ÉRADIQUONS LES INTÉGRISMES Derrière ce titre un rien racoleur (Liberté, égalité, sexualité), se cache un humoriste sensible. Sam Touzani, Belge, immigré de la 3e génération, est un exemple d'intégration : il a réussi à conserver ses racines musulmanes et s'est développé dans la culture laïque occidentale. Entre autres spectacles, il avait, avec « Gembloux » et bien avant le film « Indigènes », rendu hommage aux tirailleurs maghrébins massacrés en mai 1940. Dès l'entrée, il donne le ton en affirmant que qualifier désormais quelqu'un de multiculturel est une façon polie pour ne plus dire « bougnoule ». Le reste du spectacle est à l?avenant. Il allie effronterie et émotion. Il ne fait pas de quartier : il brocarde à égalité les intégristes musulmans, les extrémistes juifs, les terroristes palestiniens, les traditionalistes chrétiens, les faucons démocratiques étasuniens, les indifférences bien pensantes de la communauté internationale...

Touzani rattache sa vision de société à son propre parcours autobiographique. Il parle avec tendresse et lucidité de ses rapports avec son père, patriarche illettré et despotique. Il explique la difficulté de vivre sa sexualité adolescente quand elle constitue un tabou majeur. Il rend un hommage émouvant à son beau-frère, dissident marocain, qui lui a appris à prendre ses distances avec tout dogmatisme, à faire la balance entre ses racines marocaines et belges. L'essentiel du récital porte sur la bêtise des ultras de tous poils qui voient dénoncées leurs dérives et leurs contradictions, leurs hypocrisies et leur mauvaise foi.
Derrière la plaisanterie, sous le gag, c'est une leçon d'humanisme, un message de tolérance, une invitation au doute pour éviter les ghettos des certitudes. Ainsi bascule-t-on d'un rire nourri par l'impertinence à la réflexion via un extrait de Salman Rushdie au sujet du respect. Ainsi la dérision laisse-t-elle finalement place à une bouffée de sentiment composé de sensibilité retenue mais partagée, et fichtrement contagieuse.
Michel VOITURIER
www.ruedutheatre.info
Texte : Bernard Breuze, Sam Touzani
Mise en scène : Ruud Gielens
Distribution : Sam Touzani
Production : La Charge du Rhinocéros
Au Gilgamesh Théâtre à 17h30 jusqu'au 27 juillet 2007.
Photo © Patrick De Spiegelaere