QUAND LES VALEURS FURENT SAPÉES
Utilisant la correspondance échangée par trois militants italiens, Jean-Pierre Vincent met sur scène les interrogations que se sont posées ou que se posent encore ceux qui avaient mis leur foi dans des valeurs d’équité, de solidarité et de bien-être social. Une phrase leitmotiv revient dans le film « Petites coupures » de Pascal Bonitzer :
« Comment peut-il encore être communiste aujourd’hui ? ». Après les révélations successives des dérives tyranniques et sanglantes des régimes socialistes durant 50 ans, après la chute du mur de Berlin, c’est évidemment une question pertinente.

À travers les lettres du trio italien apparaissent les interrogations qu’il faudrait que la gauche tout entière puisse lucidement formuler : d’où sont venues les erreurs commises ? Qui croyait vraiment en la révolution ? Y a-t-il encore des potentialités pour redistribuer les richesses et partager les pouvoirs ? La communauté va-t-elle disparaître au profit de l’individualisme ? Quel avenir pour une société moins discriminante ?
Ce sont des réflexions ardues. Elles ont la limpidité de la sincérité. Elles touchent car elles s’avèrent fondamentales dans une société où
« les besoins des hommes et des femmes ne comptent pour rien » tandis que la puissance technologique surpasse la puissance politique. Elles mettent en lumière les doutes, les tâtonnements, les certitudes fondamentales. Elles démontrent la difficulté à être cohérent lorsqu’on est confronté à la réalité, de se situer « entre le possible et l’échec ». Elles constatent le glissement du progressisme vers le conservatisme alors que désormais ce n’est plus le travail qui donne à l’homme une identité.
Les spectacles composés de littérature épistolaire induisent souvent le spectateur à se demander s’il s’agit bien de théâtre. Dans ce cas-ci, c’est une évidence. Sans doute grâce au parti pris de simplicité dépouillée de Jean-Pierre Vincent. Mais surtout à cause de la présence éclatante de trois comédiens qui jouent leur texte avec une justesse, une conviction, une humilité étincelantes.
Michel VOITURIER
www.ruedutheatre.info
Texte : Vittorio Foa, Miriam Mafai, Alfredo Reichlin (éd. L’Arche)
Mise en scène et adaptation : Jean-Pierre Vincent
Distribution : Gilles David, Melania Giglio, Charlie Nelson
Dramaturgie : Bernard Chartreux
Lumière : Alain Poisson
Production : Festival d’Avignon
En la salle de Champfleury du 8 au 16 juillet à 18h - Avignon IN 2007
Photo © Christophe Raynaud de Lage