L'AFRIQUE AU COEUR ET AUX TRIPES
Richard Demarcy est un auteur et metteur en scène prolifique dont l'oeuvre explore depuis plus de trente ans bien des aspects parmi les plus représentatifs, les plus parlants, de l'état du monde d'aujourd'hui. Avec Vies courtes, c'est l'Afrique urbaine postcoloniale et la vision que peuvent avoir les Africains des relations plus que troubles de leur continent avec les néo-colonisateurs comme avec l'Occident tout entier. Deux adolescents sont morts, l'un, tué par un policier dans une manifestation, l'autre de froid dans le train d'atterrissage d'un avion en partance pour l'Europe. Ils se rencontrent post -mortem et vont chercher à découvrir comment tout cela est arrivé... Tonique et bouleversant...

Tout au long d'une sorte de tragi-comédie musicale très colorée, ponctuée de chants africains, de danses, dans cette relation permanente entre le visible et l'invisible entretenue par les deux adolescents, on assiste à une foultitude de scènes très contrastées, tour à tour bouleversantes ou drôles, sinistres ou loufoques, qui se déroulent en des lieux très différents, y compris et d'abord l'intérieur d'un avion en plein ciel, avec de nombreux personnages souvent truculents et hauts en couleurs, mais qui nous donnent surtout à voir l'état de l'Afrique urbaine d'aujourd'hui : camps de vacances pour occidentaux rupins, tourisme sexuel, road movies plus ou moins improvisés vers d'incertaines tractations ou corruption, « guerre des trottoirs », misère et révoltes populaires contre ces arrangements à l'éthique plus que douteuse, etc.
Constituée d'artistes – neuf ici sur le plateau - venus de nombreux pays et de trois continents (Afrique, Amérique du Nord, Europe), le Naïf Théâtre qui interprète ces
Vies Courtes est très cosmopolite. Son spectacle n'en est pas pour autant moins dense ni moins porteur de significations et d'émotions essentielles. En témoigne avec toute la force possible ce bouleversant choeur final qui nous prend au coeur et aux tripes... Une oeuvre plus que nécessaire, décidément.
Henri LÉPINE
www.ruedutheatre.info
La Manufacture, rue des Ecoles, jusqu'au 25 juillet à 20h45.