C’EST RICHARD QU’ON ASSASSINE !
Une mise en scène placée en vedette sur le plateau et une histoire plus hachée que condensée. Le Richard III de Peter Verhelst poignarde celui de Shakespeare. Et ne convainc pas. Sous la plume de Shakespeare, « Richard III » est le dernier volet d’un triptyque théâtral se basant sur des faits historiques (la guerre des Deux-Roses) et qui s’achève avec un changement de dynastie, les Plantagenêt cédant le trône aux Tudor. Richard III, être laid et difforme, prenant sa revanche sur la vie par une conquête, aussi inutile que sanglante, du pouvoir.

L’immensément libre adaptation qu’en fait Peter Verhelst nous conduit en un temps incertain, dont la modernité est soulignée, peut-être à outrance, par le décor (des arches de toile rouges tendues entre les murs du cloître), les costumes (trois-pièces version disco flashy pour Richard III), les grincements de guitares électriques. Sans doute, la création est belle. Esthétiquement parlant. Sans doute aussi, est-ce bien joué. Mais ni l’esthétique, tant visuelle que sonore, ni le jeu des comédiens ne suffisent à faire oublier une mise en scène quasi aveuglante tant elle est évidente. Guindée, hermétique. Complaisante aussi.
Actes gratuits Exit les difformités de Richard, joué tel un bellâtre de cinéma dans son complet de satin. Un visage avenant, sans doute pour mieux dénoncer les hypocrisies des actuelles conquêtes du pouvoir, aussi bien politiques qu’économiques. Si tant est que ces sphères soient encore séparées. Soit. Mais pourquoi nous en faire une peinture qui hésite entre farce et ridicule ? Pourquoi dénuder la Reine Anne ? Une nudité stérile, acte gratuit de l’esthétique pour l’esthétique.
On regrette enfin le texte. Non que Verhelst écrive mal. Mais en voulant condenser l’histoire originale, on nous livre des successions de scènes, rapides, qui rendent l’ensemble finalement plus haché que véritablement concentré. L’idée d’une voix off pour rapporter toutes les scènes qui se passent en dehors du palais est ingénieuse, mais la relative lenteur et surtout la linéarité de la narration est lassante.
Dans le public, quelques uns somnolent. Quelques courageux (?) quittent le cloître en cours de représentation. Et au moment du salut, entre les applaudissements mous de certains, d’autres s’extasient. Le snobisme intellectuel a encore de beaux jours devant lui.
Karine PROST
www.ruedutheatre.info
Richard III, de Peter Verhelst
Mise en scène : Ludovic Lagarde.
Avec Suzanne Aubert, Pierre Baux, Anne Bellec, Francesca Bracchino, Geoffrey Carey, Antoine Herniotte, Camille Panonacle, Laurent Poitrenaux, Samuel Réhault et Christele Tual.
Cloître des Carmes. Jusqu'au 26 juillet, à 22 heures. Durée : 1 h 30.
Tournée en France d'octobre 2007 à février 2008.
Credit photo © Ch. Raynaud de Lage