Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Féerique, haute en couleurs, rythmée, cette comédie musicale et familiale librement inspirée du texte de Shakespeare mérite tous les superlatifs. De quoi est-il question au juste ? D’un roi qui veut marier sa fille, de deux couples dont les amours s’entremêlent, de tout ce joli monde en fuite dans une forêt magique, d’un philtre d’amour et tout l’humour décalé de Shakespeare et son incomparable don pour les quiproquos. À une nuance près, tout est bien qui finit bien, ce qui n’est pas si fréquent.
On retrouve dans la plume de Stéphanie Tesson, enjouée et jolie, et la mise en scène d’Antoine Chalard, imaginative et puissante, les évocations magiques et les ingrédients qui font la marque de fabrique du grand William. Les comédiens, tous parfaits, leurs personnages travaillés avec une réelle profondeur, chantent, dansent, scintillent, agiles et toniques, ils s’en donnent à cœur joie, le bonheur irradie le public, c’est une délectation de tous les instants. Les costumes, les décors, l’accompagnement de deux musiciens sur scène, apportent un relief lumineux et burlesque, un exemple avec la tenue mi-Dark Vador mi-Batman et la coiffe étonnante du grandiloquent Tenebris, qui règne sur la nuit.
Le théâtre remplit à ce niveau de qualité et de plaisir une mission de service public. Quand je sors comblé de ce divertissement enchanteur, écrit d’une belle plume, émanant d’un grand texte, quand s’opère sur scène une si belle alchimie, toute shakespearienne, née de la conjugaison de tant de talents, comédiens, musiciens, acrobates, je me dis, et encore davantage cette année, que le In est bigrement out et que le Off est diablement in. I have a dream, puisse ce spectacle, comme d’autres excellents du Off, inspirer mieux ceux qui prétendent faire du théâtre d’aujourd’hui, mais je reste songeur…