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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

19 août 2007 7 19 /08 /août /2007 16:59
L’HOSPITALITÉ DU DÉSERT

Umusegniy est le mot rwandais pour désigner le sable. Claudine Nyirahabineza, elle-même d’origine rwandaise, parle du désert, des nomades qui l’habitent, de la vie qu’ils mènent et de leur hospitalité. Proche de la danse et du conte, ce spectacle tout en images fait rêver.

Chargée d’un lourd ballot en équilibre sur sa tête, une femme marche sur le sable entre des repères étranges. Elle dépose son fardeau et devise. Elle dit peu de choses. Seulement quelques phrases essentielles, comme dans les livres pour les petits ne sachant encore lire. Elle explique le désert et ses habitants.

Umusegnyi----Pierrot-Julien.jpg
Durant ses silences, son corps accompagne des chants, des musiques exotiques d’outre-mer ou classiques de chez nous. Ce sont ses mains qui parlent en une chorégraphie d’élégance. Elles dessinent des formes dans l’espace. C’est son corps qui accompagne les rythmes et les chansons. Il raconte une présence vivante au cœur d’un territoire aride. Ce sont des objets que cette femme manipule. Ils imitent la pluie absente, rappellent le costume traditionnel des touaregs, sont éléments d’un jeu local du genre osselets…

Ici tout est lumineux. Les couleurs des tissus vivent sous des éclairages solaires. Les matières sont naturelles : minérales ou végétales. Les unes et les autres meublent le plateau tandis que l’interprète irradie une joie de vivre spontanée. Les images s’imposent au regard, chatoyantes, enchanteresses. Elles portent du rêve. Elles approchent une culture autre et deviennent réalité lorsque, après avoir érigée une tente, la conteuse invite le public à s’y installer à ses côtés sur des coussins accueillants.

À la portée des tout petits, ce spectacle parle de beauté, d’éveil des sens, d’approche artistique. Il est moment privilégié du rappel d’un monde dépourvu des complications de la technologie, riche d’une connivence entre nature et hommes, d’humains fraternellement entre eux.

Michel VOITURIER


Conception : Lieven Baeyens
Texte : Création collective
Distribution : Claudine Nyirahabineza
Scénographie et décors : Diane Batens
Eclairages : Diane Batens

Production : Iota Compagnie
Public : de 2 ans à 5 ans
Durée : 45’

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19 août 2007 7 19 /08 /août /2007 16:54
LE CORPS COMME INSTRUMENT VISUEL ET RÉSONNANT

Donner à voir et à entendre ce que le corps peut produire comme gestes et musiques, tel est le propos de cette chorégraphie qui explore les espaces scénique et sonore.


Quatre danseurs chanteurs parcourent les possibilités acoustiques de la voix, de la peau, des membres. Ils s’amusent à donner une sorte de progression, partie de borborygmes primitifs avant d’aboutir à des chants structurés et à un langage parlé codifié.  Les séquences se relaient entrecoupées parfois de noirs ou enchaînées avec fluidité.

L’un utilise l’autre comme un sculpteur l’argile qu’il modèle. L’autre se sert de l’une pour en tirer des modulations comme un musicien userait de son archet. Des couples se forment, se défont. Des affrontements se résolvent. Des complots se trament et des alliances se construisent. De la solidarité succèdent à de l’agressivité. Des solitudes naissent ou se résolvent. Chaque action, chaque interaction modifie la hauteur, le timbre, l’intensité de la voix. Le souffle devient porteur de rythmes.

Le meilleur de la danse belge

Nullement évident avec un tel matériau de départ de tenir une heure sans se répéter. Pourtant le quatuor y parvient en variant les relations entre les interprètes. Les chorégraphies empruntent pour mieux s’en nourrir des éléments au meilleur de la danse contemporaine belge. C’est à la fois limpide et complexe. Cela combine tendresse et violence, humour et sérieux, facétie et provocation, pulsions et décontraction, sentiments et technique.

Les compositions musicales elles-mêmes s’échelonnent sur des thématiques et des optiques diversifiées. Les savantes architectures du classique ou de la musique concrète avoisinent le gospel, les airs ethniques, le patrimoine folklorique. L’utilisation de l’espace et des ressources combinatoires des quatre protagonistes modifie sans cesse l’équilibre du plateau. L’harmonie et la rupture alternent mettant en scène des tensions, des relations, des complicités ludiques et affectives authentiques.

Les éclairages contribuent avec intelligence aux ambiances de chaque enchaînement. Le « trône » sculpté par Pierrick Odaert contribue par son étrangeté et sa singularité mystérieuse à stimuler l’imaginaire.

Michel VOITURIER

Texte : Création collective
Mise en scène : Jean-Luc Yerlès
Distribution :Thierry Bastin, Nathalie Boulanger, Marie-Sophie Talbot,
Jean-Luc Yerlès
Chorégraphie : Frey Faust
Compositions musicales : Marie-Sophie Talbot
Scénographie : Pierrick Odaert
Costumes : Samuel Dronet
Lumières Jean-Jacques Deneumoustier

Production : Théâtre Oz
Public : à partir de 8 ans
Durée : 60’

Photo © Benoît Dhennin

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 15:58
Sous-titre du spectacle : "un cadrage hors champ des Trois Sœurs d'Anton Tchékhov". Ainsi annoncées, les intentions sont claires : nous n'assisterons pas à une énième "vision" de la pièce mais à un vrai chambardement. Si la mise en oeuvre du projet tient de l'exploit, la mise en bouche déconcerte.

Le projet de la metteure en scène Agathe Chion est original à plus d'un titre. D'abord parce que le "Tomtom group" que cette jeune Française dirige depuis Berlin, a quelque chose de son homonyme qui propose de la  "navigation par satellite". Il re-groupe des gens d'horizons et de lieux différents qui ont décidé de monter ce projet, en gardant un éloignement géographique totalisant plus de 1.600 km ! L'essentiel du travail se fera par des échanges téléphoniques et électroniques ; certains travaillant isolément, d'autres organisant de brèves rencontres, avant d'ultimes répétitions plateau, en accueil à l'Océan Nord - un théâtre à vocation expérimentale - à Bruxelles…. Le point de départ, la rencontre d' Agathe Chion et des comédiennes Naïs Bastide, Caroline Berliner, Coraline Clément, Prunelle Rulens dit Rosier, ayant été… Bruxelles (l'INSAS).
 Photo © Isabelle Desroches

Etonnante expérience et intérêt premier : comment vont converger, aboutir ensemble, des travaux qui ont cheminé séparément, de manière personnelle ? Peut-on mettre sur pied, à distance, un projet théâtral, le monter à la façon d'un puzzle ? Grâce à l'investissement de l'équipe, le défi est relevé. Partant de l'idée que chez Tchékhov "tout advient dans le hors champ", Agathe Chion a très exactement voulu "donner à voir ce hors champ", en faire "l'enjeu du projet". Le texte sera donc débité à la mitraillette, de façon monocorde tandis que les didascalies, indications basiques généralement ignorées des spectateurs, sortiront des pages et des parenthèses pour leur voler la vedette (soulignons le paradoxe qu'il y a à dire "un silence"…)

Comme "l'adaptatrice" a choisi de mettre en exergue trois phrases-clé du texte de Tchékhov, on pourrait diviser cet exercice plutôt cérébral et iconoclaste en trois parties : une dissection, clinique, avec analyses chiffrées (à la table, face public), ensuite un joyeux délire, franche débandade des corps et des esprits, pour terminer sur une plage sonore tonitruante que les voix des quatre comédiennes auront du mal à surmonter dans leur volonté de décrire, encore et toujours.

Autopsie d'une pièce

Et c'est bien là, l'écueil majeur : la pièce est devenue un récit et à force de descriptions, de redondances et de distanciation comédienne/personnage, le spectateur "non tchékhologue" n'est guère touché. Il en arrivera même, à la fin (abrupte), à se désintéresser de ce qui peut se passer là, devant lui…
Sans décor et dans une scénographie minimaliste, la "scène multiple" voulue par Agathe Chion se révèlera disparate avec des éléments dont le sens restera obscur, comme cette vidéo - présence (in)évitable actuellement - montrant en temps réel la décomposition d'un plat.
Effet de disparité également avec la multiplicité de "micro événements" (les "parasites" pris au sens propre ?) sans rapport avec ce qui se dit ou ce qui se fait par ailleurs… le tout voulu comme une "invitation à une visite de musée". Un musée, certes, exempt de toute solennité !

Après le côté statique du début, c'est le déchaînement corporel dans la suite. Avec entrain et dans une belle énergie générale, la "sororité" se déploie, par l'escamotage des personnages masculins (difficilement "imaginables" par leur seule et sèche description) au bénéfice d'une belle-sœur venant s'ajouter aux "trois sœurs" de l'œuvre d'un certain Tchékhov… dont s'inspire la metteure en scène Agathe Chion.
Les quatre comédiennes s'éclatent, s'amusent : on gesticule, on déambule, on s'habille, on se déshabille, on lance des rires nerveux, on effectue des sursauts de pantin, on casse la vaisselle, on malmène un meuble… Le spectateur pourra penser que la metteure en scène a voulu prendre le mot de Tchékhov au pied de la lettre qui qualifiait sa pièce de "farce de collégien" (il le disait parce qu'il ne se prenait pas au sérieux, lui…). Mais à la fin, on reviendra au côté statique (face public mais debout) pour décrire, et décrire encore.

A disséquer ainsi jusqu'à montrer le squelette de la pièce, le danger est de lui enlever toute chair. Donc, de simplement montrer un spectacle. Qui plus est un spectacle en dents de scie, d'où le spectateur étourdi ressort plus que "partagé".

Suzane VANINA (Bruxelles)

Théâtre Océan Nord jusqu'au 30 juin 2007  – 0032 (0)2.216.75.55 - On peut visiter un autre aspect du projet appelé "positions sonores"

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12 juin 2007 2 12 /06 /juin /2007 17:20
COUPLE OUVERT À D'AUTRES TEMPS

Comme il le fut à la télévision (6 épisodes, 1973), puis au cinéma (1974), ici au théâtre, le projet atypique d'Ingmar Bergman fait mouche. Son examen clinique de moments significatifs de la vie d'un couple reste passionnant ! C'est en partant du scénario original du film, condensé lui-même de la série télé de Bergman, que le metteur en scène Michel Kacenelenbogen a voulu démontrer que le thème n'avait rien perdu de sa vigueur, de son actualité, de son universalité.


Et l'on sait que Bergman est allé chercher dans son vécu ses éléments dramatiques. Pour en garder toute la force avec cette version théâtrale, il s'est agi d'un évident travail collectif : la direction d'acteurs étant particulièrement liée à la personnalité des deux grands artistes que sont Muriel Jacobs et Alain Leempoel. Scénographie - Céline Rappez - lumière - Laurent Kaye - soutenant parfaitement toutes les intentions.
 Photo © Cassandre Sturbois

Alors que se joue ailleurs Le Silence des Mères, se révèle ici un "silence de couple" fait de non-dits, accumulés au fil de vingt ans de vie en commun, entre gens polis, policés, apparemment bien assortis, privilégiant l'échange d'états d'âme aux éclats de voix. Le contexte du milieu plutôt aisé serait propice au "bonheur", n'était le poids de la bienséance, des convenances socio-familiales. "Tout pour être heureux", c'est ce que ne cessent de proclamer, à tous, d'entrée de jeu et en gros plan cinéma (comme un clin d'œil au maître inspirateur), les deux protagonistes, Marianne, conseillère juridique et Johan, chercheur d'université, parents comblés de deux filles et soucieux de "leur image de marque". La scène de ménage, chère au théâtre de boulevard, est bien dépassée par une réflexion, (non dénuée d'humour tout de même) sur le "vivre ensemble", sur le truisme, inacceptable pourtant, "mieux vaut être seul que mal accompagné". Car même si la solitude métaphysique à la Johan veut dépasser la solitude-isolement à la Marianne, tous deux en rejettent la perspective et tentent à tout prix la rencontre avec l'Autre… qui gardera son mystère.

Un couple de la vraie vie

Qui plus est, il n'est pas question de "brève rencontre" mais d'union durable, de mariage qui se prolongerait bien au-delà des fameux "sept ans de réflexion" – une donnée bien actuelle, quand le nombre de mariages dépasse celui des divorces, qui était peut-être moins cuisante à l'époque de Bergman -. La survie du couple semble, tour à tour, le mobile puissant de l'un comme de l'autre et tous deux semblent animés de la même volonté sincère de compréhension, de tolérance. Cela ne va pas toutefois jusqu'aux solutions de couple ouvert, "tripartite"… mais déboucherait plutôt en finale, après tant d'aléas et d'avatars, sur une version de l'amour qui pourrait s'appeler la tendresse complice ou…une forme d'amitié. Au passage, chacun se sera découvert, aura secoué sa coque, mis bas le masque et, sorti du cocon, sans plus de faux-semblants, se sera regardé dans son propre miroir. Une vérité personnelle se sera fait jour…

Plus que crédibles, Muriel Jacobs et Alain Leempoel créent un couple qu'on aura désormais du mal à ne pas croire réel, "de la vraie vie"! Ils sont d'une justesse non seulement convaincante mais confondante ! Du tout grand art. En extrapolant le sujet de la vie à deux à un autre milieu, à des couples plus atypiques : homos, de cultures différentes… etc, on continue une discussion que ne manquent pas d'engager les spectateurs à l'issue d'un spectacle qui ne laisse pas indifférent, tout au contraire !

Suzane VANINA (Bruxelles)

Coproduction Théâtre de Namur-
Théâtre Le Public.
Jusqu'au 30 juin 2007 : 0800.944.44

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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 07:11
DERRIÈRE LE FAST-FOOD, LA LUNE

Le spectacle chez Rodrigo García commence avec son titre. Agamemnon sonne tragédie grecque. « Je suis rentré du supermarché et j’ai donné une rouste à mon fils » sonne plutôt mal. Et les deux associés donnent le ton cruellement réaliste et complexe des textes de Rodrigo García. Rodrigo García, on l’attendait. Le choc.

On savait déjà qu’on allait découvrir un texte composé de violence, de provocation, de cynisme, d’humour, de peur et de réalité. On savait qu’on allait retrouver le choc entre la tragédie et la vulgarité, entre les concepts et les insultes, qu’on allait voir un bon miroir de nos paradoxes incarnés dans un homme, capable de raconter sans honte son incohérence, capable de questionner la civilisation en frappant femme et enfant, capable de passer d’une nuit poétique étoilée à des ailes de poulet dégoulinantes de sauce barbecue dans un KFC au bord de l’autoroute, d’y expliquer à son fils le sens tragique de la vie, et de faire découvrir l’espoir aux travailleurs du KFC en étalant sur les tables des poubelles écoeurantes.
 Photo © AFL

Rodrigo García utilise la technique de l’affrontement pour faire apparaître les liens complexes entre la consommation et l’émotion, entre l’intelligence et la passivité, entre la conscience et l’acceptation, comme si l’effort était trop grand, et qu’on perdait la bataille non pas faute de savoir, mais faute de vouloir.

Simulation et violence


Le personnage, monologuant, raconte donc comment, au retour du supermarché, il donna une rouste à son fils, comment il le gava pour que la chemise, qu’il lui avait compulsivement achetée de six tailles trop grande, lui aille. Car il refuse de retourner sur le lieu de ses pulsions manipulées qu’il déteste, où ses actes n’ont plus le moindre sens, et qui, projetés à l’extérieur, devenus paradigmes, répétitifs et inconscients, exacerbent l’irrationalité de la réalité. L’œuvre et le personnage oscillent entre des épisodes de la plus banale réalité et d’autres, parfaitement impossibles, entre la fantaisie poétique du personnage et sa violence désenchantée.

Outre la remise en question du pouvoir d’un système économique, le dramaturge dénonce la fiction du progrès, la valeur de la « civilisation », celle de l’information, et oppose l’espace de la vie et de l’espoir à celui de l’abondance, qui est celui de l’ennui, et de l’angoisse. Ce personnage justement détient la violence qui fait de lui un être non civilisé, un opposé, un espérant. Mais cette violence est en même temps une forme de vengeance contre la société qui le pousse à consommer. La vie et l’espoir, apparemment, sont du côté de la parole, des cris, des pleurs, du côté de la dispute, de la souffrance. Mais ces endroits encore vivants, dans les huit pays riches saturés symbolisés par des ailes grasses de poulets sur la table du KFC, ne sont plus que des parodies d’espoir. Ici on ne parvient qu’à être un hybride effrayant, résultat d’une consommation imposée contre laquelle la lutte est vaine.

Avec une structure simple, -un monologue linéaire narratif-, ce texte, d’une richesse conceptuelle et d’une charge polémique, provocatrice et ironique rares, ouvre un peu plus la réflexion sur notre rapport à la consommation, et montre une fois de plus que la scène de théâtre, espace désuet, protégé et éloigné de la consommation, est une tribune, peut-être peu efficace, mais du moins encore libre, où l’on peut voir et entendre une réflexion sincère.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

Agamenón (Volví del supermercado y el di una paliza a mi hijo)
Texte : Rodrigo García
Mise en scène : Antonio Fernández Lera
Acteur : Pepo Oliva
Lumières : Carlos Marquerie

Dans le Théâtre El Canto de la Cabra C/ San Gregorio, 8 Madrid - Tél : + 34 91 308 38 68.
Jusqu’au 10 juin 2007, de jeudi à dimanche à 21 heures. 

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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 00:08
Quand Maurice Maeterlinck écrit "La Princesse Maleine", il n'a que 27 ans et c'est sa première pièce. Mais c'était en 1889. En ce temps-là, les échos des romantiques (Hugo, Dumas, Musset) se percevaient encore, c'était le début de la carrière triomphale du vaudeville (Feydeau, Labiche, Courteline) et le théâtre symboliste dont c'était la première manifestation, a fait figure provocatrice de révolutionnaire.

En 2006, que les jeunes comédiens de la Compagnie Entre Chiens et Loups* s'en emparent ne peut que susciter la curiosité, l'envie de ne pas rater cette reprise ! Sans aucun doute, une compagnie jeune, actuelle, ne peut que donner un autre regard sur cette "œuvre de jeunesse" mais déjà œuvre accomplie. Pari gagné. Si… on peut retrouver sa petite âme d'enfant. Si… on lâche ses habitudes pour aller s'asseoir sur un tronc d'arbre dans une forêt - la salle des voûtes avec ses colonnes ingénieusement exploitée - éclairée de ci de là de lueurs changeantes (des feux follets ?) et attendre, sans savoir où va bien pouvoir se passer l'action.
  Crédit photo © Cassandre Sturbois

Les actions, plutôt. D'une traite, dans un tempo bien différent de la façon languissante souvent employée pour aborder l'œuvre de Maeterlinck, et partout, autour de nous, nous aurons, ressentirons, l'essentiel de la pièce : toute son "étrangeté". Les fameux silences, la lenteur du débit, les hésitations voulues par le texte, ne sont plus nécessaires. Dans cette forêt "réelle", et dans la forêt des symboles, nous serons entourés des personnages-type des contes, cette richesse de l'humanité (attention V.O., pas version Disney), sur laquelle s'est construit tout l'univers maeterlinckien : princesse et sa nourrice, princes, rois, reines, manants, simple d'esprit visionnaire, enfant et animal innocents, tour, clé, miroir, hiboux, lune, fontaine, béguines… et surtout, les présages (les "signes" à la Paulo Coelho ?) et l'anxiété latente, permanente. Comme l'orage que l'on pressent, le drame, la folie et la mort rôdent. Et c'est là où l'argument, digne d'un opéra ou d'un conte enfantin, est transcendé par Maeterlinck qui a fait de sa vie et de tous ses écrits une recherche métaphysique, humble devant les grandes interrogations spirituelles, de l'inconscient, devant "l'Invisible".

En 2007, le fond a pris le pas sur la forme "poétique" (importante au siècle dernier parce qu'elle tranchait avec le réalisme ambiant). Cette quête de sens est du reste, au 21e siècle, plus que jamais présente, active, alors qu'on aurait pu la voir écartée par la recherche scientifique, technologique. A la fois beau et inquiétant comme "le Mystère de la Vie"… Dans cette optique - partagée par l'inventive metteure en scène Jasmina Douieb - où chaque créature est importante dans une Nature à décrypter et un Cosmos à interroger, aucun personnage ne peut prendre le pas sur un autre. De même que la sagesse vient le plus souvent des "humbles" et non de ceux qui les commandent. Il fallait donc une équipe soudée et complice de comédiens et comédiennes, habiles à se transformer… jusqu'à jouer les bruiteurs et les chanteurs aussi (des extraits des "Serres Chaudes" poèmes de la même année, 1889 !). Il faut les citer tous, ces guides de l'imaginaire, tous également : Philippe Allard, Sandrine Bonjean, Anne-Pascale Clairembourg, Perrine Delers, Itsik Elbaz, Stéphane Fenocchi, Fanny Roy, Sebastien Kempenaers, Jean-François Rossion, Cécile Vangrieken. Tous jouent excellemment le jeu, avec légèreté, laissant à chacun sa - recherche de - vérité…

Suzane VANINA (Bruxelles)

Création de la "Cie Entre Chiens et Loups" au "Z.U.T" (Zone Urbaine Théâtre) reprise jusqu'au 30 juin 2007 au Théâtre Le Public : 0800/944.44

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27 mai 2007 7 27 /05 /mai /2007 14:06
CLASSIQUE PERFORMANCE

Colección y acumulación. Dissección y quemadura : Collection et accumulation. Dissection et brûlure, voici la traduction du titre de la performance à l'affiche d'El Canto de la Cabra à Madrid, qui elle-même accumule dans une succession codifiée et classique des scènes critiques de la société actuelle.

Depuis des jours et des semaines, la scène madrilène est triste. Rien de nouveau. Collection et accumulation... de spectacles sans originalité, de soirées sans intérêt. Dissection et brûlure... du programme hebdomadaire, sans presque exagérer. Et El Canto de la Cabra a beau abriter ceux qui le dénoncent et inviter ceux qui le déplorent, il n'y échappe pas.


Le petit théâtre. L'étroite scène. Trois acteurs. Pas de dialogues. Et le langage classique de la performance engagée comme dénonciation qui ne se décide pas à jouer la provocation. Alors, ça commence, et le premier personnage, une jeune femme portant un casque de moto, crache un flot continu de bave effervescente après s'être mis dans la bouche deux pastilles d'aspirine et un peu d'eau. L'abject, la maladie, la consommation et le dégoût. Ensuite, une ambiance de discothèque, ce lieu de consommation des corps sans lendemain, paradis des désirs exacerbés et mensongers, et des rencontres fictives. Un pneu symbolise l'obstacle qui rend impossible le rapprochement sincère des corps. Plaisir artificiel, désir, et amours insatisfaits, désespoir et solitude. Suit une lutte. Une lutte régulée, civilisée, entre les deux femmes qui s'affrontent à tour de rôle, mais une lutte qui ne s'arrêtera qu'avec l'échec total, la négation de l'autre, sa destruction totale, sans mort, qui met en évidence l'incapacité d'une des deux à se défendre, à s'adapter dans cette société. Le combat est d'une terrible brutalité, amplifiée par les bruits effrayants des lances de bois qui s'entrechoquent, et celui insupportable du bois lancé contre une armature de plastique. Il se conclut évidemment par la victoire de la rudesse, de la force et de l'impassibilité, clé de la réussite dans notre société, sur la douceur, la persévérance vaine et la fragilité, qui sont incapables d'y trouver une place.

Des formes à rénover


Quelques petites pointes comiques, la projection d'une vidéo dans lesquelles les acteurs se font bronzer dans des bennes à ordures proches du théâtre, viennent sortir de la monotonie la classique performance qui utilise la répétition pour aplatir les actes et dénoncer ainsi l'état dépressif, inintéressant, apathique et artificiel de la société. En bref, tout se tient, mais tout a été déjà vu et déjà dit. Et même si cela ne fait jamais de mal de voir une fois de plus la laideur partielle bien réelle de la vie contemporaine dans la société qui seulement consomme, cette oeuvre, sous-tendue par un discours peu compréhensible, genre amalgame énervé poétiquement mauvais, qu'on peut lire à la fin du spectacle, est scéniquement et conceptuellement trop timide, et trop inoffensive. Mais enfin, il n'y a plus qu'une semaine à attendre, et dans la même salle et sur la même scène, les mêmes mots, consommation, désespoir, cruauté, solitude, vide, prendront un tout autre air avec l'oeuvre de Rodrigo García, Agamemnon (je rentrai du supermarché et j'ai donné une rouste à mon fils). A suivre donc, la semaine prochaine.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

Colección y acumulación. Disección y quemadura.
Compagnie Lengua Blanca
Création et mise en scène : Ana María García et Juan José de Jara
Acteurs : Nines Martín, Manuel Morales, Sara Martín
Projection audiovisuelle : Lengua blanca Lumières : Almudena Sancho
Production : Lengua Blanca

Au Théâtre El canto de la Cabra jusqu?au 20 mai 2007, du jeudi au dimanche à 21 heures C/ San Gregorio, 8 + 34 91 310 42 22

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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 15:00
GRANDEUR ET MISÈRE DE LA THÉÂTRALITÉ

Le 22 mai à l’Auditorium, c’était la première italienne d'un collectif américain Mabou Mines, qui présentait une adaptation inspirée de La Maison de poupée, du Norvégien Henrik Ibsen, dotée d'une mise en scène à la théâtralité exacerbée.

A l’auditorium, on peut voir du théâtre, de la danse, du patinage artistique (en hiver), une exposition, on peut écouter un concert de musique classique, du jazz, de la variété, mais aussi de la philosophie, de l’archéologie, on peut enfin acheter des livres ou des disques… Ce temple de la culture est une réussite dont Rome avait besoin, réussite architecturale signée Renzo Piano (architecte de Beaubourg) et réussite publique pour l’entrecroisement des publics et la vie qui s’en dégage.
 Photo © Moreno Maggi

Une scénographie – concept

Le public français, qui avait pu découvrir cette singulière mise en scène au Théâtre National de la Colline, dans le cadre du festival d’Automne, en 2005, se souvient peut-être de l’idée du spectacle. La scénographie reproduit de façon réaliste une vraie maison de poupée. Avec des meubles à l'échelle. Et dans ce décor vont et viennent les personnages dont Nora, l'héroïne, habillée comme une poupée blonde. Mal conçue pour accueillir les personnages féminins, qui adaptent leurs corps aux meubles et objets trop petits, la maison miniature est en revanche faite sur mesure pour les personnages masculins (Torvald, le mari de Nora, Dr Rank, et Nils Krogstad), qui sont interprétés par des acteurs nains.

Voici le décor du drame de Nora, femme – poupée, et de son arrogant - et petit - mari. Les hommes sont à l'échelle de la maison, quand les femmes s'y cassent le dos. Formidable idée, diront certains, que celle de Lee Breuer, un des fondateurs du collectif Mabou Mines, troupe de l'avant-garde new-yorkaise des années 1960, qui fait une démonstration brillante, malgré son goût pour Samuel Beckett, de sa foi inébranlable pour le spectaculaire. Cela commence par une suite de tombées de rideaux rouges qui enserrent le plateau, le transformant en un berceau de l'illusion théâtrale, ça continue en musique (une pianiste omniprésente accompagne les acteurs, amplifiés, comme dans le music hall, par des micros HF), ou en écrans de fumée, masques, effets de lumière genre stroboscopes, coups de théâtre, ruptures constantes des acteurs qui sur jouent le faux pour dire le vrai, théâtralité exacerbée, bref une certaine idée de la virtuosité formelle…

Un vrai drame avec une morale à la fin…

La pièce d'Ibsen, dramaturge norvégien du 19e siècle emprunte son titre au cadeau que Nora offre à ses enfants pour Noël : une maison de poupée. Nora (Maude Mitchell) est une femme pantin entre les mains de Torvald, son mari, un tyran domestique. Démarche saccadée et voix enfantine, elle est la danseuse au fond de la bouteille, dont le mari s'amuse à remonter le mécanisme. Rapidement, le spectacle semble tourner en rond et s'installer dans un faux rythme (en lieu et place du drame psychologique, un mélodrame dont les acteurs ont des voix de personnages de dessins animés), on rêvasse en se raccrochant à l'habillage : les images, et surtout les comédiens, sont précis dans leur façon de jouer faux. A la fin de la pièce, après l’entracte, la farandole tourne au cauchemar, le spectacle bascule : les yeux de Nora, confrontée à la lâcheté de son mari, se décident brutalement : elle n'est plus le « petit oiseau » soumis, mais celle qui choisit de partir. Fini les « petits hommes » qui dominent les « grandes femmes ».

Chez Breuer, la scène d'explication entre Torvad et Nora, n'est que le prélude à un ultime renversement : dans des loges d'opéra, des couples de marionnettes assistent à un dénouement dévastateur. La pièce d'Ibsen se prête bien entendu au détournement du metteur en scène. L'histoire de la libération de Nora, qui fit scandale à la création en 1879, est très souvent « modernisée » (en 2004 au Festival d'Avignon avec la version sanglante de Thomas Ostermeier). Mais la métaphore politique saute trop aux yeux : le patriarcat n'est pas histoire de taille, dit le metteur en scène, avec ces femmes qui se plient en deux pour passer une porte, et ces hommes hauts comme des enfants qui les chevauchent. On conseille davantage ce film merveilleux de Werner Herzog : « Les Nains aussi ont commencé petits ».

Matthieu MÉVEL (Rome)

D'après La Maison de poupée, de Henrik Ibsen
Spectacle en langue anglaise surtitré en Italien

Mise en scène Lee Breuer
Adaptation Lee Breuer et Maude Mitchell
Scénographie Narelle Sissons
Costumes Meganne George
Lumières Mary Louise Geiger
Musique Eve Beglarian
Chorégraphie Martha Clarke, Eamonn Farrell, Erik Liberman Son Edward Cosla

Avec Maude Mitchell, Mark Povinelli, Kristopher Medina, Honora Fergusson, Ricardo Gil, Margaret Lancaster, Lisa Moore, Tate Katie Mitchell, Clare Nash, Ning Yu, Cristina Valdes

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23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 22:50
ELVIS AUX PETITS OIGNONS

Jill, jeune fille trop grosse obsédée par la nourriture, sa mère anorexique en pleine fleur de l’âge et entendant profiter de la vie, son père ancien imitateur d’Elvis devenu légume dans son fauteuil roulant, un superviseur de gâteaux au corps superbe : voilà la recette piquante d’une pièce savoureuse et touchante.

Noir complet, la musique de 2001, l’Odyssée de l’espace, de Kubrick résonne et plonge le public dans une atmosphère mêlant grandeur et gravité. Laure Voglaire, Jill, annonce la couleur, ou plutôt la transparence de la pièce : « Scène 1 prologue », lance-t-elle. Bribes après bribes on comprend peu à peu la situation. Jill, jeune fille de 14 ans, étouffe. Son père, après un accident de voiture, troque sa cape d’Elvis pour un fauteuil roulant, et passe de la chanson au mutisme complet. Sa mère, en pleine fleur de l’âge, boit plus qu’elle ne mange et butine les hommes pour oublier. Entre ces deux-là, Jill se réfugie dans la cuisine qui est devenue le cordon (bleu) de son existence. Sa mère ramène un soir, Stuart, après une soirée bien arrosée, on saute du drame au burlesque. L’homme-objet du désir accepte de se dévêtir quand Jill et son père débarquent dans le salon, la famille n’est pas « sortie de l’auberge ».

Photo © Stéphanie Jassogne

La pièce oscille entre ces deux tons, passe du dramatique, de la situation, au comique qui au fil des provocations flirte parfois avec la ligne jaune de la grossièreté. Mais cette ligne n’est jamais franchie. L’humour y est fort à propos, même si parfois il côtoie le cynisme. Stuart félicite sa maîtresse sur son intérieur, celle-ci lui rétorque qu’elle a pu rajouter une pièce avec l’argent de l’assurance de son mari, handicapé à vie. Limite, encore une fois, quand Stuart du haut de ses vingt-six ans, insatisfait de la mère, se tourne vers la fille et lui demande : « Quel âge tu as ? ». Jill : « Quelle différence ça fait ? ». Stuart de conclure : « Pas beaucoup ». La scène qui suit, ubuesque et décalée, montre ces deux amants « incongrus » en train de faire l’amour. Stuart, très concentré dans son costume d’Elvis et Jill, ailleurs, disserte et mange un gâteau pendant qu’elle subit ses assauts.

Entre vaudeville et réflexion sur la vie et l’amour

La pièce déroute un peu par ce mélange des genres, comment rire d’une situation si douloureuse ? En dédramatisant… La réflexion ne dure pas longtemps et on rit à gorge déployée, notamment lors des interventions grandiloquentes du King en personne. Il se prend pour Jésus, « où il y a la misère j’apporterais la richesse, la violence j’amènerai la paix ». Elvis en sauveur de l’humanité qui court à sa perte… plutôt cocasse.

La mise en scène et les décors sont habiles. Face au public se trouve au fond du salon une grande glace dans laquelle (presque) chaque spectateur peut se regarder regardant. La prophétie du King, apôtre d’un certain William S., fait écho à cette situation : « songez que le monde n’est qu’une scène et que vous en êtes ses acteurs ».
Les comédiens sont convaincants, Vincent Lecuyer/Stuart mouille le maillot et se retrouve par deux fois tout nu sur scène.
John Dobrynine est assez désopilant en roi du rock boulimique et ringard, heureusement auto dérisoire.
Mais les femmes mènent la danse de cette pièce. Isabelle Defossé joue finement la mère, professeur d’anglais à tendance vampe dont la tendresse envers sa fille et son mari n’a d’égal que sa maladresse et son caractère lunatique et (car) alcoolique.
Sa fille Jill est merveilleusement interprétée par Laure Voglaire : une jeune fille entre-deux, mi-femme, mi-enfant, coincée dans cet état, mais aussi entre ses parents, puis entre Stuart et sa mère.

Le sérieux du sujet de la pièce passe avec légèreté, drôlerie et bonhommie dans cette comédie à consommer sans modération.

Gabriel HAHN (Bruxelles)


Lire aussi la chronique de notre correspondante à Bruxelles : Suzane VANINA.

Auteur : Lee Hall
Traduction : Frédérique Revuz et Louis-Charles Sirjacq
Mise en scène : Georges Lini -,assisté de Xavier Mailleux
Scénographie : Anne Guilleray
Eclairages : Philippe Warrand
Décor sonore : Laurent Horgnies
Costumes : Natacha Cadonici
Distibution : John Dobrynine (père), Isabelle Defossé (mère), Laure Voglaire (Jill), Vincent Lecuyer (Stuart)

Du 26 mai au 2 juin à 20H30 au Théâtre de Poche, 1a chemin du gymnase, 1000 Bruxelles (Bois de la Cambre).

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23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 22:36
UNE RECETTE ÉPICÉE

Depuis peu à Bruxelles, une tendance se fait jour en fin de saison : la reprise de créations particulièrement originales et de qualité, par de jeunes compagnies ou/et des théâtres moins connus, dans des théâtres ayant pignon sur rue depuis plus longtemps. C'est le cas pour "La Cuisine d'Elvis", un huis clos familial de l'Anglais Lee Hall, auteur par ailleurs de "Face de cuillère" (proposé au Nouveau Théâtre du Méridien). Georges Lini a été primé pour sa mise en scène.

D'abord créée, la saison dernière, au Z.U.T.* (par la Compagnie "Belle de Nuit") et remarquée (Prix du "Meilleur Metteur en scène" 2006) par l'utilisation ingénieuse du petit lieu - la scénographie d'Anne Guilleray - soutenant une mise en scène pleine de punch, la pièce avait été également appréciée pour le talent des interprètes, très proches du public. La distribution au Poche ne différant que peu de celle du Zut, on attendait avec curiosité le transfert sur une scène plus vaste et à l'italienne. Et bien, à l'instar du presbytère de Maurice Leblanc, "la cuisine n'a rien perdu de sa force ni l'interprétation de sa couleur" !

Photo © Stéphanie Jassogne

C'est que Georges Lini tient la gageure de jouer du mauvais goût sans vulgarité… grâce à sa cuisson à feu vif de la pièce, au rythme soutenu qu'il impose à des interprètes qui s'y collent parfaitement, dans des échanges qui relèvent le plus souvent du match de boxe et des scènes annoncées comme autant de rounds.

Tendresse non complaisante

L'action démarre tout de suite sur l'irruption dans le quotidien d'une famille petite-bourgeoise - père handicapé par accident, mère qui s'évade dans le sexe et l'alcool, leur fille ado qui se cherche - d'un "superviseur de gâteaux" qui sera l'élément déclencheur d'une bonne grosse crise.
Pour le père qui fut géomètre mais surtout imitateur d'Elvis Presley : John Dobrynine, pour la mère frustrée : Isabelle Defossé, soit deux comédiens bien connus des planches belges tandis que pour Stuart, on retrouve, avec Vincent Lécuyer, le pince-sans-rire (taximan) d'une certaine émission télé et qu'on découvre pour Jill, Laure Voglaire (succédant à Cathy Grosjean).

Faite de "mauvais goût" ou plutôt d'humour brûlant jusqu'au noir, cette cuisine tache et laisse des traces. Car, alors qu'on ne s'y attendait pas, on se surprend, après le rire que déclenche cette drôle de famille, à la voir… plus banale qu'il n'y paraissait. On se dit qu'il y a du réalisme, du vécu, là-dessous, et on se met à réfléchir à la condition, dans la société actuelle, de la femme qui se voit vieillir et à celle de l'ado qui essaie de grandir, toutes deux sous le regard des autres, à la condition d'un humain accidenté (rangé dans le casier "légume") et à sa possible faculté d'encore rêver (ici de se retrouver en "king") et à celle du "louloup" piégé dans la bergerie ou plutôt du gigolo-malgré-lui.

C'est que tout ce petit monde, en quête maladroite de reconnaissance et d'amour, est dépeint sans complaisance mais avec une certaine tendresse par le scénariste de… "Billy Elliot" : Lee Hall, un auteur qui peut offrir plusieurs regards et plusieurs façons d'aborder des situations et des personnages contemporains.

Suzane VANINA (Bruxelles)

Lire aussi la chronique de notre correspondant à Bruxelles : Gabriel HAHN.

Au Théâtre de Poche - du 16 au 22 mai + du 26 mai au 2 juin 2007, ensuite très probablement au Théâtre des Doms et… à Avignon 2008.

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Chronique Fraîche