ÉTERNELLE VIOLENCE Dans une mise en scène sobre et efficace, la Compagnie Pantai nous narre un fait divers, si banal de nos jours et pourtant toujours aussi grave dans ses conséquences et sa force de destruction.
Le spectacle s’ouvre sur une succession d’images fixes qui suggèrent, plutôt pudiquement, l’agression d’une jeune femme. C’est par ce fait que tout commence. Ou s’achève, comme on voudra. Car la victime, Linda, une chanteuse, perd là son identité, ne devient plus que la victime d’un fait divers brutal qui la défigure et la dépouille de toute autre existence. Sa vie se réduit à cet événement qui déstabilise aussi son entourage. Chacun, d’abord, semble y mettre du sien pour un indispensable mais encombrant soutien. L’amoureux qui réaffirme, avec une insistance suspecte, la pérennité de ses sentiments, la mère qui ressasse une envahissante compassion, un père qui montre une sollicitude à éclipses. Linda, elle-même, supporte de plus en plus mal toutes ces attentions, s’en irrite, devient injuste. De leur côté, de froides institutions font ce qu’elles doivent faire. Sans plus. L’hôpital qui traite l’affaire avec la lenteur propre aux urgences, la police qui enregistre la plainte, sans hâte…

L’agression qui transgresse La représentation est servie par une équipe soudée. Les acteurs interprètent avec bonheur les nombreux protagonistes du drame. Les divers instants de l’action sont légèrement chorégraphiés. Le spectacle évite une représentation impudique de la violence ainsi que les excès de sentimentalité. Simplement, sans fioritures et sans pathos,
Ça n’arrive qu’aux Mortels nous invite à une réflexion sur la brutalité des hommes à travers « une agression qui transgresse ».
Yoland SIMON
Ça n’arrive qu’aux Mortels
d’Emma Barcaroli
Mise en scène d’Emma Barcaroli
avec Julie Villers, Jennifer Pays Bertrand Wautlet, Benoît Lejuez
guitariste Joris Barcaroli
régie Anne-Sophie Nicolas
Au Magasin Théâtre 21h