COUP DE CŒUR RUEDUTHEATRE LA MAGIE DE L’ORIENT PARE SOMPTUEUSEMENT LE MYTHE ANTIQUE Quand un mythe de l’Antiquité gréco-romaine est transposé dans le Vietnam déchiré du XXe siècle, il s’habille d’éclatantes couleurs traditionnelles pour mieux traduire l’universel : la révolte de l’individu contre le pouvoir aveugle, le droit au bonheur. Le mythe thébain pourrait être un conte oriental. Ti An, une jeune fille droite, authentique, et victime d’une Histoire qui la dépasse, est écartelée entre ses deux frères qui s’entretuent, son oncle usurpateur cynique et son envie de vivre. Au-delà d’une lecture au 1er degré - qui serait déjà très belle -, Ti An porte les valeurs et les souffrances d’un pays meurtri, entre l’occupant américain - l’oncle - et le colonisateur français – le père -. Dans sa faiblesse, elle affronte la mort par fidélité à ses valeurs de justice et de paix, au risque d’être impitoyablement broyée. Elle incarne toutes les femmes du monde et tous les êtres humains dans leur droit au bonheur et à la dignité.
Un spectacle chatoyant et raffiné Mise en scène, musiques, décors, éclairages, chorégraphies, et surtout masques et costumes, nous plongent au cœur d’un monde extrême-oriental d’une somptueuse élégance, éclatant de couleurs lumineuses, et le choc entre la sublime beauté plastique et la noirceur du propos confère à celui-ci une force poignante.
Cette troupe mixte, franco-vietnamienne, joue avec un égal succès dans les deux pays - elle nous avait offert, il y a quelques mois, « Les Cercles de sable » au théâtre du Balcon à Avignon - , et obtient des récompenses prestigieuses et méritées, notamment au récent festival In de Hué. Chacun parle dans sa propre langue, mais les acteurs se répondent véritablement au-delà de leurs idiomes respectifs et le spectateur se trouve totalement ébloui. Eblouissement, tel est finalement le seul terme qui convienne.
Geneviève DEWULF
« Antigone Vietnam »,12h, durée 1h15 au Théâtre du Monte-Charge
Mise en scène Alain Destandau, Costumes Minh Hanh, Masques Erhard Steifel.
Photos © Geneviève Dewulf