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Les Goulus (ex-Obsessionnels) présentaient leur spectacle théâtral, « Blancass ou ptit café ». Trop sage ?
Je connais Les Goulus depuis le Festival 1998, où ils étaient venus présenter leur brillant spectacle À la pelle au Chien-qui-fume. Ils sappelaient alors Les Obsessionnels. Tout un programme

Il faut dire que quand je les vois commettre leurs différentes parades (Les Krishnous, Les Cupidons, Les Inkisitos) dans la rue leur territoire artistique de prédilection , je suis sidéré par leur professionnalisme bicéphale : dun côté, tout est réglé au quart de millimètre ; de lautre, ils sont prêts à et sans doute même excités par linattendu, limprévu, le grain de sable qui peut tout faire foirer sils ne savent pas miraculeusement retomber sur leurs pieds. Les Goulus, eux, sont des praticiens chevronnés de cette gymnastique périlleuse. Ils sont même peut-être encore meilleurs dans ces cas-là.
Pour élargir leur palette artistique (ou par un besoin inconscient de reconnaissance plus officielle ?), ils ont eu lidée de présenter à nouveau un spectacle plus traditionnel, cette fois-ci intitulé Blancass ou ptit café ?, dans un vrai théâtre, en loccurrence le Chien-qui-fume.
Il sagit dun cabaret poétique, nourri au lait littéraire de Boris Vian, Bernard Dimey, Georges Brassens, Bobby Lapointe et Jean-Luc Prévost. Cabaret habité par de vrais personnages dramatiques, libertaires mais fatigués : la Baronne (Olivier Rimaud), Bob le Snob (Éric Kailey), Momo le Garçon (Patrick Geslin) et Nanard le Tôlier (Jean-Luc Prévost). Une équipe de miteux magnifiques, ô combien attachante, à lâme malmenée par de plus misérables queux, et qui remodèle le monde à son humaine mesure, lors dun morne matin mauve, dans cet estaminet imaginaire.
Alors, malgré de si beaux ingrédients, pourquoi, selon moi, la mayonnaise ne prend-elle pas complètement ? Dabord, le fait de passer de la rue au plateau ne se fait pas aussi aisément quon peut le croire. Ensuite et surtout, le manque de proximité dans le rapport de la scène avec la salle fait que le spectacle, qui promettait dêtre délirant, notamment en voyant le très beau décor stylisé de David Périno, reste finalement trop sage malgré la force des textes proposés. Car labsence dinteractivité entre les personnages et les spectateurs empêche cette folie souhaitable, cette folie que jattends, cette folie qui huilerait les rouages de la mécanique trop neuve de Blancass ou ptit café ?.
De mon point de vue, il aurait fallu carrément installer un bistrot sur le plateau (du Petit Chien plutôt que celui du Chien-qui-fume), avec environ 80 « clients » et distribution de coups à boire. Le spectacle aurait alors « décollé », à condition que les Goulus aient pris le public à partie directement via les paroles des poètes précités. En dautres termes : « rechercher une complicité intimiste avec un public plus acteur que consommateur » et « pousser lexploration du jeu non frontal », comme le proclame la charte de lorientation artistique de la compagnie Les Goulus.
Il nempêche : tel que je lai vu ce 13 juillet 2005, cest-à-dire quand la troupe navait pas encore pris ses marques dans lespace théâtral, Blancass ou ptit café ? est une uvre intelligente à linterprétation généreuse, drôle et bourrée dhumanité. Ce qui nest pas si courant.