent occultée par l'accent mis sur "la farce". Voilà démontrée toute la richesse de ce personnage.

Ajoutons la singularité aussi – si, c'en devient une – que tout en revisitant l'œuvre en profondeur, Christine Delmotte, autant à l'aise avec les codes théâtraux que cinématographiques, fait la part belle au jeu des acteurs, pourtant venus d'horizons artistiques différents.
Tout cela dans un écrin : la splendide création scéno : costumes et décor de Catherine Somers. A moins qu'une "œuvre classique" ne revête aux yeux de certains un caractère sacré (et donc que toute atteinte soit jugée blasphématoire), il serait temps que les critiques se mettent au diapason de notre Babel Epoque où ce qui fait partie du "patrimoine universel" deviendra de plus en plus à la portée de tous…. sous peine de devenir élitiste, sous peine de disparaître.

Suzane VANINA (Bruxelles)

Les Fourberies de Scapin
Molière
Théâtre des Martyrs, Place des Martyrs, 22, 1000 Bruxelles T : 02.223.32.08 – 0498.106.172

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Chronique Fraîche