Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Fidèle à son habitude de qualité, d’esthétisme, de parole et de surprenante créativité, la Compagnie Ches Panses Vertes vient une fois encore mettre son grain de sable dans la machine du spectacle. Avec une création plus déroutante que jamais.
On y trouve pêle-mêle (ou presque) des comédiens, de la vidéo, des photos, des poupées, des marionnettes, de superbes chorégraphies, des sons, des silences, des échos. Et pas d’histoire. Non, les Ches Panses Vertes ne nous racontent rien. Ce qui ne signifie pas qu’elles ne viennent rien dire. Bien au contraire.
Ecartelé entre l’esthétique épurée de la scénographie et des lumières, la douceur suave mais trompeuse du texte et l’envie d’entendre les mots, le spectateur se retrouve sans cesse sollicité. Tenté par la douceur des répétitions et la beauté du geste, on se laisse glisser dans la musicalité du spectacle. Pour soudain se reprendre et chercher, en filigrane, à saisir le sens de l’ensemble. Les clés de lectures, semées çà et là. Pas toujours faciles d’accès. Mais d’autant plus belles à saisir.
Et le message se dessine. Petit à petit. Mais avec puissance : qu’est-ce qu’être un Homme aujourd’hui. Véritable plaidoyer sur l’identité masculine, ce spectacle ne donne pas de réponse. Mais ouvre des voies de réflexion sur cette identité en mal de repère dans notre monde moderne. Une identité elle-même écartelée, entre histoire et avenir. Entre socialisation, déterminisme, idéologie et réalité quotidienne. Entre distribution sociale des rôles masculins et féminins et crise économique. Un spectacle qui ne se livre que si on accepte d’être dans le ressenti. Sans forcément tout saisir, ni tout comprendre. Et qui ouvre les portes du questionnement sur la place sociale que l’homme doit aujourd’hui se faire. Des questions qui surgissent et raisonnent encore longtemps après la fin du spectacle….