Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Cest avec ce spectacle que débutaient pour moi les VIe Rencontres européennes théâtres banlieues 2005. Et ce fut un début qui me mit en joie. Il faut dabord savoir quEl Barrio est le résultat dune année de travail, à lancienne, sué par vingt-sept personnes en atelier théâtral. Ça mérite déjà amplement le respect.
Ensuite, je pense que le résultat est tout à fait honorable, sans pour autant lécraser du mot de « chef-duvre », trop lourd pour les ambitions modestes de Théâtre Océan-Nord. La première partie dEl Barrio est un peu foutraque, brouillonne, inégale. Il faut exposer la situation, raconter lhistoire de ce quartier, « el Barrio », et nous y installer. Cest un peu long, redondant, et, jose le dire, jai parfois eu du mal à my retrouver, tant les personnages foisonnent. En revanche, une audace inattendue ma particulièrement réjoui : le mariage de deux lesbiennes, dont lune, qui plus est, est commissaire de police ! Cest révélateur de la chaleur humaine et de la tolérance régnant parmi ces déclassés, ces mis au rebut de la société, qui se débrouillent comme ils peuvent pour survivre. Avec malice, invention et solidarité.

La deuxième partie, plus dense, plus « carrée », emporte ladhésion, notamment à partir de lapparition du « sociologue ». Le chant final, hommage des habitants à leur quartier, quils doivent quitter, ma chamboulé le cur comme une déchirure gorgée de tendresse et dhumanité.
Tous les comédiens se donnent comme un cadeau offert au public, ne mégotent pas leur plaisir de jouer. Je veux citer néanmoins Jean-Bastien Tinant, Andrea Bellagamba, Viviane Defosset, Saida Lahbi, Jessica Willocq, Redouan Fettouh et Celia Miels, qui brillent plus particulièrement.