Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
La compagnie Mises en scène a gardé, en bonne hôtesse, le meilleur pour la fin de la VIe Rencontre théâtres banlieues : « Cairn », dEnzo Cormann, brûlot théâtral et politique pas propre sur lui.
Il fait chier, ce Cairn ! Cet empêcheur de penser en rond, de faire des affaires entre soi, de voter comme il faut. Tout petit déjà, il emmerde son instituteur, refusant dobéir. Une saleté de rebelle, quoi ! De toute façon, cest un nihiliste ce mec, toujours contre tout, jamais content. Dautres raffarineraient quil na pas la positive attitude. Ce syndicaliste, il est toujours trop gourmand, toujours à pinailler, à mégoter Il veut que je lui donne ma chemise, aussi, pendant quon y est ? Et puis quoi, encore ? Bon, il ny a pas trente-six solutions : il faut léliminer. Compris, Cass ?

Vous aurez compris que tout ça va très mal se terminer. Mais on nest pas au théâtre forcément pour se marrer.
Cette pièce de Cormann va à lessentiel et frappe là où il y a déjà des bleus. Ça fait dautant plus mal, et ça révolte.
La mise en scène dAgnès Régolo suit le texte à la trace, ne le lâche pas une seconde. Elle impose à ses acteurs un train denfer, comme si cétait une question de survie.
Les éclairages de Stanislas Pierre ne laissent aucune échappatoire, ni aux comédiens ni aux spectateurs.
Kristof Lorion incarne de toutes ses tripes un Cairn christique, solide et tendre. Le trio Pascal Billon, Thierry Otin et Nicolas Gény fait mousser lenvie de détester définitivement tous les patrons exploiteurs de la terre. Nicolas Chatenoud inquiète en composant presque trop bien Cass, chien de garde du capital aux crocs acérés. Françoise Baut, impayable, est la seule à nous faire rire. Jaune. Catherine Monin, elle, fait exploser son rôle de fille à papa friquée.
Cest quand, la révolution ? Aux âmes, citoyens !