NOVARINA : LE GESTE DE LA PAROLEAvec L’Acte inconnu, le dramaturge français Valère Novarina revient à Avignon, après sa mise en scène de L’Espace furieux dans la salle Richelieu de la Comédie-française en janvier 2006. C’est dans la cour d’honneur du palais des papes qu’il a créée sa neuvième mise en scène le 07/07/2007. Le spectacle est à 22h et dure 2h22… Novarina est un habitué du festival d’Avignon, il y a créé la plupart de ses pièces : Le Drame de la vie, en 1986, Vous qui habitez le temps, en 1989, La Chair de l’homme, en 1995 et L’Origine rouge, en 2000. Il n’avait pas pu créer La Scène, en 2003 (grève des intermittents), il revient cette année pour nous convier à une énième fête de la parole, dans un espace géométrique (qui évoque un œil et Mondrian) dont le scénographe Philippe Marioge dit :
« le grand motif de ce décor, c’est de faire en sorte que la matière du langage parvienne à deux mille personnes sans perte d’énergie ».

L’acte inconnu, c’est quoi ?
« Comme le rêve, c’est une réminiscence, une remémoration, une anamnèse » dit Novarina. De quoi l’acte inconnu cherche t - il à se souvenir ?
« Des premiers mots que nous avons prononcés une fois sur terre, de notre étonnement de parler. Et de voir le monde devant nous se transformer sous l’effet de l’hormone du langage ». Le spectateur du Palais des papes assiste durant 2h22 à un joyeux défilé d’acteurs, de corps, de costumes, de mots, de noms voire de spectateurs à partir de la moitié du spectacle. C’est la parole qui se donne en spectacle.
Les noms des personnages donnent une idée de ce qui se déroule sous nos yeux (oreilles), ils s’appellent le déséquilibriste, le coureur de hop, le bonhomme nihil, Raymond de la matière (merveilleux Dominique Pinon), Jean qui corde, le chanteur en catastrophe, la dame de pique, la femme spirale, le chantre 1 et 2, l’homme nu, l’esprit, l’ouvrier du drame. Ils s’avancent dans l’arène de la Cour d’honneur et s’exposent en mots. Derrière eux, le mur de pierre, devant, le mur humain…
Voir le langage Le théâtre de Valère Novarina est entièrement tourné vers la question de la parole. Foncer dans le trou des mots. S’inscrivant dans une pensée chrétienne, il met le langage avant les hommes, avant les choses. Ce dont semble rêver l’auteur, c’est de voir le langage, en chair et en os.
Le théâtre est pour lui le lieu de la résurrection, de l’origine des mots, donc du trou.
« Que l’acteur vienne danser dans mon texte troué » écrit Novarina, qui s’expliquait sur son théâtre, la vie, la Cour d’honneur, entre les quatre murs de l’école d’art d’Avignon :
« Mon théâtre est tourmenté par la pulsion, la passion de voir le langage. Voir la puissance du langage sur les spectateurs. J’aimerais que le spectateur se demande : est-ce que ces choses, on les a vues en vrai ou en paroles… Le langage peut quitter l’homme, et passer dans un bâton, dans une pierre… On vient au théâtre pour se décoller de ses certitudes, remettre un peu d’air dans les membranes du cerveau… Toute réalité est fondée par un discours… Le langage est une des forces de la nature… Le langage n’est pas que communication, c’est une expérience de tout le corps, de parler et d’entendre parler : danse, offrande… », ce qui nous fit songer, l’air de rien, à cette phrase de Samuel Beckett, en substance : on ne se parle pas pour échanger des informations, on est peut-être cons, mais pas à ce point-là…
Matthieu MÉVEL
www.ruedutheatre.info
Cour d’honneur du palais des papes - Jusqu’au 12 juillet 2007
Texte publié aux éditions POL
Texte, mise en scène et peintures : Valère Novarina
Scénographie : Philippe Marioge
Avec : Léopold von Verschuer, Manuel Lelièvre, Michel Baudinat, Dominique Pinon, Dominique Parent, Olivier Martin-Salvan, Myrto Procopiou, Agnès Sourdillon, Véronique Vella ; Valérie Vinci, Jean-Yves Michaux, Christian Paccoud, Richard Pierre…
Crédit photo © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon