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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

15 février 2007 4 15 /02 /février /2007 16:26
UN DRAME TRADITIONNEL

Strindberg a écrit un drame qui met en présence des classes sociales incompatibles, des conceptions amoureuses antagonistes, des rêves inaccessibles. Didier Long restitue tout cela dans l’esprit de la tradition.

Nous voici à des années-lumières de l’inventivité de Gwenaël Morin lorsqu’il mettait naguère en scène Cécile de France dans le rôle de Julie. Ici, au contraire, tout semble d’artifice. Le décor plutôt réaliste de Michel Adam finit, comme toujours lorsqu’on cherche à reproduire le réel de façon trop minutieuse, à se heurter à des détails matériels qui en détruisent l’apparence et la crédibilité. Les lumières de Gaëlle de Malglaive créent une atmosphère nocturne poétique au début pour finir dans un banal plein feu, après être passées par le ridicule d’un rougeoiement de pseudo-explosion pyrotechnique. Quant aux allusions musicales de François Peyrony, elles servent à peine de fond sonore.
 Photo © Pascal Gely - Agence Bernand

Un classique sans dépoussiérage


Les interprètes semblent eux-mêmes plus dans une optique de savoir-faire que d’émotion à transmettre. Émilie Dequenne, loin du film « Rosetta », et Bruno Wolkowitch, exilé de la série télévisée « P.J. », n’ont pas toujours l’air de croire ce qu’ils disent. Même dans les scènes paroxystiques de l’accouplement et du rasoir, l’horreur des situations ne passe guère la rampe. En revanche, Julie Marboeuf, en cuisinière bafouée dans son amour, apporte une présence particulière. Ses longs moments de jeu physique muet donnent du poids à l’ambiance lourde qui s’installe entre des êtres en crise. Il est vrai – et c’est l'un des rares mérites du metteur en scène – que les silences sont fréquents et habités de tous les non-dits.

Didier Long a aussi réussi à montrer les distances qui séparent les êtres, leurs rapprochements et leurs rebuffades en disposant les personnages sur le plateau comme des pions en train d’avancer, reculer, se croiser, se confronter. Mais cela ne suffit pas à éviter une approche trop raisonnable d’une œuvre à propos de la passion pulsionnelle. Conséquence, la pièce du dramaturge suédois apparaît vieillie. La preuve étant le déclenchement de rires de la salle à des moments cruciaux du (mélo)drame. Restent posées la problématique du désir, celle de la hiérarchie sociale, celle de la dialectique du jeu d’alternance entre volonté de dominer et besoin de soumission, celle de l’impossibilité de réaliser la majeure partie de ses rêves.

Michel VOITURIER (Belgique)

Mademoiselle Julie
Texte : August Strindberg (éd. Flammarion/Poche, 1997)
Mise en scène : Didier Long
Distribution : Émilie Dequenne, Julie Marboeuf, Bruno Wolkowitch
Scénographie : Michel Adam
Lumières : Gaëlle de Malglaive - Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz - Musique : François Peyrony Production : Scène indépendante contemporaine (SIC)

En tournée au Centre culturel de Huy le 2 février, au Théâtre royal de Namur le 3, au Centre culturel d’Auderghem du 5 au 11, au Centre culturel de Nivelles le 20.

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15 février 2007 4 15 /02 /février /2007 16:03
ÉTRANGER DANS LE PLAISIR DES MOTS

En février, à l’occasion des premières représentations de la pièce en Italie, le metteur en scène russe Anton Konchalovsky et sa troupe donnait deux représentations de La Mouette, le chef d’œuvre de Tchékhov, au théâtre Argentina à Rome.

Le Théâtre Argentina est un peu à Rome ce que l’Odéon est à Paris, un magnifique théâtre à l’italienne, en plein centre de la ville. C’est là qu’on se presse pour découvrir les grands noms de la scène théâtrale italienne et internationale. Andrei Konchalovsky n’est pas à proprement parler une découverte. C’est l'un des metteurs en scène russes les plus connus, comme toute la famille du reste. Il a reçu récemment un prix pour l’ensemble de sa carrière cinématographique à l’occasion du 17ème festival du film de Moscou. Il a quitté la Russie pour Hollywood en 1980 et travaille aux Etats-Unis où il réalise ses films (Maria’s Lovers, A 30 secondes de la fin… ). Son frère cadet n’est pas moins illustre que lui, c’est le cinéaste russe Nikita Mikalkov.
 Photo © DR

Avec La Mouette, pièce écrite en 1895 qui triompha au théâtre de Moscou, deux ans après l’insuccès de Saint Petersburg, dans la célèbre mise en scène de Stanislavski, Konchalovsky revient à sa grande passion, le théâtre. « J’aurais voulu commencer le théâtre dix ans plus tôt. Sur un tournage, une journée de travail se compose de 2% de création et de 98% de préparatifs. Au contraire, le théâtre est une joie continue. On ne s’occupe que d’art et de recherche spirituelle. On échange avec les plus grands : Tchékhov ; Shakespeare, Eschyle, Strindberg. »

Fidélité

Konchalovsky connaît bien la pièce : il l’a montée une première fois en 1987, répondant à l’invitation de Giorgio Strehler au théâtre de l’Odéon, avec André Dussolier et Juliette Binoche. Le résultat est une mise en scène très respectueuse de l’esprit du texte, capable de restituer le sens, la direction, les ramifications et les silences de la comédie de Tchékhov. Tous les thèmes chers au dramaturge sont là : solitude, mélancolie, désillusion, désespoir. L’excellente interprétation des acteurs rend à merveille l’excentricité de Treplev, l’infantilisme d’Arkadina et l’égoïsme de Trigorin. La scénographie est presque inexpressive ; cela produit une impression de vide qui nous aide à nous dépouiller de nos a priori sur la pièce, comme on laisse son manteau au vestiaire. On est prêt à se laisser surprendre, on fait semblant de ne pas savoir ce qui va se passer. La mise en scène est simple, directe, traditionnelle. Pas de parti pris. On part pour un voyage de trois heures dans le plaisir des mots et des situations, dans le plaisir d’être au théâtre.

Evidemment, c’est en russe que les acteurs nous donnent à entendre ce texte qui devient une sorte de chanson dans une langue étrangère, tandis que nous suivons la traduction en italien. Doublement étranger, je me promenais dans le texte, mi connu, mi inconnu. Et les mots baignaient dans une neuve atmosphère. Rien, dans cette distance avec la compréhension directe de l’œuvre, ne se perd, rien du plaisir des dialogues et des situations, rien de l’intelligence dramaturgique et de l’empathie de l’auteur pour les faiblesses humaines, tout, au contraire, se gagne dans l’étonnement de la distance. La critique russe fut très bonne et surtout salua la façon dont le metteur en scène restituait, plus d’un siècle plus tard, la valeur d’authentiques comédies que Tchékhov attribuait à ses pièces. Il nous arrive aussi de rire en voyant ces personnages se débattre dans leur existence, passant de l’hystérie la plus ridicule à la vérité des pleurs, en même temps que nous sommes émus par leur destin qui ressemble tant à celui de la mouette, libre de battre ses ailes, avant d’être balayée par la vie.

Matthieu MÉVEL (Rome)

Il Gabbiano / La Mouette, d'Anton Tchékhov
Mise en scène : Andei Konchalovsky
Scénographie : Ezio Frigerio
Costume : Rustam Khamdamov
Musique et lumière : Eduard Artemien
Avec : Irina Rozanova, Alexey Gishin, Anatoly Adoskin, Julia Vysotskaya, Vladimir Goriushin, Olga Anokhina, Olga Miloyanina, Alexey Serebriakov, Eugeny Steblov, Yury Tcherkasov, Evghenij Ratkov, Alexandr Piskaref, Elena Lobanova.

Les 3 et 4 février 2007 au Théâtre Argentina à Rome.
En tournée : Venezia - Teatro Goldoni -  6 et 7 février / Reggio Emilia - Teatro Romolo Valli -  9, 10 et 11 février.

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13 février 2007 2 13 /02 /février /2007 17:15
BLASBAND, POURVEUR : AUTEURS BELGES À l'HONNEUR 

Simultanément, deux auteurs belges parmi les meilleurs créateurs actuels sont examinés sous toutes leurs coutures et facettes.

Un "Parcours Blasband" (2 pièces, 2 films, 1 lecture) se partage tout ce mois entre deux centres culturels : le "Jacques Franck" à Saint Gilles et l' "Espace Senghor" à Etterbeek (1). Une collaboration bien nécessaire pour tenter de cerner cet artiste prolifique autant que protéiforme : scénariste de "Une Liaison pornographique", scénariste et réalisateur de "Un honnête Commerçant" et du dernier, atypique, "La Couleur des mots", écrivain (6 ouvrages), dramaturge et metteur en scène de théâtre (une quinzaine de pièces).

Avec la reprise de "L'Invisible" et des "Témoins", sa dernière pièce représentée, est programmée une lecture de la toute dernière (avec présence de l'auteur) : "Paternel"… Un "parcours" qui n'est pas une balade nonchalante car Philippe Blasband a certainement plusieurs vies pour pouvoir ainsi nous indiquer tant de routes passionnantes, et cela à longueur de saisons !

Défragmentation ?

Paul Pourveur est un autre cas. Bien que tous les deux, vivant à Bruxelles depuis longtemps, aient en commun d'être de parfaits "zinneke" (*) - Blasband né à Téhéran de mère iranienne et de père belge, Pourveur né à Anvers de parents wallons - (donc exemplatifs du Belge moyen). Pourveur, lui, évolue à l'aise du Nord au Sud, maniant parfaitement le français comme le néerlandais (n'a-t-il pas été surnommé "le plus francophone des dramaturges flamands" ?). Scénariste, adaptateur (il ajoute alors l'allemand), écrivain primé, il écrit parfois une même pièce en deux versions ("Contusione è minima" vue en 2004 au Théâtre des Doms, Avignon) et parfois il mélange les langues dans une seule pièce ("Les B@lges")... Bref, c'est un jongleur polyglotte.

De même, il s'amuse à jongler avec des fragments de récits, des bouts de phrases, implants répétitifs comme autant de clés, maillons d'une chaîne qu'il s'amuse à faire apparaître à coup de petits flashs dans un vaste puzzle ou kaléidoscope. Et l'on s'aperçoit qu'en fait, même si la manière de raconter est tout sauf traditionnelle, il s'agit bel et bien d'une histoire, que cette histoire ainsi fragmentée nous procure des angles de vue différents, et que pour cet "Abécédaire des Temps Modernes, Tome 1 : A-H", c'est une histoire d'amour et de fureur.

"Abécédaire des Temps Modernes"

En quelques années, Michael Delaunoy, avec sa Compagnie "L'Envers du Théâtre" en accueil au Théâtre des Martyrs (2), est devenu un des metteurs en scène spécialistes de l'univers de Pourveur. Pour "l'Abécédaire…", il dirige un quatuor - il y a quelque chose de musical dans leur parfaite homogénéité - d'excellentes comédiennes : Anne-Claire, Patrizia Berti, Annick Johnson, Anne-Sophie Wilkin, quatre figures-symboles, dans une optique particulière : maquillages, costumes, ambiance lumière… qui prend des couleurs d'abîmes. La scénographie générale face/face du lieu théâtral inclue les spectateurs et, en même temps qu'elle veut les impliquer davantage, les renvoie à ces miroirs d'eux-mêmes tandis qu'au milieu, dans l'arène gothico-punkie, les conflits font rage, comme explosent les passions, au propre comme au figuré… Au départ déjà, la gageure de porter à la scène un abécédaire, et en trois parties suivant l'alphabet, avait de quoi dérouter.

C'est le fruit d'un travail en résidence à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, créé à Mons en mars 2006, nominé au Prix "Meilleur Auteur" et primé "Meilleure création technique" pour Laurent Kaye en 2006. Comme la langue (uniquement le français ici), le style, un tantinet précieux, recherché, fait se bousculer les mots avec délectation… "nonobstant" tout cela, l'histoire est située concrètement, avec détails précis, "dans la capitale d'un tout petit pays bienveillant".

Après un tel défi, relevé avec maestria par tous les participants, on se prend à se demander, avec curiosité et une certaine impatience, quelles formes prendront les deux autres volets de ce triptyque… franchement atypique. En complément à la création bruxelloise de "L'Abécédaire…" au Théâtre des Martyrs, et de "Marrakech" du 28 février au 1er avril, même théâtre, un "Focus Paul Pourveur" a été prévu : entretiens, présence des acteurs et metteurs en scène ayant travaillé sur ses textes, lectures d'inédits...

Suzane VANINA (Bruxelles)

(*) zinneke : mot du dialecte bruxellois appliqué d'abord au chien sans race, signifiant ensuite par extension bâtard, mais sans que cela soit vraiment péjoratif !

Crédits photos : dans l'ordre d'apparition
Benoît Verhaert/Les Témoins/P.Blasband © DR
N/B Paul Pourveur © DR
Affiche Abécédaire/ © photo Alessia Contu
Patrizia Berti, Annick Johnson/Abécédaire/ © photo Alessia Contu

1* CC Jacques Frank du 11.01 au 9.02 et CC Espace Senghor - www.ccjacquesfrank.be – www.centre-culturel.be - www.blasband.be - www.lacouleurdesmots.com

2* du 18 janvier au 17 février au Théâtre de la Place des Martyrs, Bruxelles- 02.223.32.08 - www.lenversdutheatre.be -

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12 février 2007 1 12 /02 /février /2007 17:45
Outre le "seul en scène" mis au féminin, des auteures s'emparent également de plus en plus de la scène : écrivant, adaptant, traduisant, mettant en scène, jouant et… cumulant toutes ses activités parfois pour un même spectacle.

Après Véronique Olmi , auteure et Magali Pinglaut, interprète de "Bord de Mer"(1), une autre auteure, Stéphanie Benson, une autre interprète Anne-Pascale Clairembourg pour des "Jours de Pluie" au Z.U.T. (2) tandis que auteure et interprète, Layla Nabulsi, s'entoure de six excellentes comédiennes pour évoquer l'histoire d'un fleuve en crue, d'un village menacé, de ses habitants, chinois, sacrifiés et… de la dernière des Mohicans chinois dans "Le Peuple Sans Nom ou la colère du fleuve" au "Théâtre de l'L"(3).

Tout cela ne donne pas de jolis "ouvrages de dame" mais des constructions en béton lancées dans la mare des préjugés et des idées toutes faites. Ca éclabousse, ça fait des chauds et froids salutaires portés par une fureur contenue, très puissante, alors qu'on a été la chercher en vain dans un "Cabaret Furieux" à "l'Atelier 210" (4), plaisant certes, et rondement mené, mais où les références annoncées à Picabia, à l'humour noir, étaient illustrées avec… parcimonie. A l'inverse, en janvier à Charleroi, un traitement en profondeur et des moyens multimédias grandioses avaient été mis au service de l'adaptation de "Penthesilea" (5), de von Kleist, par Marcel Berlanger, mise en scène et interprétée par Françoise Berlanger, superbe amazone…

"Jours de Pluie" ou comment parler de chocs avec délicatesse

L'auteure est Anglaise, ayant fait le choix de vivre, parler, écrire en français. Et d'aller à l'essentiel. A la pluie (dispensée tout au long du spectacle), la pluie qui s'acharne sur son anti-héroïne, pluie grise, mélancolique, des souvenirs comme celle, dure, des orages réels, les épreuves vécues dans une vie sans repères et sans père. Fragile d'apparence, elle a tenu bon contre vents violents et marées noires. Une sorte de distanciation, d'innocence même, l'avait préservée du plongeon fatal, "imperméabilisée" en somme, jusqu'à ce qu'elle sorte aujourd'hui de sa carapace et laisse couler les mots, simples… "ses mots à elle". Et nous écoutons, attentifs, ce qu'elle nous confie, avec ses parenthèses parfois drôles au milieu des drames, ses chuchotements ou ses révoltes, avec toute la présence folle d'Anne-Pascale Clairembourg et la pertinence des options de la metteure en scène Miriam Youssef et des scénographes Marcos Bassols et Valérie Yourrief.

"Le Peuple Sans Nom ou la colère du fleuve": fusion d'un texte et de l'inventivité de l'interprétation

Indissociables l'un de l'autre; un texte tourneboulé, partagé, qui vole littéralement de personnage en personnage, masculins comme féminins (une bonne quinzaine), chacun se départageant encore en plusieurs actrices, quand elles n'incarnent pas le fleuve (dans tous ses états), un chien, un dragon ou un lampadaire, ou encore ne se muent en bruiteurs ou chanteurs tous styles ! Encore une histoire d'eau.

Et une histoire de jeune fille - "Eté" - qui tient bon, elle aussi, contre vents, marées, inondations. Eh oui, il y a de la Mère Courage et du Candide à la fois dans cette valeureuse Eté capable du courage de fuir ! Avec en exergue une citation terrible datée de… 1925, Luxun : "notre civilisation chinoise tant vantée n'est qu'un festin de chair humaine accommodée pour les riches et les puissants…" Quatre-vingts ans plus tard, dites : "nantis" et "décideurs" et les choses ont-elles changé, en Chine comme ailleurs ? Même si l'action est bien située en Chine, face à l'impuissance des sans-noms en Chine, partis pour être sans-papiers en Europe, le contexte s'élargit (hélas); le tragi-comique permanent, le parti pris de la dérision et de la moquerie des décideurs et ordonneurs de tout poil, nous rappellent d'autres événements, plus proches. Les interrogations finales de la petite Eté face à tout un avenir possible (ou impossible ?) deviennent alors celles de toute jeune "terrienne". Il faut les citer toutes, ces actrices habiles, agiles : Marie Bach, Yamina Cheurfa, Jo Deseure, Cecilia Kankonda, Cachou Kirsch, Véronique Stas et Layla Nabulsi, à la fois auteure, metteure en scène et comédienne : un fameux équipage !

A signaler également le projet collectif et "citoyen" : "Les Hommes quand même/titre provisoire" (6), une expérience intéressante d'élaboration de spectacle de et par des femmes - pas moins de treize- depuis le stade "page blanche et témoignages" jusqu'à la représentation, encadrement et coach prévus par une auteure, Chantal Myttenaere et un metteur en scène, Xavier Lukomski avec tous les moyens techniques d'un théâtre professionnel. A signaler-souligner que cette réalisation (la 3e à présent) s'inscrit dans un projet plus vaste et récurrent de "faire parler un quartier, une ville", le théâtre étant situé dans le fameux "cœur" bruxellois "des Marolles", quartier populaire s'il en est !

Alors ? Pas que bavardes, les femmes, pas que promptes à prendre la parole… mais aussi avides de la concrétiser, d'agir, et de secouer celle des hommes qui, trop souvent, s'égare en palabres vaines et discussions sans lendemain.

Suzane VANINA (Bruxelles)

1* "Bord de mer" au Théâtre le Public jusqu'au 17.02, puis tournée
2* "Jours de Pluie" du 18.01 au 10.02 au Z.U.T./02.410.23.20 - 0498.109.440
3* "Le Peuple sans nom…" du 30.01 au 11.02 au Théâtre de l'L"/02.512.49.69
4* "Le Cabaret Furieux" jusqu'au 10.02 à l"Atelier 210"/02.732.25.98
5* "Penthésilée" au B.P.S. 22 à Charleroi
6* "Les hommes quand même…" / Théâtre Les Tanneurs / 02.512.17.84

Crédits photos © dans l'ordre d'apparition
Françoise Berlanger : "Penthésilea" : photo Thierry Monasse
Anne-Pascale Clairembourg : "Jours de Pluie", photo Pierre Bodson
"Le Peuple sans nom", photos "Théâtre l'L"

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11 février 2007 7 11 /02 /février /2007 20:39
PRESQUE UN ADIEU

“Cette fois il n’y a pas de début, seulement des fins". Les voix fatiguées des deux acteurs de Trece años sin aceintunas nous font croire le temps de la représentation, que l’expérience du théâtre n’est pas viable, qu’elle est désespérée. Par le biais d’un mélange indistinct entre récits d’expériences vécus et épisodes théâtraux, ils jettent un regard complexe, émouvant, rebelle, désabusé, amoureux sur le monde du théâtre résistant et innovant.

Tout a l’apparence d’un adieu, de la fin d’une expérience théâtrale globale, celle de la compagnie du Canto de la Cabra, compagnie résidente et productrice des spectacle de la salle éponyme, El Canto de la Cabra. Les acteurs, chefs de troupe, qui sont la troupe et aussi les directeurs sans doute de ce petit théâtre, en sont à vendre aux spectateurs tout ce qui leur tombe sous la main. La caisse enregistreuse, leurs propres portraits, et le spectacle lui-même, avant de l’avoir vu joué. La tentative de recréer la réalité de la vie de théâtre est entrecoupée d’une sorte de parodie du théâtre contemporain symbolique et incompris, souvent stérile et ennuyeux.
 Photo © Silvia Sardinero

La proposition débute d’ailleurs ainsi : l’homme et la femme, le couple, prennent, à moitié nus ou totalement nus, des poses esthétisantes et hermétiques. Le spectateur se décourage presque, surtout dès lors qu’il a suivi de près la première semaine de programmation d’Escena Contemporánea. Mais la déception est rapidement brisée lorsqu’on comprend que là n’est pas l’enjeu, qu’il n’y a rien à lire dans ce passage vide, que ce n’est qu’un moment joué, utilisé comme simple moment de fiction, illustration, exemple de théâtre. Car la proposition n’aura de cesse de jouer sur les limites, et de jouer avec les spectateurs.

Théâtre et vérité

A ce moment, s’ensuit une irruption brutale de la vie. Soudain, l’acteur prend à parti le public surpris. Car, nous, spectateurs, regardant, assis par terre, dans un espace cette fois-ci parfaitement adapté, nous sommes sollicités pour monter les chaises, les gradins, nos sièges de spectateurs dans la salle de spectacle. On commence. Mais de nouveau, l’acteur vieent nous interrompre. Il crie soudain, désespéré, son sort difficile d’acteur, de chef de troupe, de directeur de petit théâtre, et sa solitude. Une fois passée cette crise terrifiante de vérité, le jeu, son jeu, reprend. On ne sait pas vraiment s’il se joue de nous, si il joue au théâtre, s’il joue à l’acteur et nous aux spectateurs, mais le spectacle revient.

Dans un dialogue délicat et sensible, les acteurs se rencontrent, et racontent leur vie. Les acteurs ou les personnes. Ultime coup de théâtre, dernier épisode, on revient pour finir au théâtre du corps, au dégoût, à la chair, et pourtant à la fin de cet acte, parviennent à se joindre les deux territoires, le théâtre et la vie, dans le couple s’aimant. La forme est le théâtre, car existe un pacte tacite instauré avec le public. Ce qui s’y raconte n’a aucune importance. Pas de vérité. Car s’y trouve le véridique. L’unique réalité est que le public y croit. Pas de mensonge. La norme est celle de l’espace de la scène ou celui de la vie. Lequel est le plus vrai ? C’est parfaitement égal. La troupe d’El Canto de la Cabra a tout senti avec justesse, et tout au long de la pièce, l’a dit subtilement.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

Trece años sin aceitunas
Compagnie El Canto de la Cabra
Création et réalisation: Juan Úbeda y Elisa Gálvez
Lumières : Carlos Marqueríe
Vidéo : Lucas Jiliberto Théâtre El Canto de la Cabra C/ San Gregorio, 8 28004 Madrid + 34 913104222 Escena Contemporánea

Jusqu'au 1er février et du 4 au 25 mars 2007

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10 février 2007 6 10 /02 /février /2007 10:09
MONSTRE DE BEAUTÉ

Sur les planches, rien a priori d’incongru. Dans l’ombre, un lavabo, flanqué d’un banc quelconque, sur fond d’un mur d’escalade tout en béton. Un décor sans charme, dérangé par un événement absurde : une pomme dynamitée en plein milieu de la scène. C’est le coup d’envoi violent et ludique de la pièce.

Trois hommes en jean et baskets s’avancent sur le plancher jonché de chair de pomme éclatée. L’auteur de l’explosion, une jeune femme, reste dans un coin, silencieuse. A quatre, ils s’approprient l’espace : sans rupture ni transition, les rôles s’echangent et se succèdent avec virtuosité.

Photo © Arno Declair

Illusion plastique

Le jour où Lette comprend qu’on lui refuse la présentation de son nouveau projet à cause de son physique repoussant, son monde s’écroule. Ìl ausculte son visage dans un miroir, scrute ses traits d’un air perplexe : certes son visage n’a rien de parfait, mais de là provoquer le dégoût...! Sa femme elle-même ne manque pas de lui confirmer avec évidence cette réalité qui lui a si longtemps échappé : Lette a bon fond, mais il est laid. Mais qu’est-ce que la vertu lorsque son propre visage représente en-soi une honte pour le genre humain ? Un chirurgien plastique quelque peu loufoque le convainc de passer sur le billard. Un coup de thermos assené sur le nez ; le patient est assommé et le tour est joué. En deux temps trois mouvements, la scène se transforme en bloc opératoire de fortune : tout le petit entourage de Lette, femme, patron, collègue, se transforme en équipe médicale de choc : une mélodie savoureuse d’os brisés, de chairs spongieuses et de nettoyages sanguinolants accompagnent les manœuvres musclées... Pour le brave Lette, un univers qui lui était interdit s’offre à lui : un pouvoir de séduction sans précédent lui assure succès professionnels et amoureux...

Une identité falsifiée


Tout dérape quand son visage devient un produit artistique. Mis sur le marché de l’esthétique, ce modèle de parfaite plastique est reproduit à la demande. On passe d’une identité à une autre, sans accessoire, ni effet spécial, comme pour renforcer l’effet schizophrénique nuancé par le brillant jeu de Lars Eidinger, dans le rôle du protagoniste. Seuls quelques objets, à première vue insignifiants, créent un effet décalé au sein de l’atmosphère tantôt inquiétante tantôt burlesque : la pomme, tantôt eclatée, projetée, écrasée, roulée, pelée, dévorée..., -symbole de la chair humaine qu’on torture ?- un thermos, utilisé comme objet chirugical, des câbles qui surgissent tous azimuts... Un jeu d’équilibre et de pesanteur se trame entre les objets et les personnages comme pour mieux se saisir de l’espace. Un effet aérien qui ne manque pas d’insuffler un air de légéreté à la trame dramatique.

Victime de sa beauté banale, Lette regrette presque sa laideur particulière : ne serait-elle pas moins redoutable que ce séduisant masque? La beauté vire au monstrueux, la singularité au commun, l’individualité à la masse. En jouant sur l’illusion du double, Benedict s’interroge de manière ludique sur la singularité du sujet, dans ses angoisses, ses fantasmes et sa solitude.

Elsa ASSOUN (Berlin)

Der Hässliche
Texte : Marius von Mayenburg
Mise en scène : Benedict Andrews, décor : Magda Willi, lumière : Kathrin Kausche, Musik : Malte Beckenbach.

Schaubühne am lehninerplatz à Berlin. Les 14, 15, 16, 17, 25, 26.02 et le 24.03.07

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6 février 2007 2 06 /02 /février /2007 15:02
CONTRASTÉ

Escena Contemporánea embrasse tous les types d’expression. Sous le signe de l’avant-garde, le festival donne une place aux projets les plus expérimentaux, les plus inachevés.

Rester inachevé ou sans être sans nécessité de fin, est l’une des caractéristiques les plus notables de la conférence-performance de Nelson Guerreiro. Les 50 minutes chronométrées de cette expérience scénique s’écoulent péniblement dans la parole artificielle de l’artiste dont le propos est de ne pas raconter son voyage au Japon. L’acte égocentrique qui ne s’adapte pas à la scène n’a aucun intérêt dramaturgique. L’acteur-personne réelle, Nelson Guerreiro, s’évertue à faire sentir à un public assis, qui devrait être en situation d’interlocuteurs directs, l’échec du discours face à la réalité de l’expérience. Les spectateurs sont là pour constater avec lui l’inutilité d’une rencontre, qui, inutilement, dure 50 minutes.

L’idée n’est pas mauvaise. Le fondement conceptuel intéressant. Mais la mise en échec du discours par des mots lus avec difficulté sonne faux. La disposition de la salle, un théâtre dont l’espace n’a pas été remis en question, interdit l’élaboration d’une relation proche entre l’artiste et le public. L’ironie latente de l’artiste rend le spectateur méfiant. Cette proposition pourtant détient les germes d’une réalisation aboutie. Car elle questionne la valeur du discours face à la vie, la relation entre acteur et public, entre l’art et de la vie. Mais le manque d’approfondissement et l’inadéquation entre cette performance et l’espace investi font malheureusement de ce spectacle une expérience décevante qui laisse un arrière-goût de mauvaise plaisanterie.

Photo © Raquel Pereira

De belles ombres

Radicalement différente, fut la seconde performance, 200 gr. de António Júlio. Derrière un écran, la silhouette d’un homme évolue dans l’espace illusoire et onirique que la projection du corps à travers l’écran blanc et le savant jeu de lumière créent. Sans un mot, se déroule la vie d’un homme. La distorsion de son ombre, suivant qu’il se rapproche ou s’éloigne de la source de lumière, son dédoublement, le jeu donc sur les plans et les formes, ébahissent sincèrement le spectateur par leur pouvoir poétique et leur simplicité. Le corps brut, et quelques accessoires parfois, semblent être les objets d’un conte quotidien fait d’ombres chinoises. L’effet visuel hautement esthétique et l’humour qui s’y ajoute, procure un moment de plaisir calme. L’artiste caché, seulement corps, le corps occulté, seulement ombre, sont les éléments à la fois simples et étonnants d’une seconde expérience dont on aurait apprécié qu’elle soit un peu plus longue.

Décidément, au long de cette soirée d’expériences, le temps, son emploi, son passage, furent étranges, peu en accord avec les attentes des spectateurs et trop soumis aux impératifs de production du festival. Deux spectacles qui n’auraient dû partager le même espace, partagèrent la même affiche. Ces propositions, expérimentales sans en douter, de qualité fort disparate, auraient dans tous les cas atteint une autre dimension dans un format moins classique, plus adapté.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

Escena Contemporánea, du 29 janvier au 25 février à Madrid Teatro Pradillo C/ Pradillo, 12 + 34 91 416 90 11 :
Guerrero Notebook : Holiday out de Nelson Guerreiro 3-4 février. 21 heures
200 gr., António Júlio 3-4 février. 21 heures

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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 19:54
QUAND LE FAUX EST LE VRAI, ET VICE VERSA

Qui aime la comédie à l’ancienne, avec ses intrigues entrecroisées, ses personnages qui se font passer pour ceux qu’ils ne sont pas, son arrière-fond un peu sentencieux, son heureux dénouement sera comblé. Qui déteste les chassés-croisés, les déguisements, les dialogues accumulés ne sera pas converti.

Quoi qu’il en soit, Philippe Sireuil est parvenu à faire de cette « Forêt » un plaisant divertissement, coloré, sautillant, clownesque, pétillant. Une réussite plus probante que le récent « Don, mécènes et adorateurs » du même auteur, mis en scène par Bernard Sobel et qui manquait visiblement de la légèreté et du rythme propres à ce type de comédie. Dans les deux pièces, une même thématique traverse l’histoire. Celle des conditions de vie difficiles des comédiens en Russie au 19e siècle. Confrontés à une petite bourgeoisie hypocrite et égoïste, ils profitent de leur métier pour tenter de subsister du mieux possible.


Photo © Véronique Vercheval

C’est ce que feront deux acteurs sans travail, Infortunatos le tragédien costaud ravitaillé chez Shakespeare (Philippe Jeusette) et Fortunatov le clown débrouillard nourri à la farce (Fabrice Schillaci). Dissimulant leur vrai métier, ils s’installent chez la vénérable Gourmijskaïa (Yvette Théraulaz), fieffée sournoise qui thésaurise mais s’avère prête à tomber dans les bras d’un gigolo jeunet (Michel Jurowicz), filou patenté ayant réveillé les fantasmes de ses sens ensommeillés.

Les enjeux de la cupidité


Joli monde dont se sert l’auteur pour montrer une nature humaine cupide, veule, intéressée, condition à laquelle n’échappent pas les domestiques, comme le majordome impassible (François Beukelaers) et la bonniche un peu godiche (Janine Godinas), pas plus que le roublard marchand de bois radin (Jean-Philippe Lejeune) qui ne veut marier son fiston qu’avec une fille considérablement dotée. C’est précisément celle-ci et son amoureux, qui viennent jeter la note d’innocence et d’honnêteté – en dépit de quelques inévitables mensonges – dans ce monde de la mesquinerie et du matérialisme. Grâce à ce couple, la fin virera du côté de la générosité du duo d’acteurs, indécrotablement différents du reste de la faune humaine au milieu de laquelle ils ont évolué.

C’est assez drôle. C’est bien enlevé, interprété avec une évidente connivence entre troupe et salle. Chaque rôle est typé en son langage, sa gestuelle et son habillement. Les costumes de Catherine Somers chatoient, bariolés et burlesques à souhait. Les corps cherchent leur équilibre sur un plateau en pente, se dissimulent derrière des portes et des coulisses, campent des caricatures qui parviennent à dépasser les stéréotypes de la commedia dell’arte et des numéros d’Auguste de cirque. Ils réussissant à conserver une bouffonnerie chaplinesque alors que le climat est à la morosité, voire au désespoir et à la violence larvée. Il y a délectation à voir chaque personnage tenter de tromper autrui, voire de se tromper soi-même à force de vouloir en imposer à l’entourage. Le bluff s’avère plus fallacieux que le jeu d’un homme de théâtre sur une scène dans cette société où la rapacité a remplacé la compassion. Même si la morale finale qui semble venir de la sensibilité de celui qui la profère s’avère, en réalité, un emprunt à Schiller.

Michel VOITURIER (Lille)

La Forêt
Texte : Alexandre Ostrovski (éd. José Corti, 1998)
Mise en scène : Philippe Sireuil
Distribution : François Beukelaers, Jean-Luc Couchard, Janine Godinas, Philippe Jeusette, Michel Jurowicz, Jean-Philippe Lejeune, Bernard Marbaix, Grégory Praet, Fabrice Schillaci, Yvette Théraulaz, Edith Van Malder
Lumières : Philippe Sireuil
Scénographie : Vincent Lemaire et Philippe Sireuil
Costumes : Catherine Somers Maquillages : Catherine Friedland
Coproduction du Manège.Mons/Centre Dramatique et du Théâtre National
En tournée : Théâtre de Carouge à Genève du 9 au 21 janvier ; au Manège de Mons du 25 au 27 janvier ; à la Maison de la Culture de Tournai les 8 et 9 février ; au Waux-Hall de Nivelles le 13 février. 

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2 février 2007 5 02 /02 /février /2007 09:16
OPTIMISME

Trois rappels plus tard au National Theatre, elle salue encore une fois un public comblé. Fiona Shaw vient de donner une représentation splendide d'Happy Days ; pièce d'abord écrite en anglais par Beckett, puis traduite par ses soins en français sous le nom d'"Oh Les beaux jours".

Fiona Shaw peut être heureuse de son interprétation sans faute note. Deborah Warner s'est entourée d'une comédienne à la hauteur de l'enjeu du rôle de Winnie, omniprésente, sans trois secondes de répit, elle fait presque tout, pour ne pas dire tout, car le personnage de Willie, son mari, interprété par Tim Potter, est quasi absent, presque déjà dans la tombe. Fiona Shaw resplendit en Winnie, elle transpire la bonne humeur, nous secoue de rire malgré des circonstances désespérantes, nous fait émotionnellement vibrer en haut de l'échelle tellurique, nous téléportant d'une émotion à une autre avec une déconcertante facilité. Le décor épuré, désertique et grandiose, réalisé par Tom Pye, ajoute encore en dimension, en charme et en esthétique.

Photo © Neil Libbert

Deux actes, deux jours qui ne se suivent pas… mais toujours la constante Winnie ensevelie dans un désert morbide. Elle parle sans cesse, essaie de combler une solitude pesante. Il y a bien son mari, Willie, mais où est-il? Caché sous les dunes, il ne lui prête guère attention et semble déjà éteint. Winnie fouille dans son sac, refouille, prend un objet, en cherche un autre, retourne au premier, essaie de converser avec son quasi défunt mari, retourne à son sac, s'y replonge, et ressasse, débite, et loghorre pour combler un vide oppressant… Bien qu'elle soit figée dans le sable, elle se trouve des occupations avec toujours ce même inébranlable optimisme et ineffable enthousiasme - une jolie leçon de vie- en attendant un nouvel "happy day".

Malgré un second acte un peu trop court, nous repartons les yeux pétillants, la tête pleine de rires qui résonnent encore, et attendons impatiemment une autre belle collaboration entre Deborah Warner et Fiona Shaw, actrice déjà récompensée à de multiples reprises (Oliver Award for best actress 1990, London Critics' Award for best actress 1990 et 1991, Oliver and Evening Standards for best actress 1993...).  Un autre prix pour cette interprétation ne serait pas une surprise.

Léa GUZZO (Londres)

Happy Days [Oh Les beaux jours]
Distribution: Winnie : Fiona Shaw, Willie : Tim Potter
Metteur en scène: Deborah Warner
Lumières: Jean Kalman , Son score: Mel Mercier , Son designer: Christopher Shutt , Costumes: Luca Costigliolo, Set designer: Tom Pye
Producteur: Katrina Gilroy, Production Photographer: Neil Libbert

Durée : environ 1h 45 comprenant environ 20 minutes de pause entre les deux actes.

Dates de représentations au National Theatre (South Bank, London, SE1 9PX): (19h30 sauf dates en gras à 14h15 et 19h30)
Février: 2, 3, 5, 9, 10, 12, 13, 14, 15, 22, 23, 24, 26, 27, 28
Mars: 1
Prix: £10, £22, £32, £37,50

Vous pouvez réserver en téléphonant au 020 7452 3000 sans frais supplémentaires. Vous voulez rencontrer le metteur en scène et l'actrice principale? Rien de plus simple, rendez-vous le 27 février ! Le 27 février à 18h au théâtre Lyttelton, une conférence est organisé avec le metteur en scène Deborah Warner et l'actrice Fiona Shaw qui parleront d'Happy Days

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20 janvier 2007 6 20 /01 /janvier /2007 19:21
"Le Public ? Un théâtre pour le public." Au départ, ce fut une devise. Et une innovation. Douze années plus tard, on a oublié la notion de théâtre indépendant au sens strict mais retenu la profession de foi… en l'avenir, de Patricia Ide et Michel Kacelenboggen, deux acteurs et metteurs en scène qui voulaient concrétiser leur rêve en même temps que "répondre au désir de fête et au besoin de culture du public le plus large".

Oubliée l'époque des "patrons" inamovibles de "théâtres royaux" et idem pour celle des uniques théâtres "conventionnés", le temps était – et est encore – aux audacieux qui dans des lieux, des quartiers, dits "improbables","défavorisés" ou "excentrés" mènent des entreprises à succès.

Avec ses trois salles, la salle "Le Public" accueille quant à lui une moyenne de 100.000 spectateurs annuels dans ce qui était au départ d'anciennes brasseries et depuis 1994, le nombre de ces "entrepreneurs dynamiques" n'a cessé d'augmenter, à Bruxelles comme dans d'autres villes. Il faut souligner que tous ces "nouveaux lieux théâtraux" - dernièrement encore l'Arrière-Scène, le ZUT, l'Atelier 210… - ne choisissent nullement la facilité. Ignorant la fameuse devise : "je vends du temps de cerveau disponible…" (ndlr, prononcée par P. Le Lay, patron de la chaîne française TF1), ils proposent une programmation souriante ou "qui élève l'esprit", des créations ou des succès confirmés, mais toujours avec exigeance et qualité.
Sans parler des Centres Culturels qui, outre le fait qu'ils pratiquent des accueils, résidences d'artistes et partenariats divers, osent eux aussi, des créations chaque saison.

"Bord de mer" de Véronique Olmi avec Magali Pinglaut dans la Grande Salle

A l'affiche "Bord de mer" ou un bel exemple parmi d'autres de la proximité des collaborations entre tous les acteurs au sens large de ce théâtre (sis dans une commune dite "défavorisée" de Bruxelles : Saint-Josse-ten-Noode…) Encore un "seulenescène" direz-vous ? Pleinement justifié, parfaitement approprié, ici. Comme pour "A part la nuit, je suis normal"*, avec "Bord de mer", c'est l'être humain, bien seul sur la grande scène de la vie qui est au centre du drame. Et la mort aussi. Pas de "Dame rose" et ses bons sentiments mais une petite dame grise, comme une île ravagée, en perdition au milieu de nulle part, une mère qualifiée par les psy de "borderline", au bord de la mer. Symboles, symboles…paroles, paroles… pour dire ce qui ne se dit pas, ce qui ne se fait pas.

De Véronique Olmi, "Le Public" avait déjà fait connaître "Chaos Debout" et plus récemment "Mathilde", mais le projet de monter "Bord de mer" est venu d'un coup de cœur de deux femmes : Patricia Ide et Magali Pinglaut pour le texte d'une troisième, que met en scène un homme cependant, Michel Kacelenboggen, parce que, dit-il : "dès la fin de ma lecture, je savais que je devais faire entendre ce texte, formidable écriture qui tente d'inventer la langue d'une désertée, ses mots, en réponse au silence du monde ?".
Tout de même… ne peut-on croire que les spectatrices sauront mieux se diriger dans les méandres du cœur maternel, admettre ses contradictions, comprendre l'inexcusable ? Car il s'agit d'un fait-divers sordide, atroce. Véronique Olmi a su en faire, non pas une tragédie grecque, mais un témoignage terrible de justesse, dont Magali Pinglaut (appréciée au théâtre comme au cinéma), porte tout le poids, sans pathos, à la fois si proche par son ton familier, vrai, de confidence, et si lointaine sur ce grand plateau (très belle scénographie de Vincent Lemaire). Sobriété extrême du jeu, grand dépouillement du plateau, pour suggérer l'espace immense à la fois attirant et angoissant pour cette femme paumée, cette mère condamnable mais déchirée, démunie.

Suzane VANINA (Bruxelles)

Crédits Photos :
Direction du Théâtre Le Public © Cassandre Sturbois
Magali Pinglaut © Alice Piemme
Véronique Olmi © DR

Sites évoqués dans l'article :

"La Flûte Enchantée" tout ce mois de janvier – www.lafluteenchantée.be
Voir les sites : www.arriere-scene.bewww.atelier210.be - www.zoneurbainetheatre.be
Le Public/0800/944.44, 13 janvier-17 février – www.theatrelepublic.be – ensuite au Théâtre Royal de Namur : 5-10 mars, Théâtre de l'Ancre, Mons : 15-31 mars, Théâtre de la Place, Liège : 9-13 mai et en Suisse, Théâtre Le Poche,Genève : 16 avril-6mai

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