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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Paradiso (Avignon IN)

VOIR LE PARADIS

Paradiso est le dernier volet de la trilogie de Romeo Castellucci, librement inspirée de la Divine Comédie de Dante. A la différence des deux premiers spectacles, Inferno (dans la Cour d’honneur) et Purgatorio (au Parc des expositions), c’est une installation dans l’église des Célestins : une image.

Durée de l’image 3 minutes

Une pancarte nous indique d’ailleurs à l’entrée : "durée de l’image 3 minutes". Il est vrai que, ce laps de temps écoulé, on invite le petit groupe de 5 ou 6 spectateurs qui regardaient l’image ensemble à céder sa place à un autre… Castellucci se souvient encore de la terreur que lui a provoqué le livret. Il en parle comme d'une brûlure, d'une lumière vive, tout à la gloire de l'être suprême. En effet, la lecture du Paradis de Dante est beaucoup plus difficile que celle de l’Enfer ou du Purgatoire. "Je me souviens de l’avoir lu à voix haute comme le font les enfants. L’air y est pur et rare". Nous voilà donc à l’entrée de l’église des Célestins, où le metteur en scène italien présenta Hey girl ! l’année dernière. On entre dans le noir, un trou ouvre notre regard sur l’église. Dans cette image, on retrouve le cercle -œil du purgatoire- et le piano calciné de l’enfer. L’instrument baigne dans l’eau qui couvre toute l’église; un voile noir, drapeau ou aile, nous frappe l’œil; des sons grondent...
Pour regarder, il a fallu s'agenouiller... L’image est d’une grande et terrible beauté : la lumière est blanche, on devine les traces figées du feu sur l’instrument de musique, l’eau a envahi le sol. C’est l'image d’une beauté apocalyptique. Seule la durée nous semble étrange. Pourquoi trois minutes ? On pourrait quitter l’église plus vite ou, si la durée importe, rester beaucoup plus longtemps. On songe aux chansons d’une minute trente ou aux films d’une heure trente. Une durée de consommation. Le paradis est certainement plus long.



La lumière qui aveugle

"J’ai réfléchi, dans cet espace que je connais pour y avoir proposé Hey Girl ! en 2007, à la condition du spectateur, à son chemin par rapport à La Divine Comédie. C’est ma forme de fidélité à l’oeuvre, davantage qu’au texte lui-même. Le paradis est le lieu de la désincarnation. Les corps n’existent plus, il n’y a plus de visage, il n’y a que de la lumière qui aveugle. Et le parcours devient de plus en plus proche de l’intimité du spectateur. Pour moi, Paradiso est le chant le plus épouvantable, quand la lumière se fait danger, radioactive, une lumière impossible. C’est un combat lumière contre lumière, avec une forte impression de danger, et un éloignement douloureux entre les âmes et les corps, les âmes et le monde. Beaucoup de choses sont ici ressenties à travers le travail du son. Paradiso propose un monde paradoxal, répétitif, morne, comme une autre forme de condamnation, une autre exclusion de l’homme. Dans Inferno, l’homme était exclu des élus. Ici il est exclu du monde, condamné à errer dans un paradis qui lui apparaît comme un univers sans corps, sans visage, sans matière, un lieu de pure lumière et de sonorités sans limites, tout entier dévoué à la seule gloire du dieu créateur. Je voudrais donc considérer ce Paradiso à travers ce thème des exclus."


Paradiso de Romeo Castellucci, librement inspiré de La Divina Commedia de Dante. Église des Célestins. Jusqu’au 26 juillet entre 13 heures et 15h 30 et entre 16h 30 et 19 heures. Billetterie uniquement sur place : 3 euros.

Matthieu MEVEL

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