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Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

27 avril 2007 5 27 /04 /avril /2007 18:45
Cette "Innocence" n'apparaît pas de façon évidente par le traitement particulier qu'en propose le spectacle, coproduction, du KVS-Rotheater.

Avec onze excellents comédiens rompus à toutes les expressions de l'art dramatique, comme au procédé narratif de la pièce, qui n'est pas neuf pour nos amis flamands, soit la décomposition de l'histoire "principale" en une succession de petites histoires, et de personnages, apparemment sans lien entre eux, l'"Histoire", à la façon d'un puzzle bien reconstitué, apparaît à la fin. De même, de grandes et graves questions sont abordées en même temps que des petits faits de vies banales sont racontés avec verve et verdeur. Et puis, quels personnages ! "Improbables", peut-être que non… Des personnes, qui se croisent dans une petite bourgade en bord de mer et dont l'une s'appelle "Absolu", c'est tout dire….
 Crédit photo © C.Jouk

Copieux et décontenançant

On est décontenancés, intrigués et mis en appétit tout au long d'un spectacle copieux, sans entracte, magistralement mis en scène par Alize Zandwijk dans une scénographie qui offre également des surprises. Comme nous sommes dans le registre du grotesque tragique, les tranches de vie banales vont apparaître extraordinaires et des éléments incroyables passer pour ordinaires, tout cela parce que, décidément, "le monde n'est pas fiable". Et que, comme le suggère d'ailleurs l'auteure, Dea Loher, "comme la mer est contenue dans chaque goutte d'eau, toute la société est englobée dans chaque petite histoire".

Dramaturge depuis 1992, beaucoup traduite, cette Allemande a été primée à plusieurs reprises, et le Rotheater offre la version en néerlandais de "Unschuld" (créée à Hamburg en 2003), surtitrée en français.

Suzane VANINA (Bruxelles)

Innocence
KVS Bol, quai aux Pierres de Taille, 7, 1000 Bruxelles - 02.210.11.12 – jusqu'au 21 avril 2007 et en tournée.

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27 avril 2007 5 27 /04 /avril /2007 09:17
C'est l'Océan Nord, un théâtre qui n'a pas une réputation de facilité, qui propose ce voyage en solitaire d'une auteure et actrice : Béatrice Didier, une sorte de "reportage poétique", une expérience intime et personnelle.

En "accueil résidence" dans ce lieu avec un projet soutenu par sa Compagnie, Ricochets, par des bouts de textes, des sons, des passages dansés, chantés, comme le voyageur qui a ramené dans ses valises des souvenirs hétéroclites, chargés de sens pour lui, elle veut montrer l'Inde du sud à travers les yeux d'une occidentale. "Vanakkam" c'est "bonjour" en tamoul, l’une des plus anciennes langues encore parlées aujourd'hui, un "bonjour" qui comme d'autres mots, s'accompagne du geste, et l'on songe à la "danse des mots dans l'espace" de la langue des signes des sourds. Si l’on y ajoute l'anglais, langue véhiculaire du touriste en Inde, et le français, cela donne un spectacle trilingue en direct (pas de surtitrage), mais avec une bande-son très étudiée, partenaire omniprésent, due à Mathieu Richelle.

Mathieu Richelle signe également la mise en scène et une scénographie offrant de beaux moments dans un vaste espace, mais qui, revers de la médaille, se révèle peu propice à l'intimité d'un voyage qui est aussi une quête de spiritualité difficile à faire partager. On admire donc la souplesse (dans tous les sens) de l'actrice, tout ce dont elle a pu littéralement s'imprégner ; on voudrait "partir" comme elle nous y invite, la suivre quand elle s'envole (littéralement aussi sur une balançoire), ou s'abîme dans ses trips (un passage disco hurlant), mais on reste, "étranger", un peu confus, sur le rivage…
 Crédit photo © C.Jouk

Quête de pureté ?

Avec pourtant l'apport de Véronika Mabardi pour la dramaturgie et l'aide à l'écriture sur base de notes de voyage et d'impressions a posteriori, mais l’ensemble se déroule sans histoire, ni fil rouge, les séquences, vues comme des tableaux, les personnages esquissés ou forcés, avec des allers-retours sur eux, sans que soit donnée d'explication.

Reste l’immersion non seulement linguistique, mais aussi dans l'univers unique des sensations et de la "perte de repères" souhaitée par la comédienne. De même, si l’on savait déjà l'Inde contrastée - "Bollywood", les magnats et la grande misère de la rue - nous n'en saurons pas plus que ce que nous laisse deviner la vision personnelle de cette occidentale, à son rythme, et avec ses ruptures de rythme. Conscient peut-être des multiples questions qui risquent de se poser après une telle "évocation", le théâtre a prévu toute une journée d'initiation au "bharatanatyam" et à la "musique carnatique" ainsi que des possibilités d'animations avant et après spectacle. De quoi nous amener, nous aussi qui sait, à entreprendre une quête d'authenticité, de pureté, et d'innocence…

Suzane VANINA (Bruxelles)

Vanakkam !
Théâtre Océan Nord, rue Vandeweyer, 63-65, 1030 Bruxelles - 02.242.96.89 – jusqu'au 28 avril 2007.

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2 avril 2007 1 02 /04 /avril /2007 15:09
QUAND ON AIME, ON CONTE

Conter, c'est le vrai "plus vieux métier du monde", on découvre à Bruxelles un univers, et même une maison, qui lui sont consacrés.

Avec le printemps, les Conteurs en balade (1) sont revenus proposer leurs rendez-vous de "balades contées". Les histoires qu'ils racontent ont pour origine les lieux eux-mêmes ou bien ceux-ci servent de décor aéré, mais qu'ils soient guides historiques ou raconteurs passionnés, c'est jusqu'aux derniers jours de l'été qu'ils vont emmener de petits groupes (prudent de réserver) où la convivialité sera un plus ! On reverra également la 18ème édition du Festival du Conte de Chiny (2) titre inspiré par la bonne ville des Comtes de Chiny-sur-Semois (Ardennes belges) où il se déroule du 13 au 15 juillet 2007. Pour conter, on est souvent seul/e, d'où la tentation de parler de "seulenscène", qui est une démarche beaucoup plus proche de celle de la comédie. Ici, il y a quasi implicitement, obligatoirement, une histoire, dont c'est toute la charge d'émotions diverses que les conteur/conteuse, qui se disent volontiers "passeurs", avec, très souvent également, un minimum de moyens, vont communiquer aux spectateurs, en les faisant pénétrer dans l'univers magique de l'enfance retrouvée…
 Photo Cultiv'Art, Nantes - Colette Barbelivien et Olivier Schetrit © DR

Qui raconte puise donc souvent dans la mine d'or des légendes locales comme des mythes universels. Pour Un Signe des Dieux, à La Roseraie (3), Colette Barbelivien et Olivier Schetrit de Cultiv'Art (3), sont allés chercher dans l'Olympe, la riche histoire des divinités grecques. On associe souvent le conteur-passeur à des qualités vocales envoûtantes… avec ces deux comédiens venus de France, c'est la surprise ! Le titre est à prendre dans un autre sens car Olivier Schetrit, formé à l'IVT (International Visual Theater) de Paris, est sourd et raconte, au moyen de la langue des signes et d'une gestuelle absolument étonnante, accompagné par les commentaires ou questions (en français), pertinentes et impertinentes, de sa partenaire, tous deux ne se privant pas de joyeusement mettre en boîte tous ces dieux et déesses bien "humains" par moult côtés ! Une pause dans ce spectacle bilingue : la comédienne entendante se désaltère d'eau fraîche, le comédien sourd reçoit cette même eau sur les mains ; de jeunes et très actifs spectateurs, à la science toute neuve, annoncent les personnages, tous, féminins ou masculins, admirablement campés par Olivier Schetrit, doué d'une autre parole, devrait-on dire… Oui, on rit beaucoup à ce spectacle qui nous a emportés dans un voyage imprévu et supplémentaire : l'univers des sourds. Ces noms sont à retenir car ils circulent sans arrêt sur "les chemins de France et de Navarre", comme se mettent en place des festivals, des rencontres, permettant aux curieux d'autres cultures de les approcher.

La Maison du Conte (4) qui se veut, "théâtre de la parole" n'est pas en reste d'activités, non plus. D'avril à juillet, elle poursuit son travail à la fois d'animations, d'ateliers et de divers événements sous la houlette du maître de maison : Hamadi, auteur-acteur-conteur-chanteur, un Homme sans histoire… le titre (teinté d'autodérision comme on l'aime en Belgique) de sa "saga familiale" qu'il reprend le 27 avril. Parmi un programme très riche, à noter déjà du 26 mai au 1er juin, dans le cadre de "Migrations, Mémoire et Histoire" deux spectacles, une création cette fois, de Hamadi, mais pour la Belgique car il s'agit d'un spectacle qui a déjà été applaudi en France : Enfances, dans une mise en scène de Soufian El Boubsit, une création collective : Et si le Monde n'était pas celui que l'on croit ? et la reprise de La Légende du Mont Ararat. Dans le programme des débats, rencontres, ateliers… Un thème bien explicite :"profession conteur" (19 juin 2007), qui tentera de faire le point sur la situation en Belgique de cet "art de la scène" à part entière.

Suzane VANINA (Bruxelles)

 1* 0497.782.075 – 02.742.08.61 –- www.conteursenbalade.be
2* www.conte.be/festival
3* www.cultivart.free.fr - www.roseraie.org
4* 02.736.69.50 – www.lamaisonducontedebruxelles.be

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29 mars 2007 4 29 /03 /mars /2007 11:03
LES DAMNÉS DE LA TERRE PRENNENT LA PAROLE

Une chronique musicale des massacres coloniaux, c'est Bloody Niggers!, un spectacle corsaire signé Dorcy Rugamba et Jacques Delcuvellerie (Groupov). Ce récit épique, partition pour trio et colère sourde, charge, sans concession, les massacres coloniaux perpétrés par le modèle humaniste (sic) de l’Occident chrétien.

La barbarie n’est ni accidentelle, ni un phénomène naturel semble vouloir dire ce Bloody Niggers! qui questionne l’humanisme chrétien (ou laïc) de l’Occident, lequel, un jour, a apporté la « civilisation » au reste du monde à coups de croisades, de colonisations, de guerres et de missionnaires.

Photo © Lou Hérion

À la base du projet, deux comédiens africains, le Rwandais Dorcy Rugamba, qui signe le texte et le Sénégalais Younouss Diallo, l’adaptation. Ils sont sur scène, accompagnés de Pierre Etienne, membre du groupe Starflam. En moins de deux heures, dans une mise en scène sobre et sans mélo de Jacques Delcuvellerie, tel un concert slam, ce trio en costard noir, face aux micros, va prendre la parole pour « fouiller l’Eglise de fond en comble et mettre les cadavres au soleil, au nom de tous ceux qui furent considérés par l’Occident chrétien comme une humanité inférieure». Le message est clair. Derrière eux, sur une peinture terreuse de Johan Daenen, un écran vidéo va les suivre en images virulentes, concoctées par Jean-François Ravagan, qui seront tantôt dures, tantôt ironiques, tantôt hallucinées, à la limite du pop art.

Massacres coloniaux


Le spectacle démarre avec un montage silencieux des attentats du 11 septembre comme une introduction comparative à l’inventaire des charniers qui s’ensuit. La pièce rappelle nos propres crimes contre l’Humanité, des croisades à la traite des noirs en passant par les génocides et les massacres perpétrés par les colonies « civilisatrices » d’Europe. Les Indiens d’Amérique, les Hereros de Namibie, les Aborigènes de Tasmanie, les massacres d’Algérie,… Autant de charniers au nom de Dieu, de l’argent et de l’Homme blanc civilisateur. Le trio entame alors une « Amnésie internationale » version rap… Dans une logique farfelue, ils imaginent ensuite appliquer la loi du talion et la tolérance zéro pour le passé. « Combien de vie humaines doit la Belgique au Congo? La famille royale à la machette? ».

« Afrique poubelle »


Mais Bloody Niggers! est une pièce africaine qui ne s’épargne pas. Dans une deuxième partie, Le trio se disperse. Frénétique et fiévreux, Younouss Diallo charge contre le soleil radieux des indépendances, des tyrans africains d’une « Afrique poubelle où la farandole des ethnies a fait valser les têtes ». De son côté, Dorcy Rugamba, dans un monologue torturé, rythmé par des coups de mortier, dénonce la « victoire à coups de copeaux de fémur volés dans le ciel » et lance le Kaddish, une prière aux morts, pour l’ange noir…

Ne croyez pas que le spectacle soit austère. Dans ce théâtre épique où le récit est action, où la parole est souvent dure à entendre, l’humour est là. Il pique, cynique et ironique, par des mots et des images, comme ce dessin animé de « Betty Boop chez les cannibales ». Autres atouts : la diction parfaite, scandée des interprètes, et une musique variée, de l’afro-jazz-soul au superbe chant d’un jeune musulman en prière, des sons rageux de violoncelles au merveilleux de la musique sacrée. Ce passionnant Bloody Niggers! est une gifle nécessaire, un hymne poétique, rythmé au goût du public.

Nurten AKA (Bruxelles)

Bloody Niggers! 
Jusqu’au 7 avril 2007, au Théâtre national, 111-115 boulevard Emile Jacqumain, 1000 Bruxelles. 0032/2/203.41.55.

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28 mars 2007 3 28 /03 /mars /2007 22:56
TERRES BRÛLÉES

Incendies, du Libanais Wajdi Mouawad brûle comme une tragédie grecque. Terres brûlées, blessées, vies volées, vers la quête de soi... Voici une épopée libanaise écrite en 2003, qui possède le choc des grands récits, de ces tragédies qui brassent le temps et l’espace, là où les destins des individus s’imbriquent dans l‘Histoire pour y questionner l’humanité.

C'est au ZUT, un théâtre en survie, qui impressionne encore une fois par son talent. Georges Lini, directeur de ce jeune lieu a la passion de la découverte théâtrale « chevillée au corps ». Son théâtre n'est que plaies ouvertes, à travers des spectacles, à chaque fois, à petits moyens et grands effets. Dans cette veine, il propose Incendies, dont l'auteur, Wajdi Mouawad, né au Liban, mais vivant au Québec, avait déjà impressionné le public du Théâtre de Poche, notamment par la mise en scène, en 1998, du premier volet de son épopée libanaise Littoral.
 Photo © Pierre Bodson

Lettres de feu


Ici, c’est une mère, Nawal, qui boute le feu. Enfermée pendant cinq ans dans un silence inexpliqué elle laisse, à sa mort, un testament « tordu » à ses jumeaux en colère. Jeanne doit remettre une lettre à leur père qu’ils croyaient mort et Simon une lettre à un frère, dont ils ignoraient l’existence. Ces deux lettres allument les incendies intérieurs. Car il est difficile de vivre avec une identité coincée dans l'inconnu. Alors, les jumeaux, à leur rythme, flanqués d’un notaire bouffon, vont prendre la route du passé, découvrir leurs racines, sur les traces de la mère, au Liban, sur fond de guerre civile, entre frères ennemis, jusqu’à l’horreur, jusqu’à l’amour, par tous deux insoupçonné.

Avec des résonances oedipiennes, Incendies questionne l’innommable et la réconciliation, quand les bourreaux et les victimes se confondent. Comme toutes les vraies tragédies épiques, le spectacle nécessite une durée, trois heures d’intensité croissante, qui nous laissent éprouvés, ébranlés, troublés, émus, certains, essuyant des larmes… Dans un final où, comme chez Tchékhov, il faudra, ici aussi, « enterrer les morts, réparer les vivants ».

Construction virtuose


Vaste champ de bataille, la pièce fait défiler les scènes et les lieux, ils se chevauchent, s’entrecroisent, se frôlent. Le temps bondit constamment entre le présent, et le passé, par flash back. Il déroule le parcours de la mère, Nawal, à des âges différents, pris dans les affres de la guerre. Par glissements rapides, nous passons parfois, en un quart de seconde, du présent-Occident au passé-Orient, de la quête des jumeaux, à celle de la mère.

Georges Lini relève avec brio le défi de cette construction virtuose, grâce notamment à un travail collectif, accordé et investi. Il y a d’abord un décor, comme un espace mental pour le public, signé Anne Guilleray, l'une de nos jeunes scénographes les plus imaginatives. Dans ce voyage épique, le spectateur s’installe dans des fauteuils pivotant à 360°, incrustés dans des rails de chemins de fer qui traversent la salle. De gauche à droite et sous nos pieds, du sable à perte de vue et neuf comédiens lancés à vive allure, de part et d'autre, dans des coins et recoins, multipliant les points de vue sur cette quête d’identité tragique….

Nurten AKA (Bruxelles)

Incendies
Zone Urbaine Théâtre (ZUT), jusqu’au 31 mars, 0032/2/410.23.20.  

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28 mars 2007 3 28 /03 /mars /2007 11:44
GÉNÉREUSE  À PLUS D'UN TITRE

C'est à Wolubilis-Village Culturel *, tout nouveau centre culturel (printemps 2006), que nous est revenue celle qui a été l'une des révélations du dernier Festival d'Avignon : Viviane de Muyck avec La Poursuite du Vent, version française.


La Poursuite du vent est la co-adaptation du livre auto-biographique de Claire Goll par Viviane de Muynck et Jan Lauwers (également pour mise en scène et scénographie), tout cela en étroite collaboration et concertation au sein de la Need Company, révélation elle-même d'Avignon 2004 avec "La Chambre d'Isabella" au Cloître des Carmes. Avant Avignon 2006, nous avions pu voir (au Kaaitheater de Bruxelles, et encore en reprise en 2007), ce "Lobster Shop/Le Bazar du Homard", qui lui, y fut moins bien accueilli que "La Poursuite du Vent" ("Alles is ijdelheid" pour sa version scénique originale")… : trop violent ? trop "déjanté" ? trop "flamand" ? A moins qu'il ne s'agisse là d'une version moderne du fameux "surdrame", ce théâtre… surréaliste qu'avait imaginé Ivan Goll, l'époux de cette Claire-Clara, un vrai "personnage" ?
 Viviane De Muynck - Photo © Maarten Vanden Abeele

Viviane-Claire Goll à la Poursuite… de ses souvenirs

Viviane de Muynck… qui est à l'aise en Allemagne, comme en France, aux Pays-Bas ou en Espagne (elle connaît 5 langues), sur scène comme au cinéma ou animant des stages, a dû attendre la reconnaissance de sa valeur un bon nombre d'années ! Avec la manie des rapprochements, on l'a comparée à Simone Signoret. Il faut savoir qu'elle-même ne s'en plaint pas - du reste "elle en a la carrure" - et la légende dit déjà qu'elle serait allée se recueillir sur la tombe de la grande figure française… C'est une figure moins connue qu'elle a choisi d'incarner ici : Claire Goll, au destin étroitement lié à celui de son époux Yvan Goll, en opérant une adaptation partiale et partielle de ses mémoires d'après leur version néerlandaise, d'abord. Claire Goll ne fut pas elle-même un témoin objectif, mais femme passionnée, assénant, péremptoire, jugements sans appel, remarques caustiques, conclusions désabusées : "aujourd'hui je sais qu'il n'y a rien à attendre de l'homme et de son histoire…"

A la fois jouisseuse et observatrice, sensuelle et vouée au culte de l'homme de sa vie, cette "Claire" Goll reste un témoin rare (fusse au travers de ses lunettes) de ce qu'ont été les mouvements dada et surréaliste en France, comme elle s'y entend à dévoiler la face cachée des grands hommes – André Breton, Rainer Maria Rilke, Picasso, Dali, - qu'elle a bien connus, côtoyés, détestés et aimés durant ses quelque 85 années d'existence (1890-1977). Emergeant peu à peu de l'ombre, de l'oubli, une voix d'abord, grave, une présence de plus en plus charnelle, Claire Goll est là. Sans grands effets mais dans une parfaite décontraction teintée d'ironie, Viviane, dont elle n'a emprunté à Clara que les lunettes carrées, nous en donne une image tout ce qu'il y a de plus crédible. C'est qu'elle s'en est sentie très proche à bien des égards, évoluant dans deux langues, deux cultures, deux métiers (secrétaire polyglotte puis comédienne), ayant le recul de l'âge (née à Anvers en 1940) et d'une solide expérience des planches. Une nature généreuse qui n'a pas le regard amer de Clara….

Suzane VANINA (Bruxelles)

* Wolubilis tire son joli nom de son implantation à Woluwé Saint Lambert (une des 19 communes de Bruxelles) et se veut un "village dans la cité", sur l'emplacement des "Chantiers du Temps Libre", regroupant les activités socio-culturelles qui y existaient et élargissant le pôle d'attraction par une infrastructure comprenant un théâtre de 500 places et divers espaces d'accueil culturel.

La Poursuite du vent
Mise en scène : Jan Lauwers
Avec : Viviane De Muynck
Production : Needcompany
Coproduction : Théâtre de la Ville (Paris) - Festival d’Avignon
13 et 14 février 2007 au Wolubilis-Village Culturel.


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26 mars 2007 1 26 /03 /mars /2007 21:12
DÉRAPAGE DU RÉEL

Dans la petite salle du Théâtre espagnol, les 90 minutes de représentation de deux œuvres de Pinter suffisent pour comprendre l’intensité de son théâtre. Un ligero malestar et La última copa sont deux chefs-d’œuvre de retenue, de violence et finesse.

Dans le théâtre de Pinter, les personnages se retiennent. Au bord du précipice omniprésent, ils ne cessent de se retenir de tomber. Les personnages s’accrochent à la normalité, bien que, par moment, elle aussi passe de l’autre côté. Car le réalisme de Pinter est le berceau de l’anormal. La mise en scène accroît, exagère la menace de la folie et de la cruauté. La peur rôde partout, elle s’étend, et le monde devient fou. La normalité malade s’autodétruit.
 Photo ©DR

Dans un Ligero malestar, les arbres fleurissent, le jour est ensoleillé et il fait chaud. C’est le jour le plus long de l’année. La vie close du couple protagoniste est menacée pourtant par la prise de conscience soudaine de l’existence d’un vendeur de mouchoirs devant la grille du jardin. La prise de conscience est-elle bien soudaine ? Ou bien l’homme l’épie-t-il déjà depuis des mois et trouve-t-il soudain son existence insoutenable ? La faiblesse psychologique de l’homme poussée à son paroxysme en ce jour le plus clair, le plus long de l’année, lui rend insupportable la présence jadis à peine tolérable. Intrusion, violation, menace. L’Autre est insensé, incompréhensible. Il faut l’éradiquer, car il n’a pas de sens. L’Autre est l’anormal à tuer, selon les yeux du déséquilibré, chef de l’ordre individuel de sa maison, garant de l’ordre social collectif.

Folie collective


La última copa est presque la suite de cet épisode de tension. On est juste un peu plus avant. Cette fois, la folie a triomphé. Elle est devenue loi. Cette fois, l’Autre va bien mourir, et, collectivement, tous les autres formeront l’Autre à détruire. Il n’y a plus de valeurs ni de signification. L’interrogateur flic alcoolique détient le pouvoir dans cet état d’exception rendu normal, état de folie normalisée, fascisme. L’homme, la femme, l’enfant rebelles sont torturés ; l’enfant tué. Cette fois ci, l’Autre, enfin, est bel et bien éradiqué. Car avec l’enfant mort, le futur, l’autre génération, le lieu de la transmission, de la survie, de la différence et de la révolte, a fini d’exister. La non folie meurt absolument au travers de la mort de l’enfant.

Entre point de vue individuel et point de vue collectif, menace et réalisation, la folie et l’horreur potentielles et réelles forment l’unité de ce programme, encore renforcée par la présence des mêmes brillants acteurs. Le théâtre de Pinter, calme, contrôlé, complet, et complexe, peint une société contemporaine fragile, où la haine de l’autre née de la peur de soi, entraîne une profonde instabilité psychologique, qui, devenue chronique et généralisée, engendre des monstruosités politiques acceptées, répétées, où la folie, puisqu’elle est majoritaire, devient normalité, n’est même plus absurde.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

Un ligero malestar
Edward : Chema Muñoz Flora : Cristina Samaniego Vendeur de mouchoirs : Aitor Mazo La última copa Nicholas : Aitor Mazo Victor : Chema Muñoz Gila : Cristina Samaniego Nicky : Alexander Rentería (en vidéo) Version : Juan V. Martínez Luciano
Mise en scène : Alfonso Ungría Teatro Español C/ Príncipe, 25 – 28012 Madrid + 64 91 360 14 84

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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 15:17
DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Grands ou petits, solitaires ou en groupe, ils ont envahi la plupart des scènes bruxelloises cette saison : effet de mode ? Mauvais Rêve", un spectacle de la Compagnie Comme Quoi, relève un défi : faire que théâtre et cinéma soient si inextricablement imbriqués que l'on ne puisse plus concevoir l'un sans l'autre et que l'on hésite entre "ciné-théâtre" ou "théâtre-ciné"…

Pas de gadget ici. Occupant les trois-quarts de la scène, un grand écran parle, questionne, dialogue avec l'acteur - Benoît Verhaert, époustouflant de maîtrise à la fois du personnage et de la technique très particulière de la pièce - qui se déplace autour de cet écran avec une précision exemplaire et un train d'enfer. Le personnage central, omniprésent, c'est Jay, un créatif publicitaire, un battant, "qui vit à cent à l'heure". Les mauvais rêves, répétitifs, obsédants de Jay sont des moments de la petite vie quotidienne et familiale de Jacques, qui lui ressemble physiquement de manière étonnante, mais vit de valeurs simples, humaines, aux antipodes de celles de Jay, si tant est qu'on puisse parler de "valeurs" à propos d'une règle de vie basée sur la performance, le combat pour la vie ("struggle for life") et la valorisation de la "success story".
 Photo © DR

Fureur de vivre à la James Dean ou plutôt mal de vivre ? Sans doute les deux pour Jay, sans doute ce qu'on appelle fuir "le vide existentiel". Jay (personnage) se croit seul digne de vivre et considère les autres comme des êtres sans consistance alors même que Jay (acteur) répond et interpelle des partenaires dont le spectateur oublie qu'ils ne sont pas "de chair" … Jusqu'au retournement final. Et là, c'est nous qui touchons du doigt la fameuse question : "mais où est la réalité? Et si je rêvais ma vie" ?

On ne peut citer ici tous les acteurs et actrices protagonistes de l'histoire ni tous ceux qui ont participé à ce qui est, côté cinéma, l'équivalent d'un long métrage, avec effets spéciaux, séquence 3D… Soit l'équivalent d'un générique de film à budget sérieux ! Un tel projet a requis une très longue préparation, assumée depuis l'idée, le concept même, jusqu'à la Première par Patrick Spadrille. C'est qu'il est sur tous les fronts : écriture d'abord, réalisation cinéma (montage image et son, musique, mixage), mise en scène et production. Et il est comédien également, l'ami de Jay, Mat. Solidement épaulé par Hughes Hausman, co-réalisateur, assistant à la mise en scène et "conseiller perpétuel", il va lui falloir 4 ans et demi de travail effectif alors que l'idée le travaillait depuis plus longtemps encore. Vu la difficulté d'expliquer un concept inédit, une bande-annonce est réalisée - un DVD - afin d'en donner au moins un aperçu en la proposant à d'éventuels "commanditaires". La Commission d'Aide aux Projets n'accordera aucun subside car… il se serait agi d'un projet "pour le cinéma plus que pour le théâtre" et que "le lien entre théâtre et cinéma n'a pas lieu d'être". Quant aux théâtres, ils se montreront frileux et c'est un tout nouveau venu, l'Atelier 210, qui sera séduit par la nouveauté. En 2006, viendra alors la reconnaissance sur tous les plans : public conquis et deux nominations aux Prix du théâtre : meilleur comédien pour Benoît Verhaert et meilleure création technique pour Patrick Spadrille.  Et le rêve... de mauvais, devient réalité.

Suzane VANINA (Bruxelles)

Mauvais rêve
Jusqu'au 31.03.2007 à l'Atelier 210/ 02.732.25.98 -  Patrick Spadrille : 0496.955.121

Photos © Cie Comme quoi : 
www.commequoi.be

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24 mars 2007 6 24 /03 /mars /2007 12:04
SOLDATS D'ARGILE

Avec Motortown de Simon Stephens, Le théâtre militant du Poche propose une plongée émotionnelle au cœur d'un enjeu occultée: le retour de guerre (Irak) des jeunes soldats (Anglais). Le front est à peine évoqué, la tension dynamique du spectacle vient du parcours d'un "héros" paumé qui cherche l'amour… Mission ratée: les retrouvailles sont frustrantes et déclenchent le pire. La mise en scène de Derek Goldby suit le mouvement…

Motortown est né de la colère du jeune dramaturge en vogue, Simon Stephens, un habitué de la prestigieuse scène du Royal Court de Londres. Dans une lettre d'intentions, il explique sa pièce, écrite en quatre jours, entre l'euphorie de Londres choisie pour les J.O. 2012 et l'horreur des attentas du lendemain par des terroristes qu'on découvre britanniques. "Je voulais écrire, dit-il, une pièce noire, contradictoire et violente… aussi honnêtement que possible sur l'Angleterre."
 Photo © DR

La pièce réussit à moitié ce pari. Ecrit rapidement (traduit ici dans un français mat), Motortown reste une démonstration à gros traits, originale dans les silences qu'elle écrit, mais avec huit personnages ultra-évidents. Peu importe, l’enjeu est ailleurs ! Au Poche, le spectacle capte l'attention du début à la fin et nous renvoie la frustration d'un complexé (qui finira - forcément - par se défouler sur une proie faible). Si en filigrane, l'auteur dénonce l'hypocrisie de son pays, il pointe surtout un problème relégué à l'arrière-garde de l'actualité. Comment se passe la réinsertion de ces jeunes soldats inexpérimentés, d'Irak ou d'ailleurs, de retour à la vie civile ? Une bombe à retardement répond Stephens.

Spirale inéluctable ?

C'est le cas de Danny, à peine trente ans, revenu d'Irak dans son patelin anglais. Il va et vient entre son frère handicapé et son ex-copine Marley. Celle-ci, par son refus de renouer, donne les coups fatidiques au combattant d'argile. Alors, il circule, dans une drôle de quête, tel le fiévreux soldat Woyzeck. Il retrouve son pote, un "hippie" vendeur d'armes, achète ensuite quelques balles chez un mafieux à domicile, un pseudo-philosophe, flanqué d'une docile poulette de quatorze ans. Enfin, il reçoit les propositions décadentes des "bobos", un couple pacifiste, partouzeur invétéré…

La pièce enfile donc une série de confrontations, où l'on assiste à l'inéluctable dégringolade du "héros", évidemment, pas gâté par la vie: père alcoolique, décrochage scolaire, éjaculateur précoce, etc. On n'est pas étonné du pedigree, ni de la suite. Dans un "seul contre tous", entre les frustrations et les petites humiliations, sa nervosité délirante devient meurtrière, nourrie par les démons du front. " J’ai rien contre la guerre. Au contraire. Elle me manque. Le problème c’est qu’après tu dois revenir ici. "… CQFD.

Carré de jeu


Avec une mise en place sobre, Derek Goldby trace une chorégraphie répétitive et respecte le souhait judicieux de son auteur : jouer sans décor. Sur scène donc, un simple carré blanc délimite l'aire de tension des confrontations successives. Autour, indifférents au malheur, les personnages attendent leur tour…
Du côté des comédiens, quelques perles. Le plus spectaculaire, Aurélien Ringelheim, ouvre le spectacle en puissance, dans l'interprétation d'un handicapé mental, très confondant !
Dans le jeu le plus mature, Fabrice Rodriguez campe un savoureux philosophe à la Tarantino, faussement taré sous son allure de mafieux en peignoir.
Enfin, Pierre Lognay assure en force son premier grand rôle dans l'interprétation omniprésente de Danny, avec un style de "para" en culottes courtes, tendre, grotesque, effrayant…

Bref, Motortown est un spectacle militant version Théâtre de Poche, de bonne facture, et a ce mérite de surfer sur une actualité cuisante et d'en dénoncer les douloureux et inaperçus ravages.

Nurten AKA (Bruxelles)

Jusqu'au 7 avril au Théâtre de Poche, Bruxelles, 0032/2/649.17.27

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24 mars 2007 6 24 /03 /mars /2007 11:52
LE MAUSOLÉE DU THÉÂTRE FRANCAIS

Inutile de fréquenter beaucoup les scènes de théâtre allemandes pour s’en rendre compte : les textes français sont peu représentés, voire quasiment absents des répertoires allemands. Parmi les auteurs contemporains français, seul Koltès bénéficie d’un certain succès. Les Allemands se désintéresseraient-ils du théâtre français ?


Récemment, Patrice Chéreau investissait la Schaubühne avec Le Mausolée des amants. Une ouverture prestigieuse du Festival France-en-scène à Berlin. L’occasion de cibler l’actualité du spectacle vivant en France. Tout le petit monde du théâtre attendait l’événement avec impatience : la présence exceptionnelle d’un vieux maître du cinéma français à Berlin, sur scène cette fois-ci avec Philippe Calvario, pour une lecture d’un texte d’Hervé Guibert.
 Photo Patrice Chéreau © DR

Un théâtre français trop académique ?


Dans la salle de nombreuses voix françaises (peut-être plus que de voix allemandes !) et une atmosphère guindée, étrangère au public habituel de la scène la plus alternative de Berlin. Une scène mise à nue, un décor en noir et blanc sans artifice, austère. Une mise en scène dont la sobriété détone avec l’esthétique avant-gardiste de la Schaubühne. De contemporain il n’y a que le texte percutant, exposé à l’état brut. Le jeu d’acteur n’améliore pas toujours le côté vieillot de la performance : Chéreau tend à la surthéâtralisation. Calvario sauve la mise avec un jeu plus crédible, frais, parfois pinçant.

Bilan : un coup d’envoi plutôt paradoxal du festival du nouveau spectacle français, donné par une pièce brillante d’académisme. Le snobisme français dans toute sa splendeur. A croire que le théâtre français aurait besoin d’un coup de jeune...et de quelques leçons de son homologue allemand !

Deux écoles deux esthétiques


Incontestablement deux écoles esthétiques se distinguent. Côté allemand, un théâtre concret, charnel, engagé, tantôt politique, tantôt trash. Côté français, un théâtre à texte, rhétorique, réaliste, parfois élitiste. Aucun paysage théâtral ne se cantonne à ses traditions pourtant les clichés subsistent.... si bien que le théâtre français souffre de son image : création française rime bien souvent avec performance « intellectualisante » et ennuyeuse. Pour balayer les préjugés, il faudra plutôt compter sur les nouvelles formes scéniques, que sur une lecture un brin poussiéreuse de Chéreau... Les quatorze compagnies françaises invitées sur les planches berlinoises devraient tout de même changer la donne. Au programme : théâtre contemporain, nouveaux langages scéniques et nouveau cirque. Un vent de nouveauté dans le paysage du spectacle qui devrait chasser le conservatisme et l’élitisme, encore trop ancrés dans la culture française.

Elsa ASSOUN (Berlin)

Le Mausolée des amants
Festival France-en-scène. Du 10.3 au 1.04.07
Vu le 10 mars à 20h à la Schaubühne.

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Chronique Fraîche