UN BIEN BIO SPECTACLE Avec cette adaptation théâtrale du roman éponyme d’Henri Cueco que le film de Jean Becker avec Daniel Auteuil et Jean-Pierre Daroussin à contribuer à faire connaître, la Compagnie les Délices propose au public de goûter à ces joies simples qu’offrent toujours les moments d’humanité. Voici deux hommes qu’apparemment tout distingue. L’un est un artiste-peintre renommé, cultivé, citadin. L’autre est jardinier, et sa culture à lui, ce sont les courgettes et les choux. Il n’a jamais entendu parler de Matisse ni de métaphysique et vit dans un HLM à la campagne. Mais c’est justement dans leurs différences que s’enracine leur profonde amitié. Et c’est toujours avec un plaisir réciproque qu’à travers leurs conversations autour de l’art, de l’amour ou du jardinage chacun expose sa philosophie et reçoit humblement celle de l’autre…

Dialogue avec mon jardiner c’est avant tout l’histoire d’une amitié entre deux hommes. Mais c’est aussi une savoureuse réflexion sur l’Homme, son rapport à l’autre et au monde qui est amorcée ici avec beaucoup de modestie et de talent.
Des mots nature Didier Marin et Philippe Ouzounian ont souhaité faire une adaptation théâtrale « au plus près du texte » d’Henri Cueco afin d’en conserver toute la quintessence. Le premier campe admirablement le rôle du jardinier un peu beauf en prenant soin de ne pas donner dans la caricature grossière et méprisante du « cul-terreux». Le second interprète avec une certaine profondeur celui de l’artiste-peintre placide et ouvert. Ensemble, ils forment ce duo attachant qui traduit au plus juste cette relation d’amitié.
Pour la mise en scène, la simplicité semblait s’imposer comme une évidence et Sylvie Leveillard ne s’y est pas trompée. Dans un décor minimaliste, composé d’une toile de fond évoquant la campagne et l’automne, d’un tabouret et de lumières discrètes, seule la façon dont les comédiens s’adressent leurs répliques évolue. L’alternance de dialogues directs et de monologues face au public insuffle du rythme à ces conversations faites de mots ordinaires. La sobriété est de mise pour permettre au spectateur de s’imprégner simplement de ces échanges qui recèlent un suc dont la saveur, plus douce que le miel, est celle de l’amitié, du respect, de la tolérance. C’est un moment dense d’humanité qui nous est offert, un concentré de vie servi avec un zest d’humour. En un mot : un délice.
Idrissa SIBAILLY
Dialogue avec mon jardiner
La Compagnie les Délices
Théâtre Notre-Dame (Lucernaire Avignon) jusqu’au 2 août
17 rue du Collège d’Annecy
Réservation : 04 90 85 06 48
Texte : Henri Cueco
Mise en scène : Sylvie Leveillard
Avec Didier Marin et Philippe Ouzounian
Photo © DR
Réactions du public : « C’était très émouvant, on a l’impression que chacun vit sur sa planète et que ce qui les lie c’est le regard qu’ils portent sur la nature… »
Véronique, 45 ans