Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
C’est l’histoire d’une révélation. Je parle aussi bien de la grâce qui touche le personnage de Dostoïevski - le texte est extrait du « Journal d’un écrivain » (1873-1881) – que du comédien lui-même.
« Le rêve d’un homme ridicule », c’est l’histoire d’un mec qui ne croit tellement plus à rien, qu’il décide de mettre un terme à ses jours. « Sic ». Mais la paix lui viendra d’un rêve inattendu qui tourneboulera son existence, le fera renaître à la vie et lui redonnera confiance en l’homme, duquel il voulait se mettre définitivement à l’abri. Son rêve lui ouvre les grilles d’un nostalgique Eden, les portes de la foi et de la Vérité – n’oublions pas que l’auteur est né dans l’amour ardent du Christ. Un rêve pour lui, pour nous, un conte mystique plus que fantastique. Même si la tonalité morbide de départ n’est qu’un gouffre creusé pour amorcer une rédemptrice remontée.
La révélation, c’est aussi celle d’un incroyable comédien, risquons-nous – à peine – un Caubère en puissance. Depuis son petit rôle dans « Architruc » - festival d'Avignon 2003 – où il assurait une mise en scène cristalline et harmonieuse, Fabrice Lebert a pris dix ans de maturité de jeu. Nul doute que le travail en monologue, en particulier sur un texte réputé difficile, lui a permis de trouver les moyens de s’étoffer. Son interprétation conjugue l’intelligence et l’aisance.
La mise en scène de Cédric Zimmerlin permet de rythmer efficacement le monologue en jouant, comme en une harmonie imitative, sur le passage de l’intériorité effervescente à l’exubérance illuminée du personnage. En adresse directe avec le public, Lebert peut nuancer son jeu, renforcer ses accents messianiques, prendre à parti le spectateur, en le faisant se questionner. Vivement l’an prochain pour découvrir ce que les Théâtronautes nous réservent.