UNE SIMPLE ADAPTATION
Cette création de Cantarella est un beau travail de mise en scène. Classiquement, il propose une lecture parodique et drôle d’un Hippolyte du XVIème siècle. Hippolyte est une simple adaptation. Un regard actuel posé sur un texte du XVIe siècle. Juste une adaptation… Bien faite, elle devient une prise de parti, le reflet d’un monde ou la vision d’une époque. Tout l’enjeu d’une simple adaptation… Avec ce vieux texte en français, Cantarella s’inscrit dans l’histoire de la littérature. Laissant le mythe et ses symboles, il revient aux mots de l’histoire comme des actes à mettre en scène. Il fait du théâtre.

Pour y assister, on doit passer un sas initiatique introductif constitué de quelques objets mystérieux et de consignes énigmatiques, qui s’expliqueront par la suite, et qui forment une attirante installation. On débarque ensuite dans une salle blanche. Contre les murs des chaises sont installées. Plus avant, un canapé est posé. On est prêt à se lever et à déambuler entre les objets familiers mais l'un des jeunes hommes qui semblait chercher une place se révèle être le coryphée. Le spectacle commence. Impossible de couper la parole aux acteurs, de se mouvoir dans leur espace, de faire fi des règles du spectacle et des rôles de chacun. Assis, on se contentera de regarder l’excellent spectacle.
Vrais Les personnages sont inventés et l’invention les accomplit. Ils sont là, ils sont vrais, rendus vrais par la parodie et l’hyperbole. Phèdre est vraie, hystérique, rousse, exagérée ; Hippolyte est vrai, arrogant, noble et chasseur, misogyne ; la nourrice est vraie, préparant une tarte aux pommes, ayant pour unique morale le service aveugle de sa reine ; Thésée est vrai, homme vieillissant, mais roi puissant, qui ne comprend pas sa femme, ne l’écoute pas, ne la prend pas au sérieux.
La parodie et l’hyperbole sont les intermédiaires scéniques par le biais desquels les mots prennent un sens nouveau et se redonnent à nous, devenus familiers. La parodie et l’hyperbole sont les outils d’une simple adaptation, bien réussie, mais d’une simple adaptation. Car, il semble que, pour ceux qui firent le festival, bien que le metteur en scène ne soit plus le grand révélateur légitime et génial du sens et soit devenu un médiateur, l’inventeur d’un regard possible, il demeure une figure supérieure qui réactive le sens, comprenant son époque, pour le donner à voir, seul, face au monde.
Dans ce travail, symptomatique du festival de cette année, Cantarella montre donc un théâtre classique, beau, savant, qui essaie de vraiment se faire comprendre. Ce qui n’est déjà pas si mal.