UN PUR MASSACRE On ne devrait même pas associer le nom de Fabrice Melquiot à ce spectacle, de peur que ceux qui le découvriraient avec Kids, Paroles d’enfants dans la guerre
ne se détournent à jamais de l’auteur dont la pièce Kids
est ici croisée avec des témoignages recueillis dans le livre de Zlata Filipovic Paroles d’enfants dans la guerre
. Intéressant, a priori, sauf que le spectacle que nous propose la Parlotte n’est jamais à la hauteur des attentes qu’il aurait pu susciter.
En pénétrant dans la salle, sur le mur du fond, on peut lire SARAJEVO tagué en couleurs sur du papier peint blanc. Sans doute une habile façon d’informer le public du lieu où se déroule l’action ? Sur la scène, jonchée ça et là de coussins, traîne un synthétiseur peint en blanc qui servira à jouer quelques intermèdes musicaux tandis que, tapis dans un coin, un guitariste et son ampli nous réservent quelques vieux accords…
Ces quelques éléments de scénographie découverts laissent augurer du pire. Promesses tenues. Dès les premières répliques, dans le public des têtes se retournent, les moues qui se lisent sur les visages laissent deviner le cheminement du questionnement intérieur : Où sommes-nous ? Est-ce la représentation de fin d’année du groupe d’option théâtre d’une classe de terminale ? Les jeunes comédiens sont censés interpréter une bande d’orphelins de guerre rassemblés par un même drame : la perte de leurs parents. Ensemble ils tenteront de survivre et leur unité permettra à chacun d’envisager un avenir meilleur après la guerre.
Un sujet a priori touchant sauf qu’à aucun moment, ni leur jeu, ni la scénographie ne permet à cette mise en scène peu subtile de passer pour autre chose qu’un « atelier théâtre». Un seul exemple : pour figurer un retour dans le passé ou un changement de lieu, une jeune fille de blanc vêtue et grossièrement maquillée (comme dans un vieux clip de Mylène Farmer) se contente d’apparaître et d’annoncer dans son microphone-casque « et le temps glisse en arrière…. ». A quoi bon faire preuve d’imagination quand on peut se payer un microphone-casque ? C’est ce qu’a dû se dire Philippe Lejour…
Copie à revoir «
Et le temps glisse en arrière… » Ah quel petit veinard ce temps ! Comme on aimerait bien l’imiter, se glisser hors de cette salle, revenir en arrière et n’y être jamais rentré pour ne pas avoir perdu le nôtre. « Et le temps glisse en avant… » C’est ça ! Oui, qu’il glisse vite, très vite, qu’on en finisse et qu’on en parle plus si ce n’est pour avertir l’assistance de ce qui l’attend. Voilà ce que l’on se dit tout le temps que dure le supplice. S’il est vrai que les ennemis de nos ennemis sont nos amis, exhortez donc tous ceux qui vous ennuient à aller voir cette mise en scène que votre ami Philippe ferait mieux de revoir avant la prochaine représentation.
Idrissa SIBAILLY
Kids, Paroles d’enfants dans la guerre
La parlotte
Espace Saint Martial du 21 juillet au 1er août
8 rue Pétramale
Réservations: 04 90 25 96 05
Texte :
Fabrice Melquiot pour Kids
Zlata Filipovic pour Paroles d’enfants dans la guerre.
Mise en scène : Philippe Lejour
Avec Maxime Collin, Léaud Le Bacq, Lucie BIN, Lucile Cracco, Mélanie Itoumaine, Charlotte Poillion, Manon Czermak, Agathe Magy, Juliette Lejour, Joël Le Bacq
Guitare : Joël Le Bacq
Réactions du public : « Pour des jeunes amateurs, c’est beau d’être à Avignon. »
Aurore, 40 ans
« Le remboursement doit être fait avec des excuses, c’est un massacre total. »
Raïssa, professionnel du théâtre