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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

3 octobre 2006 2 03 /10 /octobre /2006 14:43
Quoi d'étonnant à ce que soient programmés en même temps Bond avec Maison d'Arrêt et Olly's Prison et Brecht avec Dialogues d'Exilés - un succès sans cesse repris en tournée comme à Bruxelles depuis 6 ans ! - dans deux des théâtres parmi les plus "engagés" de la capitale de l'Europe… Capitale aussi d'un petit pays où, dans le même temps, des élections locales ont lieu et où, dans le même temps, un grand concert gratuit (01/10) éclectique, apolitique mais "POUR la tolérance" (ou "contre les extrémismes"….) gagne le pari ce dimanche, dans quatre grandes villes, Anvers, Gand, Bruxelles et Charleroi, de rassembler 100.000 Inquiets de tous bords devant une menace de tempête brune ou du moins de certaines sombres turbulences...

Le Théâtre de Poche de Roland Mahauden avait déjà voulu accueillir les "Différences" - et marquer la sienne - pour ses "Premières Rencontres" (13ème édition) qui ouvrent traditionnellement sa saison, avec un spectacle original mêlant les étudiants nouvellement sortis des écoles belges de théâtre et ceux d'un autre pays "moins favorisé" (Tchétchénie, Palestine…). Il s'agissait cette fois, des "résidents" (handicapés mentaux) d'une section théâtre d'un Centre de Jour bruxellois. Une initiative non seulement "socio-pertinente" mais, de plus, non dénuée de qualités artistiques, n'en déplaise à l'accueil qui en fut fait par la presse locale (un spectacle court vaut bien certains trop longs…). En 2006, Le Poche fête, comme il le proclame : "55 ans de remises en question". Sa programmation annonce pour 2006 : Edward Bond donc, suivi de Primo Levi, avec Si c'est un homme et une création, Verre Cassé de Alain Mabanckou, d'abord à Kinshasa, ensuite à Bruxelles dans le cadre des projets "Le Poche au Congo"/projets en RDC.

Metteur en scène de Maison d'Arrêt, René Georges avait monté, au Poche également, Allah n'est pas obligé de Ahmadou Kourouma et c'est Roland Mahauden qui adapte et met en scène Verre Cassé… une belle fidélité de Mauhauden à la ligne de conduite du fondateur du Poche, Roger Domani, aux "grands thèmes", aux "faits de société", aux auteurs et metteurs en scène "qui se mouillent" contre tous les intégrismes. N'a-t-on pas régulièrement vu des manif voire des "envies d'interdit" – à propos de spectacles du Poche… qui a toujours persisté et signé ses démarches contestataires !

Olly's prison, c'est l'envie de l'auteur de parler… du manque de parole, d'écoute de l'Autre qui engendre la peur de l'Autre, de la violence banalisée, de l'escalade de l'intolérance, de l'inhumanité qui n'est pas l'apanage de monstres mais d'hommes ordinaires, des véritables sources de l'agression, de la rage, de la destruction…de parler de prison. De toutes les prisons. Parler, montrer surtout, car teinté d'absurde noir à la Ionesco et Visniec (deux Roumains en exil), il s'agit avant tout de théâtre ancré dans le réel, dans "l'expressionnisme". Même si on peut regretter que la scénographie n'aide pas le spectateur à la représentation, à l'idée étouffante, comme une strangulation…, du poids de cet emprisonnement, il en ressort plus que remué mais secoué par un texte aussi brut, rude, dur qui, depuis 1992, n'a rien perdu de sa force.
Bond est un auteur régulièrement montré en Belgique, aux jeunes notamment - on se souvient de Onze débardeurs en "scolaires"- et avec Sauvés, ne fut-il pas adapté par Jean Louvet, auteur belge, engagé s'il en est !

Des Lorent Wanson (et ses Ambassadeurs de l'Ombre), des Jacques Delcuvellerie (on n'est pas prêts d'oublier son Rwanda 94 du Groupov), des compagnies de Théâtre-Action (théâtre forum du "Brocoli"), des formes diverses (mélange de témoins directs et de jeu d'acteur avec Gembloux et Sam Touzani)… circulent partout en permanence, principalement pour revendiquer le droit principal de tout artiste : la liberté d'expression. Moins provocateur peut-être, que le Poche, le Théâtre de La Vie de Herbert Rolland reste, lui, fidèle d'abord à Brecht dont il fait un des deux auteurs-phares de sa saison. Il le connaît bien et c'est sa sélection personnelle dans l'adaptation de Badia/Baudrillart, sa mise en scène, sa scénographie. Fidélité, là aussi. Mais avec deux comédiens "immenses" comme René Hainaux et Christian Crahay, cela devient, en plus, un grand moment de théâtre, une leçon, comme une "master class"! Pas de numéros d'acteurs ici mais pour ses Dialogues d'Exilés, un vrai dialogue humain, une réelle complicité de comédiens pour rendre toute la richesse et les subtilités d'un texte - "dialectique" ou terriblement "ironique"- prétendument "à lire" mais qui passe admirablement bien la rampe, un texte, encore un, étonnamment actuel, malgré sa datation…

Si, malgré ses quatre reprises, une centième à Paris et ses nombreux voyages, vous avez raté ce spectacle, notez alors que dès la fin octobre, c'est un autre Brecht qui vous sera offert : Rêveries de sept éléphants. Un "collectif pour l'occasion" de sept acteurs-metteurs en scène-chanteurs-musiciens maison a rêvé, déliré, pour ensuite - et ce sera la troisième fois - vous proposer un nouveau voyage dans l'univers brechtien (en même temps que dans divers endroits du théâtre). Et ce ne sera pas terminé… 2007 verra encore le nom de Brecht a l'affiche du Théâtre de la Vie… Une question bateau, lancinante, reviendra encore ces jours-ci : l'art peut-il rendre les humains meilleurs ou "l'art peut-il changer le monde" ?

Suzane VANINA (Bruxelles)

Maison d'Arrêt au Théâtre de Poche, Bruxelles : 26.9 au 14.10.2006 à 20 h 30
Rêveries de 7 Eléphants au Théâtre de la Vie, Bruxelles : 31.10 au 9.12.2006 à 20 h

Photos © DR - Maison d'Arrêt : Patrick Lerch, Edwige Baily - Dialogues d'Exilés : René Hainaux, Christian Crahay  - Rêveries de sept éléphants : Christian Crahay, Claudia Gabler, Jean-François Politzer, Anik Rolland, Herbert Rolland, Nino Sandow, Isabelle Wéry

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3 octobre 2006 2 03 /10 /octobre /2006 14:12
VILLE ET CHAMPS DE BATAILLE

Avec deux spectacles mis en échos, le Varia ouvre sa saison en donnant la parole aux indésirables. Entre «Jaz» et «L’Invisible», l’identité est mise en chantier. Poésie politique, spectacles incandescents.

«Jaz. Oui Jaz. On l’a toujours appelée Jaz. Elle ne sait plus. Simplement Jaz». Ainsi commence cette pièce de l'auteur d'origine ivoirienne Koffi Kwahulé. Dans la grande salle du Varia, l’ambiance frôle l’intime. Lumière terre, sur plateau en forme de stèle inclinée, le metteur en scène Denis Mpunga, installe la comédienne Carole Karemera et la contrebassiste Julie Chemin. Attention, nous sommes dans une session théâtrale de sons largués sur le bitume. D’un fait divers sordide «Jaz» est une pulsion poétique et violente. Elle laisse parler une femme «hantée par le traumatisme d’un viol». Sous la forme d’un interrogatoire qu’on devine, la femme témoigne de son amie. «Jaz» possède une beauté inadmissible dans les cités abandonnées d’une ville anonyme. Entre la sanisette commune et sa chambre de bonne, elle qui voulait vivre «sans histoire et sans destin » va faire les frais d’un voisin illuminé, un Christ fou pour un viol rédempteur…
 Photo © Raymond Dakoua

«Jaz» est un conte âpre, né d’une langue syncopée, loin de l’étiquette faussée du «théâtre africain». Il peut paraître difficile d’accès, mais après un temps d’adaptation, le spectacle devient un vertige précieux. Avec souplesse, Carole Karemera déploie le texte comme un souffle polyphonique, flirtant au rythme de la contrebasse. «Jaz» est une formation accordée et un spectacle à expérimenter.

L’immigré belge

«Tu sais pas. Tu crois tu sais. Tu sais pas. Mon visage, tu regardes : lèvres grosses comme femme accouche… Et tu dis : étranger. Mais tu sais pas». C’est le comédien Dieudonné Kabongo qui nous interpelle dans la petite salle du Varia. Voix chaleureuse mais pas dupe, il raconte «L’Invisible» de Philippe Blasband, un auteur belge, né en Iran. Ensemble, la voix témoigne de la «joie» de vivre en terre étrangère, en langue étrangère. «Je voudrais montrer à quel point émigrer en Occident, c’est une perte. Une douleur. Et une mort.» écrit Blasband.

En effet, c’est avec un français approprié qu’un homme sans nom apparaît. Dans la sobre mise en scène d’Astrid Mamina, il devient l’archétype de ces nettoyeurs-de-bureau-après-18h. Allez savoir si l’exil qui l’a amené du Congo jusque chez nous l’a déphasé. Car l’homme parle de son frère, l’invisible qu'il est le seul à percevoir. Au fil de son intégration, l’existence du frère semble s’évaporer. Entre-temps, on revoit l’itinéraire, raconté avec une gouaille africaine, en français disloqué et imagé, mais sans caricature. Séparation des frères au pays natal, l’un devenu maréchal-ferrant, l’autre, sorcier. Première source de jalousie qui se poursuit jusque leur exil en Belgique, de camps réfugiés en appartements de fortune miteux.

Dieudonné Kabongo (comme Carole Karemera) possède une présence scénique à toute épreuve. Il joue de plusieurs voix, varie le corps et l’espace, rend tangible le frère nécessaire en terre inconnue et surtout, interpelle le spectateur, sans forcer, avec des situations cocasses mais aussi avec des mots : «Rêvez, imaginez : vous, étranger».

Nurten AKA (Bruxelles)

Au Théâtre Varia, Jaz à 20h30 et L'Invisible à 20h, jusqu’au 7 octobre.
Tél.: 0032. 2.640.82.58. 

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29 septembre 2006 5 29 /09 /septembre /2006 19:13
PROFONDEUR ET LIMPIDITÉ QUI ÔTENT LE CAFARD

La Fura del Baus, ceux du grand spectacle et de la provocation, prend le texte de Kafka, l’étend, le tire et le peuple de nouveaux mots, le contextualise, explique le symbole, ôte le cafard (si l'on ose dire), enlève les ellipses, et offre une interprétation lumineuse et juste de La Métamorphose.

Le défi est pourtant grand d’adapter au théâtre le récit angoissant de Gregor transformé dans la nuit en cafard, emprisonné alors dans sa chambre. Or, La Fura y parvient. Le théâtre dans son expression la plus classique, avec ses planches, sa scène, ses dialogues, sert à abriter le texte d’origine, le présent dans lequel Gregor s’enfonce. De judicieux recours scéniques répondent aux difficultés que suscite l’adaptation du texte.


La cellule dans laquelle Kafka cache le corps monstrueux de Gregor devient sur scène une cage de verre, inamovible car toujours au centre de la scène, mais sur roulettes, pour être cahotée selon ses cauchemars et ses peurs, ou selon la volonté de sa famille. Les lampes de l’appartement, qui ne sont pas sans rappeler celles des polices politiques lors de poursuites nocturnes ou d’interrogatoires qui tournent à la torture, établissent un pont entre le monde de dehors et la réclusion de Gregor, l’obligent à rester dans son état de prostration, puisque les faisceaux de lumière rappellent l’existence de ce qu’il fuit. L’invasion audio-visuelle, celle de la musique, parfois trop illustrative et superflue, celle des images, en revanche parfaitement orchestrée et articulée, qui va jusqu’à la mise en abîme d’une fiction de film à laquelle les personnages eux-mêmes assistent, typique de la technique intrusive de la Fura au sein du public, sert quant à elle à raconter le passé de Gregor. Elle révèle ses relations avec sa famille, avec la société en général, la médiocrité de son travail, son insatisfaction généralisée, son impuissance à s’exprimer, son incapacité à exister, et glose admirablement le texte de Kafka, grâce au geste et à l’image, réaffirmant la marque de la compagnie catalane.

Derrière cette mise en scène complexe mais mesurée, existe une compréhension limpide, exceptionnelle de La Métamorphose. L’exploration du double, de la similitude entre homme et insecte au-delà de la métaphore textuelle, des divers espaces et dimensions, dévoile le sens total du conte fantastique de Kafka, ses ramifications, sans symbolisme ni incursion psychologiste. S’immergeant donc dans la simplicité crue et fascinante de l’écriture kafkaïenne, La Fura parvient à développer le texte, et à faire vivre et à s’affronter sur scène, la dépression la plus absolue qu’un sentiment d’abandon intégral et paranoïaque ne cesse d’intensifier contre la complexité cruelle des relations filiales, dont l’aboutissement réalise enfin la tension paroxystique entre sentiments naturels humains et spontanés, et hypocrisie des sentiments forcés que le devoir de mère, de père, de sœur, commande.

Voilà donc comment La Fura parvient à dérouler les plis de la narration serrée de Kafka, pour faire vivre le cafard rampant, coupable, châtié, mourant, jamais vengé, socialement condamné à jamais, que représente Gregor, morceau limite de nous-même, personnage qui, un jour, franchit cette limite et se voit interdit de retour.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

La Metamorfosis, de Kafka
Adaptación. La Fura del Baus
Avec : Gregor. Ruben Ametllé Amigo: Isak Férriz Madre: Angelina Llongueras Grete: Sara Rosa Losilla Padre: Artur Trias Figurant: Vensa Arévalo, Aarón Martín, Víctor Montesinos
Equipe artistique Directino artistique: Àlex Ollé
Direction scénique et dramaturgie : Àlex Ollé/ Javier Daulte
Textes : Javier Daulte Vidéo. Franc Aleu/Emmanuelle Carlier Scénographie : Roland Olbeter Musique : Josep Sanou
Costumes : Catou Verdier
Lumières : Pepe Capell/Javier Daulte/Àlex Ollé
Assistante de direction : Valentina Carrasco

Au théâtre Marìa Guerrero, Centre Dramatique National, Tamayo y Baus, 4, 28004 Madrid, + 34 91 310 29 49, jusqu'au 29 octobre 2007.

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21 septembre 2006 4 21 /09 /septembre /2006 11:11
PLAISIR TOTAL

Créé en 2004, Le Vertige du papillon de la compagnie bruxelloise de cirque contemporain Feria Musica, est toujours sur la route. A Bruxelles dernièrement, il rejoint cette saison, la France, l’Espagne, le Canada et même le Japon. A vous de voir ce spectacle surprenant qui, de l’équilibre au déséquilibre, voit des artistes de cirque s’allier à la danse contemporaine, chorégraphiée par Fatou Traoré, le tout en interaction constante avec un quatuor de jazz, en « live ».

Photo © Pascal Ducourant

Entre « ’Aurore » au doux son djreedo et « Le Petit Paon de nuit» au jazz saxo, la journée se déroule tel un papillon, qui une fois sorti de sa chrysalide, cherche maladroitement son vol dans un équilibre entrecoupé de chutes. C’est sur cette métaphore du papillon naissant que le Vertige tisse sa toile sous les directions, artistique de Philippe de Coen, musicale de François Garny et chorégraphique de Fatou Traoré. À la base, une rencontre paradoxale du cirque et de la danse contemporaine. Alors qu’au cirque, tout se joue sur l’équilibre, en danse, c’est le déséquilibre qui nourrit le mouvement. Si la chute est catastrophique pour l’un, elle est source d’énergie pour l’autre. De ce mariage improbable, « Le vertige du papillon » a pourtant réussit une harmonie.

Des sensations sans répit

D’emblée l’œil est interpellé par le décor à plusieurs niveaux, plan incliné à l’avant, mât chinois à l’arrière, écran géant en mur de fond, musiciens sur les côtés et en hauteur, cadres aériens et tissu ballant. Des premières notes aux dernières, le visuel, le son, le mouvement seront au diapason. Les musiciens semblent créer la partition en direct, suivant l’action des protagonistes. On y voyage dans le jazz, de l’Orient à l’afro en passant par l’Ibérie. L’écran lumineux à dominante bleu-vert-azur fixe les mouvements en un tableau vivant. Les mouvements jouent de la chute, lente, rapide et saccadée comme ceux réalisés sur les mâts chinois. Des voltiges au tissu ballant à vous nouer l’estomac. Des bonds et rebonds sur les invisibles trampolines, des chutes bruyantes sur le plancher incliné, des trapézistes arrêtés en plein vol, des grands sauts, des glissements, des arrêts.

Vertiges appropriés

Toute une série de vertiges appropriés, dansés dans une théâtralité discrètement présente qui joue du groupe. Sans narration explicite, l’histoire du Vertige appartient au spectateur. Parfois, des gags nous surprennent au fil du spectacle. Le reste, c’est une véritable symphonie ample et picturale avec ses moments inoubliables, tel un tango humano-animalier, tel un duo de jonglerie, dansé au rythme de la contrebasse et d’une goutte d’eau diffusée sur écran.

La chorégraphe Fatou Traoré signe ici sa deuxième collaboration avec l’univers du nouveau cirque. Très inspirée, elle déploie sa partition dans un espace habité. Saluons les artistes circassiens, issus de l’école bruxelloise Esac. Gaël Bernier, Anke Bucher, Linde Hartman, Serge Lazar, Anna Nilsson, Kiluangi Runge, Niels Seidel, tous sont gracieux et fort convaincants dans le registre de la danse moderne. Le quatuor jazzy, composé de François Garny, Manuel Hermia, Benoît Louis, Michel Seba, interagit magistralement comme une session d’impro inoubliable.

Ce travail d’orfèvre procède d’une alchimie sans faille. Tous, des artistes sur scène aux régisseurs en coulisses, en passant par les costumes et la création lumière sont à saluer dans ce vertigineux Vertige qui ravit les coeurs de tous les publics.

Nurten AKA (Bruxelles)

Le Vertige du papillon
Jusqu’au 21 septembre Bruxelles.

Tournée européenne :
> En France: 11, 12 novembre 06 à Opéra-théâtre de Limoges / 24, 25 mai 07 au Centre Culturel d’Oyonnax, / 30, 31 mai 07 Le Sémaphore, Cébazat.
> En Espagne, du 21 au 30 décembre 06 au Mercat de les Flors, Barcelone.
Infos: www.feriamusica.org

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20 septembre 2006 3 20 /09 /septembre /2006 23:52
LA RENTREE… DES SORTIES THEATRALES OUTRE-QUIÉVRAIN

Ca devient une tradition à Bruxelles, les théâtres ne se contentent plus d'envoyer du matériel promotionnel par courrieR ou courrieL pour annoncer leur saison aux fidèles abonnés mais tentent d'appâter de nouveaux "consommateurs de culture" (sic) en les invitant à une "Soirée Festive de Présentation" de ladite saison. Enfin… les théâtres installés, subsidiés, RE-connus, si pas connus de tout un chacun. Les autres, les petits, les nouveaux, comptent sur la curiosité toute relative du spectateur potentiel et essaient l'originalité notamment sur la Toile, d'où quelques sites inventifs à visiter... C'est ainsi que "la Rentrée" devient un spectacle à part entière.

Pour exemple : une soirée, au Théâtre National, avec aussi – et plus encore original pour qui connaît un peu le contexte belgo-belge – l'annonce d'un cycle appelé "Toernee General" proposant les coups de cœur réciproques des directions du TN et du KV, son homologue néerlandophone. Il s'agit donc de créations appréciées par le tandem Colinet-Goossens, déjà vues la saison écoulée, qui émanent de porteurs de projets bien connus déjà, comme de quasi inconnus… en tout cas du public de "l'autre communauté linguistique".

La programmation "échangiste" se veut de qualité (sans être "un best of" de la saison écoulée), jeune et novatrice, comprenant aussi des rencontres variées. Les représentations du 15 au 23 septembre, dans chaque langue respective avec surtitrage, ont lieu en accueil dans le théâtre situé "de l'autre côté de la frontière linguistique". Une frontière ? Pas aussi fermée, donc, que certains politiciens le voudraient mais encore réelle il est vrai, pour le public bruxellois et francophone en général. Alors, tout de même un exemple. Le TN propose Au Nom du Père, une production des anversois Het Toneelhuis et Toneel Group Ceremonia.

On retrouve comme chez d'autres Flamands cette façon de décaler une histoire somme toute assez simple sur un fond de problème grave, voire de tabou ancestral. Particularité propre à la Flandre (notamment), les marques obsessionnelles laissées par le catholicisme. Ici, ce fameux "Notre Père" que l'on prie ou que l'on maudit, et le référent à l'image du Christ crucifié implorant ("Eli, Eli, Lama Sabachthani"). Déjà pour Au fond du bois du même Eric de Volder (associé au musicien Dick Van der Harst) que j'avais vu au Varia en 2002, la volonté était de transcender le fait divers (là, énorme, l'affaire Dutroux). Ici, il s'agit de ce "désir d'enfant" et de son corollaire, l'impuissance - qu'on essaie de combler par tous les moyens dans nos sociétés modernes - qui habite… un homme.

Il y a chez de Volder et son équipe soudée, tous bourrés de talent, cet héritage du sombre marié à la truculence, du grotesque à la Ensor ou Ghelderode avec les masques-maquillages, les marionnettes grandeur nature, mais aussi comme une orchestration des voix parlées et du fond musical agissant en contrepoint, la place accordée à la gestuelle, à l'effet visuel quasi pictural (de Volder est d'abord et aussi plasticien), une sorte d'expressionnisme général… autant d'aspects théâtraux aussi importants que le texte lui-même. C'est ainsi que beaucoup d'images fortes restent encore longtemps après dans la mémoire du spectateur : depuis ce qu'on pourrait appeler le "monologue de l'embryon" et son nounours-crucifix, jusqu'au cérémonial funèbre final assurément étrange puisque les deux protagonistes se retrouvent non plus seulement en doubles-marionnettes mais "manipulés" (!) par de curieux trios de personnages vivants. C'était l'un des spectacles à découvrir absolument, comme d'autres, qui sont loin, et heureusement, d'avoir terminé leur carrière dans et hors pays !

Suzane VANINA (Bruxelles)

Photo © Erase-e(x), de Anne Theresa De Keersmaeker, une coprod SACD-Avignon

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15 septembre 2006 5 15 /09 /septembre /2006 16:27
CLAUDE SEMAL, LA CHANSON DU BOUFFON

Alors que le film belge sélectionné au dernier festival de Cannes, La Raison du plus faible, de Lucas Belvaux sort en Belgique, Claude Semal, un des comédiens-phare de ce thriller social, nous balance une «autobiographie imaginaire» à Bruxelles puis en France (Paris, Reims). Connu des aficionados, Claude Semal est un poète insolent. Son arme: le 9ème art, la chanson à texte.

Chanteur-compositeur-interpète et homme de théâtre, à 52 ans, il encaisse plus de trente ans de bouteille. Pas un gramme de ridicule dans ses textes ou dans son allure mais parfois du belgo-kitch savoureux comme ici, avec sa nouvelle création Enfant de solo, dans une mise en scène discrète et rigoureuse de Laurence Warin. Sur scène, rideau rouge, écran noir, tabouret et guitares : tout y est. Débarque Semal : chemise noire, jeans noirs, crâne rasé, les favoris sculptés. Il se déclare mort, « le meilleur moment pour faire le bilan ». Ça démarre fort. Crooner de music-hall, il prend la foule et chante « Adieu… vodka, … Adieu les filles, je cause, je cause… Adieu public, buvons bouffons ».

Photo © Véronique Vercheval

C’est parti pour plus d’une heure de spectacle. Sur l’écran, défilent en continu les photos qui marquent une vie, de la famille au « petit pays ».Un bel assemblage surréaliste signé Tanguy Cortier. Claude Semal, lui, alterne l’anecdote significative et la chanson, poétique, politique, amoureuse et même grossière. Acérée, l’autobiographie presque « imaginaire » pointe une époque, le pays, les « petites » gens (Madame Pipi), les combats trahis (Les révolutions tournent-elles toujours sur elle mêmes ?), les années alcooliques (Le Bar de Lola)…

Chacun ira de sa comparaison: Brassens, Renaud, Vian, Maxime, Julos, Ferré, Brel, etc. Mais l’artiste est singulier, au crématorium d’Uccle, il ne souhaite « ni Mozart ni adagio, juste une valse ». Faut dire qu’il reçoit la becquée de parents communistes. Moment idéal pour chanter un rendez-vous manqué: le grand-père ouvrier, saxophoniste-trotkyste. Mon pauvre Pierre: « J’aurais joué sur ton saxo, l’Internationale en solo, si tu m’avais laissé le temps». Les photos défilent toujours… Les parents divorcent «à  4 ans, en plein complexe d’Odipe» braille-t-il sur scène.

(Re)belgitude

Le divorce belge donc touche profondément Semal, explique le psychanalyste. La suite en chansons et en spectacles le prouvera, comme Noble B. « Noble Belgique, merdeau chéri-i-i-i», C’est les années 80. Pour ne pas chanter comme un con sous la douche le restant de sa vie, il décide de débarquer la salle de bain sur scène. C’est Ode à ma douche, un spectacle culte suivi de quelques autres. Aussi féroce que Noble B, Semal l’insolent monte aux barricades. «En Belgique, l’étouffement précède l’affaire. » explique-t-il avant d’empoigner sa guitare et de chanter Sémira : « Va dire en Afrique à tous tes voisins, comment les flics en Belgique accueillent tes cousins ». Action directe, effet immédiat : l’artiste réussit une prouesse. Il nous faire naître des images dans la tête et quelques sursauts dans le cerveau. La voix chaleureuse, timbrée de mille variations, et la dégaine solidement présente, Claude Semal se dévoile, intime et pudique. Lui, un solitaire bien entouré, avec ses chansons plein les poches, reste une infusion salutaire « au plat pays qui est le mien ».

Nurten AKA (Bruxelles)

Claude Semal. Jusqu’au 16 septembre à la Samaritaine (0032/2/511.33.95) puis, du 23 au 27 janvier et du 3 au 10 février 2007 à l’Espace Delvaux (0032/2/537.01.20).
En France , à Paris le 23 septembre (Forum Léo Ferré à Ivry, 01.46.72.64.68) et le 24 septembre à la salle de l’Albatros à Reims, 06.84.05.31.01 

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Chronique Fraîche