UNE ESPÉRANCE DANS LES MARGES À travers le roman de Steinbeck, Mathieu Bauer se promène en mêlant récit, cinéma, vidéo, musique. Il survole l’histoire mettant les personnages marginaux du romancier en relations d’anecdotes. C’est plus narratif que théâtral. Dans un décor de passerelle et d’escaliers, une sorte de courée où s’entassent biologiste en mal d’une œuvre reconnue, maquerelle diseuse de bonne aventure, prostituées vivotant au jour le jour, chef de bande combinard à la petite semaine, patron de bar obsédé par la triche, simple d’esprit suiveur bon enfant... Le terrain qui les accueille est menacé d’expropriation. Néanmoins chacun s’efforce de vivre et de trouver plaisir à être.

Tout cela est nourri de bonnes intentions. Tout cela, bien que daté des années 50, est bien ancré dans notre époque de précarité, de petits boulots à trouver, d’astuces à appliquer, de marginalité accrue tandis que la pensée économique unique ravage des existences.
La réalisation de Mathieu Bauer est attrayante par l’intégration qu’il réussit entre divers supports. La vidéo permet d’actualiser la ville de Monterrey tout en escamotant le temps, de personnaliser l’impersonnel de l’environnement. Le cinéma, sous forme d’extraits, devient l’image même des mythes qu’entretiennent les habitants de ce quartier pourri. Il permet en outre d’énoncer les titres des chapitres du livre, de repérer les ellipses. Chanson et mélodie s’en réfèrent à la comédie musicale. Le va-et-vient entre comédiens de chair et acteurs en images empêche une identification au premier degré avec les personnages. Cette distance s’accroît encore par l’utilisation de voix off, par l’usage intermittent de micros et la présence insistante d’une musique qui louvoie de la bande sonore cinématographique jusqu’aux accents des orchestres rock actuels, au point, parfois, de submerger la parole.
La sympathie engendrée par les protagonistes ne suffit pas tout à fait pour captiver. La générosité vocale et corporelle des interprètes, parmi lesquels un Marc Berman en verve, ne parvient pas à rendre palpitante cette observation de citoyens délaissés, cette leçon d’espérance qui enrobe un appel au secours. Il est vrai que réduire un roman à sa structure essentielle gomme les notations sensibles dont un romancier tel que Steinbeck parsème ses livres.
Michel VOITURIER
www.ruedutheatre.info
Texte : John Steinbeck (Livre de Poche)
Mise en scène : Matthieu Bauer
Distribution : Marc Berman, Sylvain Cartigny, Alain Demoyencourt, Judith Henry, Richard Sandra, Martin Selze, Arthur Simon, Georgia Stahl, Stan Valette
Musique : Mathieu Bauer, Sylvain Cartigny, Arthur Simon
Scénographie et lumières : Jean-Marc Satchko
Costumes : Nathalie Raoul
Vidéo images : Stéphane Lavoix, Julien Bureau
Production : Sentimental Bourreau / Festival d’Avignon / Festival des Arts de Salamanque
Au Gymnase Aubanel à 18h jusqu’au 14 juillet.
En tournée : au Théâtre d’Arras du 14 au 16 janvier 2008 ; le 22 au Parvis de Tarbes ; du 5 au 8 février au CDN d’Orléans ; du 11 au 23 février et du 10 au 20 mars au CDN de Montreuil ; le 24 mars au Théâtre de Cahors ; les 26 et 27 mars en la Maison de la Culture d’Amiens ; du 1 au 4 avril au Théâtre de Lorient ; les 6 et 7 mai au Théâtre de Sète.
Photo © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon