Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

20 mars 2007 2 20 /03 /mars /2007 23:12
UNE FRESQUE DU POUVOIR... DANS LES TOILETTES

Création attendue au Varia du collectif bruxellois Transquinquennal. Pour la première fois, en 18 ans et 23 spectacles, l’équipe s’attaque au théâtre classique et adapte Shakespeare. La pièce «Henry IV» devient «Harry». La fresque du pouvoir se partage entre six comédiens et se déroule – sans blague - dans les WC… Mais si le spectacle est audacieux à l'annonce, le résultat reste fade.

L’affiche du spectacle annonçait une couleur moderne. Un portait de «famille» en costards-cravates tel le générique d’un feuilleton à rebondissements. Pourtant, le décor a eu son effet de surprise : des latrines ultra «clean» et design, entre le sol noir laqué, la pissotière clinquante, les lavabos sertis d’orchidées, les vitres teintées et un écran de télé où les infos sont diffusées en continu...

Photo © Mirjam Devriendt

Du chic, la métaphore renvoie judicieusement l'idée que des grandes décisions (politiques ou économiques) se prennent aussi dans des lieux informels. Nous voilà donc dans les chiottes. Deux heures de spectacle pour une couronne (invisible), six comédiens vont circuler au gré du pouvoir et de ses trahisons, épinglés par Shakespeare.

Politique et trahisons


L’histoire raconte comment les rois se succèdent au fil des assassinats, des alliances et des trahisons. Henry IV a piqué la couronne à son cousin Richard II et fait face à son tour à la révolte de ses anciens alliés du clan des Percy, menée par Harry Percy, le jeune intrépide de la famille. Côté famille, le roi n’a pas autant de chance. Son fils Harry, le Prince de Galles, futur Henri V, ne lui semble d’aucun secours. Sa témérité excelle dans les tavernes en compagnie de Falstaff le débauché. Toutefois, face à la guerre civile, il finira par rentrer dans les rangs (et dans les grâces de son père), en tuant l’intrépide Percy, en matant la rébellion et en chassant ses amis de beuveries, Falstaff en tête. Devenu Henri V, l’invasion de la France s’annonce. La suite est une autre pièce.

Puzzle boiteux


Sur scène, la déception va grandissant. Le texte et le décor vont vite perdre le contact et s’autodétruire. Car si Transquinquennal a fortement brouillé la structure de la pièce originale, (allégeant les intrigues, éliminant les personnages périphériques, réamorçant plusieurs fois les mêmes scènes), il a malheureusement conservé un ton «shakespearien», mal joué, qui a fini par jurer avec une mise en scène (devenue) caricaturale : des va-et-vient dans les WC, rythmés par quelques coupes de champagnes et quelques chasses tirées…

De ce spectacle qui s’annonçait passionnant, les pétards se sont mal allumés. On regrette qu’une écriture n’ait pas été posée ici et maintenant, portant des allusions féroces aux hommes de pouvoir actuels. Et l'écran CNN en continu, entrecoupé par les différents discours royaux, n'a finalement rien à dire.
Enfin, du coté des comédiens, on retiendra Anne-Cécile Vandalem, Brigitte Derby, Bernard Breuse et Bernard Eylenbosch qui, d’allure et de jeu, ont réussi, l’équilibre fragile entre le texte et le décor… On oubliera Miguel Decleire dans un jeu de roi sans densité et Stéphane Olivier dans la bouffonnerie conventionnelle d'un Falstaff sans surprise.

Certes, en adaptant sans ménagement Shakespeare, la compagnie annonçait « une lecture qui confond l’écriture de Shakespeare avec une écriture de série B… Un espace fictionnel {où} nous n’allons pas essayer de l’incarner complètement… les gens peuvent commencer à douter. » Nous, avec la fragilité de la première, impossible de douter. Sans saveur intelligente, l'adaptation s'est frileusement arrêtée à mi-chemin. Dommage. Entre le texte et le décor, que ce soit dans la distanciation voulue ou la fusion souhaitée, l’osmose n’est pas passée, l’ennui s’est faufilé…

Nurten AKA (Bruxelles)

Harry, à noter Jusqu’au 15 mars au Varia, 78 rue du Sceptre, 1050 Bruxelles. 0032/2/640.82.58. 

Partager cet article

Repost0
7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 20:34
FLAUBERT ET LES VANITEUX DE LA CONNAISSANCE

Bouvard et Pécuchet est le dernier roman, inachevé, de Flaubert. Tanner l’a adapté pour deux comédiens d’exception : Guy Pion et Jean-Marie Pétiniot.

Flaubert aurait aimé sous-titrer son livre « encyclopédie de la bêtise humaine ». Telle que Michel l’a adaptée et mise en scène, il s’agirait plutôt d’une œuvre sur la vanité des savoirs et sur les vaniteux de la connaissance. Les deux personnages, les seuls conservés du livre originel, sont deux petits fonctionnaires affectés à la copie de documents. Leur rencontre et un petit héritage vont transformer la morne existence de chacun. Bouvard (Guy Pion) et Pécuchet (Jean-Marie Pétiniot) s’installent à la campagne, se mettent à une sorte d’agriculture biologique. Ils ratent lamentablement leur projet. Ils se mettent alors en quête de l’ensemble des sciences possibles afin de comprendre le monde. Ils tâtent d’un peu tout, de l’anatomie au spiritisme, de la physique aux religions, de la philosophie à la gymnastique et à la littérature, de la sexualité au jardinage. Le tout dans un brassage méli-mélo qui les dépasse complètement.
  Photo © Richard Strappazon

C’est là, sans doute, qu’apparaît l’ambiguïté du propos. La farce voulue par l’auteur de Madame Bovary ne transparaît pas vraiment. Les discussions entre les deux protagonistes ont le plus souvent l’allure d’échanges très sérieux, intellectuels. L’ironie légère qui les baigne permet rarement de percevoir la caricature du discours. Seuls les gestes accomplis par les comédiens, les accessoires utilisés par eux frisent le parodique. Le rire n’arrive pas à s’installer. Et le spectateur finit par se poser la question de l’utilité de la culture, d’autant que la fin voit les amis reprendre leur fonction de copistes mécaniques. À l’évidence, l’esprit médiocre du duo assoiffé de nourritures théoriques n’assimile guère ce qu’il découvre. Il incarne un irrémédiable hiatus entre l’abstraction de l’écrit et le concret de l’action. Ce qui s’avère davantage affligeant que cocasse.

Entre sourire et réflexion


L’humour s’affirme néanmoins dans une série de séquences, ponctuées des allègres musiques d’Eloi Baudimont. Lorsque les héros se mettent à déclamer des alexandrins de tragédie classique ou une scène du Tartuffe de Molière. Lors des incantations ésotériques et spirites, ou encore au moment des exercices corporels en vue de conserver la forme malgré le vieillissement. L’emballage est plaisant. Le décor de Vincent Lemaire et les éclairages de Guy Simard créent une atmosphère complice. La porte alternativement tournante et à battants amène des surprises. Le fond noir permet l’accrochage aimanté de photos et de crucifix avant de devenir tableau d’école. La descente pentue qui mène au plateau a un rôle de coffre à trésors, de malle oubliée dans un grenier: bibliothèque, casier d’archives, cellier à boisson, tiroirs à vaisselle et à documents…

Quant à l’ombre projetée des fenêtres, elle donne réalité à une présence potentielle. Pétiniot et Pion ont une complicité de longue date. Et ils s’amusent manifestement à jouer. Ils sont à l’aise dans ce texte qui ne cesse de montrer à quel point Flaubert avait une vision lucide de l’humanité car nombre d’allusions couchées sur le papier en 1872 restent d’actualité en 2007.

Michel VOITURIER (Lille et Belgique)

Bouvard et Pécuchet
Texte : Gustave Flaubert (adaptation Michel Tanner)
Mise en scène : Michel Tanner et Beatrix Ferauge
Distribution : Jean-Marie Pétiniot, Guy Pion
Costumes : Isabelle Chevalier - Décor : Vincent Lemaire - Éclairage : Guy Simard - Musique : Eloi Baudimont Production : Théâtre de l’Éveil – le Manège Mons – Atelier Théâtre Jean Vilar – Fabrique de Théâtre de La Bouverie

En tournée : au Foyer culturel de Péruwelz les 27 et 28 février (069 45 42 48) ; à la Fabrique de Théâtre de La Bouverie le 1er mars à 20h (065 61 34 60) ; au Théâtre de La Louvière le 15 mars à 20h (064 21 51 21) ; en la salle Culturelle de Thuin-Thuillies le 17 mars à 20h (071 59 60 35) ; à la MJC de Comines, le 20 mars à 20h (056 56 15 15) ; à la Maison de la Culture de Tournai, les 17 et 19 avril à 13h30 et les 18 et 20 avril ; à 20h30 (069 22 89 60), au Foyer culturel de Sivry le 21 avril à 20h (060 45 57 93) ; à la salle Baudouin IV le 26 avril à 20h (067 55 69 10) ; au Foyer culturel de Chapelle-lez-Herlaimont le 27 avril à 20h (064 43 13 35) .

Durée : 1h30.

Partager cet article

Repost0
7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 19:58
VIEILLESSE ENNEMIE ET "SEXE À PILES"

Deux comédiennes rodées, Hélène Theunissen et Jacqueline Bollen, ont voulu travailler ensemble sous la plume de l’écrivain belge Paul Pourveur. Il leur propose donc une pièce sur la ménopause ! Qu’à cela ne tienne. Janine Godinas, une autre grande comédienne, leur a taillé une mise en scène sans mélo. Le pari est réussi : enveloppe poétique et ironie mordante, le spectacle est jouissif.

Le théâtre existe aussi pour bousculer et questionner notre intimité. Après le spectaculaire Monologues du vagin puis un éphémère Monologues du pénis, voici, dans un genre plus subtil, Marrakech. Des cauchemars aux fantasmes, on y parle sans tabou de ménopause et de la vieillesse, du désir qui fout le camp au rythme des regards masculins qui fuient, du corps féminin qui vieillit et qu’on finit par monnayer, dans une ville lointaine, sur la route du tourisme sexuel.
 Photo © Sara Tant

Paul Pourveur, qui a mené une enquête sérieuse auprès des femmes, avant d’écrire, se joue du réalisme, effleure le fantastique et maquille le chaos. Ici, une femme - par une nuit d’angoisse - prend l’avion au hasard d’une destination inconnue. Celui-ci crache dans une ville au milieu du désert. Rêve ou réalité, se demande-t-elle jusqu’à ce qu’une femme l’accoste à coup de… « vibromasseur ? Gel lubrifiant ? Boules de geishas ? ».

Sans fard et sans pitié


Le spectacle ne fait que commencer. Celle qui vend le kit du sexe solitaire, réceptionne « les naufragés du temps qui s’arrête, les victimes des rides, de la peau sèche, les sinistrées des atrophies vaginales, les détraqués hormonales,…» … Stop ! Ange ou démon, au paradis ou en enfer, cette étrange réceptionniste distille ses clés de bonheur. Entre les deux comparses de fait - la paniquée et la cynique - les scènes les plus folles se succèdent, tragiques, émouvantes et drôles à la fois. Les descriptions du calvaire sont sans fard et sans pitié, malgré quelques minces clichés et beaucoup d'ironie. Elles racontent la déchéance physique et ses conséquences, des fesses qui se ramollissent au mari qui se casse pour de la chair fraîche, la féminité qui se cherche et le désespoir qui pousse la femme à rêver d’un homme pour qui « un trou est un trou ».

Réalisme poétique


Impossible de pleurer de Marrakech, tant l’humour féroce est étincelant, renforcé dans une scénographie quasi irréelle. Sabine Theunissen, habituée au décor d’opéra, a construit un espace sobre, d’une blancheur paradisiaque, couplé aux lumières ocres, taché du rose, du jaune et du vert de Marc Fannes ; une ambiance picturale comme une installation d'art contemporain. C'est la première bonne surprise, efficace, qui tient en laisse le jeu réaliste de comédiennes passionnées et qui empêche le texte de sombrer dans le noir. Ce jeu de lumières mordorées termine d'ailleurs le spectacle sur une note optimiste, sensuelle et délirante, où la femme retrouve la sérénité et jouit d’un flamboyant « je vous quitte mon mari ».

Dans un brillant jeu de contrastes, Hélène Theunissen et Jacqueline Bollen donnent une chair savoureuse à ce ping-pong intellectuel. Jeudi, à la première, hommes et femmes communiaient dans la bonne humeur, y compris l’auteur, Paul Pourveur, qui découvrait la mise en scène de son œuvre. Après chaque représentation, le mardi et le vendredi, des rencontres et échanges de vues en compagnie de personnalités féminines…

Nurten AKA (Bruxelles)

Marrakech, de Paul Pourveur
Jusqu’au 1er avril 2007 au Théâtre des Martyrs, petite salle, 22 Place des Martyrs, 1000 Bruxelles. 0032/2/223.32.08.  et blog.

Partager cet article

Repost0
2 mars 2007 5 02 /03 /mars /2007 19:47
BXL BRAVO, la "Fête des Arts"(1) qui va "faire bouillonner" Bruxelles le premier week-end de mars, est un festival?de plus. Car il faut dire qu'il n'y eut pas de trêve, de confiseurs ou autres, et que 2007 a continué sur la lancée de 2006, en forme de corne d'abondance : prolongations et nouvelles créations, nombreuses, fleurissant un peu partout sous nos cieux cléments?

Et tandis qu'à Liège s'est déroulé un Festival International important de "jeune création" (fidèle en cela à une vieille tradition), certains théâtres bruxellois imaginèrent des mini-festivals où de jeunes talents, aussi, eurent l'occasion de se faire apprécier. Regroupés sous un thème : "La Confusion des genres ou bas les masques" au Varia* ou tout simplement avec un titre générique prometteur comme ce "Festif' Festival"/"la parole est aux Jeunes z'Artistes" par le Théâtre du Grand Midi, abrité depuis quelques années dans les murs de l'XL-Théâtre (2).

Le Festival de Liège


La plupart des spectacles de cette programmation liégeoise ont fait ou feront parler d'eux car vus à Avignon comme "Les Marchands" ou à Bruxelles :"Saadi, agence de gaîté", ils seront accueillis ensuite en décentralisation un peu partout, dont cinq à Bruxelles notamment, grâce au fait qu'avant d'être à la tête du Théâtre National, Jean-Louis Colinet avait repris la direction du Festival en 1999.

Alors que "La Cerise sur le Gâteau" annonçait résolument la couleur, celle du café-théâtre (dans le grand foyer du CC d'Uccle), et ne prétendait pas aux découvertes - avec une programmation pour le moins éclectique allant de "Mozartissimo" à la petite robe rouge de Pascale Delagnes en passant par les "Enfants de Solo" de Claude Semal - mais visait plutôt à accrocher des artistes qui sont plutôt du genre météore et dont on rate souvent le passage pour cause de "nomadisme", Bernard Damien voulait, lui, avec son Festif' Festival, constituer un tremplin pour de jeunes talents, dont une majorité féminins? Directeur du Théâtre du Grand Midi, comédien, Bernard Damien est par ailleurs aussi un des rares professeurs (à Mons) de "seul en scène", un "genre" qui se porte de mieux en mieux comme nous le savons !

Le point d'orgue du Festival était une "biographie animale", la vie tumultueuse de : "Un Poisson nommé Saphir" de Stephanie Blanchoud, mis en scène par Martine Willequet, comme un exemple à suivre?C'est un petit bijou que d'aucuns sont venus revoir (vu au Festival de Spa cet été), parfaitement rodé, par une comédienne, Catherine Decrolier, dont on se dit que décidément, "'elle promet", et compte tenir puisqu' elle annonce un deuxième projet : "Les Dernières volontés", avec unE complice, et "humaine" cette fois : Julie Duroisin (3)? "La Confusion des genres" au Varia (4), également sur le principe d'un nombre réduit de représentations pour chaque spectacle, proposait sous ce thème des créations disons "audacieuses" et pour le moins variées, qui n'ont pas toujours fait l'unanimité parmi les spectateurs mais qui avaient le mérite de ravager les idées bien plantées sur le masculin/féminin.

Plus littéraire comme le "Rangez vos poules" de Virginie Thirion écrit pour et interprété par Alexandre Trocki ou plus physique comme "Fucking Boy" mis en scène par Armel Roussel/Utopia (référence en matière d'aventure théâtrale radicale) avec Pierre Megos, ainsi que Florence Minder, Astrid de Man et Sophie Sénécaut.

Avec "J'ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie" de la "Clinic Orgasm Society" avec Mathylde Demarez et Ludovic Barth, qui secoua jusqu'en Avignon l'été 2006, le point commun de tous ces spectacles, en plus du thème général est la prodigieuse inventivité comme l'absence de toute "retenue" de ces jeunes créateurs. Particulièrement en phase avec les préoccupations (ou non), les contradictions et les ?acceptations de la société actuelle est le coup de poing énorme et rageur que donne ce fucking (poor) boy? tandis que c'est par la dérision, l'originalité du mélange conte déjanté + comédiens hilarants + emploi (pas du tout gratuit !) de la vidéo et l'ingéniosité de l'idée même, du concept, de la pièce "à l'endroit-à l'envers" (défense d'en dire plus car à ne pas rater ! En tournée avec une bonne trentaine de dates déjà arrêtées pour la Belgique et la France!) que se manifeste surtout la Clinic Orgasm Society, toute jeune compagnie bruxelloise.

Suzane VANINA (Bruxelles)

1* www.brxlbravo.be
2* Théâtre du Grand Midi/XLThéâtre, Ixelles/02.513.21.78/0475.519.118 - www.xltheatredugrandmidi.be
3* voir www.cafetheatredelatoisondor.be
4* Théâtre Varia, Ixelles/02.640.82.58 ? www.varia.be

Photo © : Catherine Decrolier et le poisson Saphir Pierre Megos - "Fucking Boy" : Jacques Verees Ludovic Barth - "J'ai gravé..." : C.O.S.

Partager cet article

Repost0
1 mars 2007 4 01 /03 /mars /2007 11:00
PETIT BRÉVIAIRE DE L'AMOUR À TROIS

Avez-vous déjà vu un spectacle qui commence son histoire par la fin et se termine par le début ? La pièce de Pinter, Trahisons avance à reculons, entre une femme, son mari et, évidemment, son amant. A chacun selon ses trahisons, à chaque réplique son ambiguïté. Luc Fonteyn signe une mise en scène, dynamique, efficace, proche de la comédie bourgeoise.

Quand Emma retrouve Jerry dans un bar au printemps 1977, on comprend que ceux-là ont été amants. Dans la conversation de circonstance, le spectateur recolle déjà certains morceaux. Ils ne se sont plus vus depuis deux ans, ils ont été amants pendant sept ans. Chacun connaît la famille de l’autre. Et ils avaient carrément leur appartement aménagé, en cocooning d’adultère (« Personne ne savait, on était géniaux ! »).
 Crédit © Cassandre Sturbois

Mais maintenant, la femme annonce à son ex-amant qu’elle quitte son mari Robert, qui la trompe depuis des années. De plus, elle a avoué à son mari sa liaison avec lui, Jerry. Là, l’amant est complètement consterné… « Tu l’as dit à mon plus vieil ami ?! »
Changement de décor, changement de temps. Un peu plus tard, on retrouve Jerry et Robert, au bar. Echange en absurdie. « Je suis désolé », dit l’amant, « Sois pas désolé », répond le mari, « Et pourquoi pas ? », s’emporte l’amant.

Double sens


Dialogues percutants, humour anglais, le Britannique Harold Pinter, Prix Nobel de littérature 2005, est un maître de l’ambivalence dans un théâtre dit de la « menace », où les répliques des personnages sont presque à chaque fois une énigme. Ici, avec Trahisons, écrit en 1978, nous sommes dans le trouble du double sens et du non-dit qui fait que chaque certitude est remise en questions. Qui savait quoi de qui ? Avec brio, le dramaturge a imaginé, sur un canevas de vaudeville, une histoire à l’envers, avec des glissements progressifs dans le passé qui dévoilent la mécanique des trahisons, sans cris, par des dialogues obliques, chargés de sens et une écriture concise.

En avançant à reculons entre la chambre des amants, le salon du couple, les bars de Londres, et la Venise des mariés, la complexité humaine se dévoile entre les joies, les doutes, les aveux, la suspicion, le malaise, le silence, etc. En 1975, c'est la rupture par manque d'inventivité des amants. Puis le suspens est à rebours, jusqu'au premier baiser lors d'une soirée bien entamée de 1968.

Fluide


Dans la petite salle intimiste des Voûtes, le public entoure une scène blanche, ovale, où les comédiens délimitent les différents rendez-vous de la pièce, tantôt par des rideaux translucides, tantôt par deux fauteuils blancs placés en forme de lits ou de salon. Le décor design, couplé aux costumes « seventies » de Céline Rappez et ciselé par les lumières de Laurent Kaye, jouent de l’esquisse, au gré des rencontres et du temps, sans oublier les colorations musicales de l’époque : Beatles, Rolling Stones,…

Enfin, le metteur en scène Luc Fonteyn a orchestré une fluidité dynamique dans ses nombreuses allées et venues, avec un jeu réaliste pour Patricia Ide, Olivier Massart (l’amant) et Serge Demoulin (le mari). Les face à face amant/mari sont les plus réussis. Dans un jeu varié, Massart et Demoulin dépassent la comédie, juste de ce qu’il faut pour donner son brin de « menace » à un drame qui joue du langage, flirte avec la comédie et montre la vacuité des sentiments.

Nurten AKA (Bruxelles)

Jusqu’au 31 mars, au Théâtre le Public, 64-70, rue Braemt, 1210 Saint-Josse, 0800/944.44.

Partager cet article

Repost0
1 mars 2007 4 01 /03 /mars /2007 10:49
COUPLE OUVERT À TOUT CAUCHEMAR

Thèmes et variations sur la dispute d'amoureux, c'est Hystéries par la compagnie Querelle. Tout un programme écrit et mis en scène par le jeune Alexis van Stratum, trente ans. Ici, l'amour vole (trop vite) en éclats. Un couple exécute neuf situations pourries. Entre théâtre et sketches, le miroir grossissant est simplement drôle.

En couple, la réussite est difficile et le cauchemar, facile. On le sait. Ainsi, Hystéries s'occupe de sa face sombre de l'amour : le cauchemar à deux. "Comment des êtres, qui s'aiment passionnément, finissent-ils par se détruire?" restera, à la fin du spectacle, une question à peine sans réponse. Sur scène, l'auteur-metteur en scène a imaginé neuf crises de couples pour deux personnages, interprétés, sans changement de costumes, par Cachou Kirsch (la femme) et Nicola Testa (l'homme). Entre l'homme et la femme, aucune de discrimination, l'auteur a eu l'intelligence d'"asexuer" les hystéries. Tantôt c'est la femme qui pète les plombs, tantôt c'est l'homme. Parfois la crise prend à contre-courant un cliché universel, comme cette scène cocasse où l'homme fuit le lit prétextant aussi une migraine, face à sa compagne qui elle, veut baiser "plus qu'une fois tous les deux mois"

Photo © Bernard Dubois

"Connasse, je t'aime" et même tonneau

Sans tragédie, sur le fil de la comédie à sketchs (malgré un emballage théâtral, musical et chorégraphique intéressant), les deux comédiens enchaînent les séquences et épinglent la vie à deux en enfilant simplement des crises à gogo. Celles-ci, c'est bien connu, jaillissent d'une broutille. Le rideau affreux refilé par la mère, le repas de Noël obligatoire, la discussion à sens unique autour des prochaines vacances, la crise de nerfs pour une poubelle mal placée… Les mèches s'enflamment, et les engueulades deviennent monstrueuses. Elles déversent des flots des reproches, ponctués de déclarations péremptoires : "C'est fini", "Va-t-en", "Tu m’étouffes", etc. Le mélo pathétique atteint le summum avec celui qui se casse et qui revient, avec celui qui crie "connasse" et puis "je t'aime".

Rien de neuf à l'horizon. Si la dispute amoureuse est une rengaine, le spectacle nous en redonne la mécanique, faisant transparaître faiblement le désespoir qu'il annonçait : la "dépendance" qui cloue le couple, la peur de s'engager ou d'étouffer, voire le pire, "la solitude à deux".

Fluidité inventive

Les scènes trempent donc dans ce lieu commun, avec une simplicité basique, sans le reflet nuancé de la complexité amoureuse. Reste que cette première d'un auteur possède son bouquet de répliques féroces et savoureuses. Exemple : « Je t’ai regardé, j’ai vu ton visage et je me suis dit: “Ca y est. On est en crise”». Ou encore : « - Je veux que tu m’aimes ! - Mais je t’aime… - C’est pas assez ! »

Le spectacle est séduisant, servi par une mise en scène fluide où l'on aperçoit le travail inventif d'une jeune compagnie. Ici, dans une scénographie signifiante (fauteuil et baluchons) et quelques lumières oniriques, les neuf crises sont joliment entrecoupées (et parachevées) par des chansons kitsch et des chorégraphies tristes et sensuelles.
Les interprètes, Cachou Kirsch et Nicola Testa, remplissent leurs multiples personnages avec allure malgré un jeu faiblement varié quoique touchant. Toutefois, la jeunesse (de l’écriture à la scène) semble desservir la tragicomédie du propos. La comédie passe, la tragédie pas. Le pathétique, lui, n'a pas le temps de s'installer. L’hystérie est dès lors coincée dans la drôlerie du premier, cloîtrée dans un "kot" de jeunes amoureux. Faisant la fine bouche, on regrette le style "sketch ultra rapide" malgré la rescousse de certains interludes superbes qui donnent à Hystéries une théâtralité salutaire. Enfin, une chose est sûre. Hystéries est un spectacle drôle et dynamique sur un sujet qui fonctionne toujours, signé par Querelle, une jeune compagnie à suivre, de toute façon.

Nurten AKA (Bruxelles)

Jusqu’au 24 février au Théâtre Marni, 25 rue de Vergnies, 1050 Bruxelles 0032/2/639.09.80

Partager cet article

Repost0
23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 18:39
DÉSIR SANS AVENIR

Pendant quelques instants, ils se dévisagent sans un mot, sans un geste, pétrifiés par la surprise. Chacun se tient debout dans un face à face silencieux, lourd de ressentiment. L’heure est au règlement de compte. Peu à peu, la stupeur se transforme en défiance. La menace règne. Le silence s’éternise, le temps se suspend, la tension monte : qui dégainera le premier ?

Quelque chose de malsain, de délétère règne dans la salle. Un couloir sinistre plongé dans une lumière froide de néon, une ambiance verdâtre de cabinet médical, de la vaisselle en plastique, maculée, dispersée aux quatre coins de la pièce. Une scène réduite, inquiétante, asphyxiante qui constitue le seul espace de jeu. Plus dérangeant encore, cette proximité étudiée avec le public : un petit nombre de spectateurs et aucune rupture matérielle entre la scène et les gradins. Le cadre parfait pour un huis clos intime. Le temps des aveux a sonné. « Ein Schock ! », le choc des retrouvailles après quinze longues années de séparation.
 Photo © Matthias Horn

A l’époque, Una était une enfant de 12 ans, Ray un jeune homme de 34 ans. De leur relation amoureuse interdite ne restent que des souvenirs d’un passé tantôt fantasmé tantôt refoulé, entre nostalgie et déni. Chacun tient sa version. C’est le moment des explications. Ray devenu Peter, a tiré un trait sur ce qu’il considère comme une erreur de parcours. Une nouvelle identité, une nouvelle femme, un nouvel environnement : une fuite du passé en bonne et due forme. Elle, n’a pas eu cette possibilité. La petite est restée là où il l’a abandonnée, sans explication, livrée à son sentiment d’humiliation. A 12 ans, elle perd avec violence son innocence, forgeant au fil des années, entre la honte et l’incompréhension, un profond ressentiment. Au fil des témoignages, les perceptions différentes se confrontent avec véhémence, les reproches fusent, la confusion s’installe. Una a-t-elle été une victime de la terrible perversion de Ray ou une petite lolita en puissance avide de séduction ?

Au fil des aveux les chaînes du silence se brisent entre amertume et douleur. Progressivement les personnages se confessent, se révèlent. Les masques tombent . D’une identité superficielle on passe au sujet authentique, dans son lot de complexité et de contradiction. A tel point que les rôles s’inversent : Ray passe du personnage froid, hostile à l’individu pervers, lâche, à la victime d’un amour interdit. Un homme avec ses faiblesses, en somme. Incarnant tantôt la petite fille, dont on a abusée, tantôt la femme blessée forte de sa vengeance, Una décline son ambivalence de manière déroutante. Banale histoire d’amour impossible ou relation perverse? Dans tous les cas un désir sans avenir. Incarné par les brillants Thomas Bading et Jule Böwe, un duo puissant, inquiétant et dérangeant sur le chemin de la folie.

Elsa ASSOUN (Berlin)

Blackbird
Mise en scène : Benedict Andrews
Texte : David Harrowers
Adaptation : Maja Zade
Musique : Matthias Trippner

Schaubühne am lehninerplatz. Le 2 mars à 20h30. 

Partager cet article

Repost0
23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 18:24
ROMAN DE GUERRE

Stephen Shank adapte et met en scène un roman de l’écrivain bruxellois progressiste, quasi oublié, David Scheinert (1916-1996). Son Flamand aux longues oreilles, prix Rossel 1961, est une fable philosophique empreinte d’humour entre un pacifiste et un activiste face à l’Occupation nazie.

Comme une peinture rurale, le décor de Thierry Bosquet plante une remise de campagne encombrée de cageots et de patates. Le sol est forcément poussiéreux, renforcé par une fumée et la lumière d’Alain Collet qui pousse à la pénombre. Ambiance : terre, labeur, sueur. Nous sommes à Bossem, village flamand imaginaire, épargné par l’occupant nazi. Les habitants vivent dans une sérénité toute relative, les enterrements, qui succèdent aux enterrements, la kermesse du dimanche, les bizarreries du nouvel idiot du village, Pier Klok (Peter Ninane) et la peur des casqués allemands, canalisée par le forgeron Staf den Bul (Pascal Racan).
 Photo © DR

L'idiot et le taureau 

La pièce se concentre sur ces deux faces opposées d’un même combat : l’humanisme pacifique. Si Pier Klok est un idiot mystique, pacifiste absolu, Staf den Bul, lui, est le taureau solide prêt à défendre sa terre. Comme dans un roman philosophique, David Scheinert va questionner le prix de la rébellion, de la paix et de l'activisme. Car forcément, l’ennemi débarque, six casqués allemands qu’il faudra assassiner. Le village s'y met, Staf den Bul partage les meurtres entre lui, l’instituteur Joseph Staelen, dit Staline, Mathias le boucher, De Vos le cafetier, Jan le pharmacien et Neus le contrôleur des contributions, collabo douteux… Mais Pier Klok, en doux zinzin, fera échouer la mission, au grand dam de son ami-protecteur Staf den Bul…

Accents belgo-belges

David Scheinert est écrivain engagé de l’après-guerre, un poète qui se disait "juif hérétique, dont la famille fut décimée à Auschwitz." Le Flamand aux longues oreilles semble résumer les tourments de cet écrivain méconnu né en Pologne, exilé en Belgique. Stephan Shank a le mérite de le faire revivre. Malheureusement, sa mise en scène fervente dérape dans une exubérance baroque inutile, telle la musique, ou les bombardements en sons et lumières, ou encore l’apparition d’un Manneken Pis parlant.

Pour parfaire l’atmosphère le metteur en scène oblige ses interprètes, à forcer sur des accents, flamand, bruxellois, et même liégeois ! Une surprise, drôle d’abord, lassante ensuite mais qui, paradoxalement, donne du rythme à un spectacle, dont la théâtralité peine à prendre son envol définitif face au roman. Toutefois, la pièce est portée par un vieux routier du théâtre, qui vaut à lui seul le détour. Impressionnant, Pascal Racan joue dans le calme et la densité son personnage rugueux.
Il est entouré de deux jeunes comédiens (prometteurs) qui défendent (difficilement) des rôles moins évidents. Peter Ninane en idiot mystique, sans attrait et Jessica Gazon qui plonge, plus qu’elle ne se faufile, dans une panoplie de personnages. Soit. Avec la gueule de l’emploi, ils vont, près de deux heures durant, jouer tantôt les personnages (quand l’action le permet), tantôt poursuivre en chœur la narration romanesque (avec ses descriptions et ses commentaires). Reste que ce spectacle dynamique issu d’un roman d’après-guerre, est une audace certaine.

Nurten AKA (Bruxelles)

Le Flamand aux longues oreilles
Jusqu'au 10 mars, au Théâtre du Méridien, 200, chaussée de la Hulpe, 1170 Bruxelles. 0032/2/663.32.11. 

Partager cet article

Repost0
23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 11:23
Tandis qu'à Liège s'est déroulé un Festival International important de "jeune création" (fidèle en cela à une vieille tradition), avec Bruxelles Bravo * certains théâtres bruxellois ont imaginé des mini-festivals où de jeunes talents, aussi, ont eu l'occasion de se faire apprécier. Regroupés sous un thème : "La Confusion des genres ou bas les masques" au Varia* ou tout simplement avec un titre générique prometteur comme ce "Festif' Festival"/"la parole est aux Jeunes z'Artistes" par le Théâtre du Grand Midi, abrité depuis quelques années dans les murs de l'XL-Théâtre (2).

Le Festival de Liège


La plupart des spectacles de cette programmation liégeoise ont fait ou feront parler d'eux car vus à Avignon comme "Les Marchands" ou à Bruxelles : "Saadi, agence de gaîté", ils seront accueillis ensuite en décentralisation un peu partout, dont cinq à Bruxelles notamment, grâce au fait qu'avant d'être à la tête du Théâtre National, Jean-Louis Colinet avait repris la direction du Festival en 1999. Alors que "La Cerise sur le Gâteau" annonçait résolument la couleur, celle du café-théâtre (dans le grand foyer du CC d'Uccle), et ne prétendait pas aux découvertes - avec une programmation pour le moins éclectique allant de "Mozartissimo" à la petite robe rouge de Pascale Delagnes en passant par les "Enfants de Solo" de Claude Semal - mais visait plutôt à accrocher des artistes qui sont plutôt du genre météore et dont on rate souvent le passage pour cause de "nomadisme", Bernard Damien voulait, lui, avec son Festif' Festival, constituer un tremplin pour de jeunes talents, dont une majorité féminins…

Directeur du Théâtre du Grand Midi, comédien, Bernard Damien est par ailleurs aussi un des rares professeurs (à Mons) de "seul en scène", un "genre" qui se porte de mieux en mieux comme nous le savons ! Le point d'orgue du Festival était une "biographie animale", la vie tumultueuse de : "Un poisson nommé Saphir" de Stephanie Blanchoud, mis en scène par Martine Willequet, comme un exemple à suivre… C'est un petit bijou que d'aucuns sont venus revoir (vu au Festival de Spa cet été), parfaitement rodé, par une comédienne, Catherine Decrolier, dont on se dit que décidément, "'elle promet", et compte tenir puisqu' elle annonce un deuxième projet : "Les Dernières volontés", avec unE complice, et "humaine" cette fois : Julie Duroisin (3)…

"La Confusion des genres" au Varia (4), également sur le principe d'un nombre réduit de représentations pour chaque spectacle, proposait sous ce thème des créations disons "audacieuses" et pour le moins variées, qui n'ont pas toujours fait l'unanimité parmi les spectateurs mais qui avaient le mérite de ravager les idées bien plantées sur le masculin/féminin.

Plus littéraire comme le "Rangez vos poules" de Virginie Thirion écrit pour et interprété par Alexandre Trocki ou plus physique comme "Fucking Boy" mis en scène par Armel Roussel/Utopia (référence en matière d'aventure théâtrale radicale) avec Pierre Megos, ainsi que Florence Minder, Astrid de Man et Sophie Sénécaut. Avec "J'ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie" de la "Clinic Orgasm Society" avec Mathylde Demarez et Ludovic Barth, qui secoua jusqu'en Avignon l'été 2006, le point commun de tous ces spectacles, en plus du thème général est la prodigieuse inventivité comme l'absence de toute "retenue" de ces jeunes créateurs.

Particulièrement en phase avec les préoccupations (ou non), les contradictions et les … acceptations de la Société actuelle est le coup de poing énorme et rageur que donne ce fucking (poor) boy… tandis que c'est par la dérision, l'originalité du mélange conte déjanté + comédiens hilarants + emploi (pas du tout gratuit !) de la vidéo et l'ingéniosité de l'idée même, du concept, de la pièce "à l'endroit-à l'envers" (défense d'en dire plus car à ne pas rater ! En tournée avec une bonne trentaine de dates déjà arrêtées pour la Belgique et la France!) que se manifeste surtout la Clinic Orgasm Society, toute jeune compagnie bruxelloise.

Suzane VANINA (Bruxelles)

1* www.brxlbravo.be
2* Théâtre du Grand Midi/XLThéâtre, Ixelles/02.513.21.78/0475.519.118 -
3* voir www.cafetheatredelatoisondor.be
4* Théâtre Varia, Ixelles/02.640.82.58 – www.varia.be

Photos ©  Catherine Decrolier et le poisson Saphir Pierre Megos/"Fucking Boy" : Jacques Verees Ludovic Barth/"J'ai gravé…": C.O.S.

Partager cet article

Repost0
20 février 2007 2 20 /02 /février /2007 15:55
LÂCHÉ DÈS LES PREMIERS RIVAGES

Troisième volet de la trilogie « Les trois Printemps », écrit par Morgan Van Helden, Le dernier Rivage ne tient pas toutes ses promesses. Le mélange de styles, burlesque, tragédie, symbolique, fait un peu perdre le fil au spectateur. Malgré quelques moments brillants et plusieurs comédiens qui pétillent, ce spectacle reste trop inégal.

La personnalité de cette pièce colle un peu au couple central. Christelle, caricature snob du nouveau riche avec ses excès, son ridicule, est la femme de Milé, ancien grand violoniste devenu critique musical, trop torturé qu’il était par son art. On ne sait trop sur quel pied danser et l’on s’y noie un peu. Le couple bat de l’aile, le divorce paraît inéluctable, Milé va perdre ses deux enfants. Il souhaite leur faire un ultime présent, afin de leur montrer le sens de l’existence. Mais ce cadeau, que l’on devine rapidement (leur jouer du violon) sera le plus ultime qu’il puisse leur faire car il lui en coûtera la vie. Il est en effet averti par les médecins que continuer à jouer de son violon, Pandore, lui serait fatal. Milé a alors consacré sa vie à la critique musicale et à l’éducation de « ses enfants » , qui en fait sont du premier mariage de Christelle.

« Par l’ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps ont-ils été destinés à moi ? »

(Blaise Pascal)

L'intervention de la mythologie grecque donne une touche de symbolisme à la pièce. On la retrouve avec l’intervention de la « grâce », Mââb-Ecath, sorte de divinité de la tentation. Elle essaye de convaincre Milé de reprendre son violon et de laisser parler son cœur. Car toutes ces années de renoncement l’ont en quelque sorte isolé du monde qui fourmille autour de lui. Il travaille en vase clos, les contingences matérielles l’indiffèrent, il vit dans sa bulle paternelle et musicale. Bien sûr, ses enfants le ramènent à la réalité en lui faisant part de leurs problèmes existentiels. Sa fille, devenue une jeune fille qui se perd dans l’ivresse de la nuit, lui demande conseil sur le sens à donner à sa vie. Elle fustige aussi son attitude passive, son retrait. Plus tard son fils, joué par l’excellent Christophe Sleutel, lance son incompréhension et sa haine du monde au spectateur dans des envolées lyriques assez truculentes. Mais tous deux, à l’image de leurs parents, sont perdus dans cet univers et s’interrogent sur la façon d’être, de faire.

Un mélange inégal


A ces moments existentiels se mêlent des passages plus burlesques, avec notamment l’intervention de Monique, l’amie de Christelle. Admirablement interprétée par Garence Holliver, cette caissière de piscine caricaturale, très drôle, donne à la pièce quelques moments de franche drôlerie. Quelques passages comiques restent quand même assez légers, Milé s’adressant à son fils « Tu veux te croire libre Max » ; Monique parlant à Christelle de leur journées « 3 d » : « Danse, drague, coiffure » (sic). On entend parfois au cours de la pièce des passages audio assez oniriques, tirés des deux volets précédents. Ils seraient des pensées que les autres personnages adressent à ceux de cette pièce. On peut trouver l’idée originale et intéressante, mais au final cela ajoute à la confusion du spectateur.

Nicolas Van den Abeele, assez dérangeant dans son rôle de Milé, prolonge le spectacle en nous lisant un poème de Pierre Fontaine, présent dans la salle. Le texte est très beau, seulement on ne sait plus trop ce qu’on est venus voir ou faire. Cette pièce reste sans doute trop ambitieuse, elle reprend quelques éléments de conte philosophique et les mêlent à des passages burlesques. Le tout reste donc un peu éparpillé, l’alchimie a du mal à opérer même si certains passages sont fort savoureux. Grâce notamment au jeu subtil de Garence Holliver, et aux interventions nihilistes de Christophe Sleutel. Son personnage (Max âgé) veut tout brûler mais ce sont ses ailes qu’il consume. Comme se consume un peu la pièce dans un trop-plein  de styles et de personnages. Dommage car l'ensemble ne manque pas de qualités.

Gabriel HAHN (Bruxelles)

Les Printemps de brumes
Texte : Morgan Van Helden
Mise en scène : Nicolas Van den Abeele
Distribution : (Milé) Nicolas Van den Abeele, (Christelle) Marjorie Elich, (Maïté) Agnès Chainiaux, (Georges) Manuel Jeanmart, (Mââb-Ecath) Zandona Milena, Denis : Samy Barakat, Mitch : Didier Desmecht, Max (jeune) : Bruno Frank, Max (âgé) : Christophe Sleutel, Monique : Garence Holliver, Présentateur : Manuel Jeanmart
Régie : Stéphano Casciato

Durée du spectacle : 2 heures
A 20h les 15, 17 et 18 février 2007 - Salle des Hautes Ecuries de la Vénerie 3, Place Gilson – 1170 Watermael-Boisfort

Partager cet article

Repost0

Chronique Fraîche