Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Elles sont là toutes deux chaque soir à 21h30, en tenue adéquate, assises jambes croisées à bas résille sur de hauts tabourets devant le zinc des Trois Pilats, dans la pénombre et lattente du micheton. Lorsque les projos sallument sur elles, elles aussi sont là pour nous allumer. Avec tout dabord, « Cest à Hambourg
», lun des plus gros tubes de la môme Piaf. Suivront dautres classiques de la chanson bitumeuse, mais aussi des inédits dont je vous laisse la surprise.
Ce spectacle de cabaret théâtral sur la vie mouvementée des fleurs de trottoirs vue à travers le théâtre, le cinéma et la chanson réunit deux chanteuses comédiennes mais aussi danseuses. Claire Faurot, piquante brunette aux yeux et au sourire ravageurs, a conçu et réalisé le spectacle. Et sa copine de turbin, Stéphanie Mathieu, une belle blonde quelque peu évanescente. Toutes deux forment un duo chantant et dansant parfaitement rodé. Sur des arrangements musicaux de Ronan Maillard, une création lumière de Jeff Havart, qui met en valeur les costumes très réussis de Corinne Granjean, elles nous tiennent en haleine, allant jusquà racoler gentiment des spectateurs du premier rang : lintimité du lieu, la grande promiscuité du public avec le spectacle autorisent sans ambages daussi affriolantes propositions.
Entre deux chansons, elles nous servent des textes dauteurs sur le sujet à lordre du jour : Obaldia, Aristide Bruant, Jean-Paul Sartre, Henri Jeanson
Cest souvent très drôle, mais cela peut être aussi parfois très triste et même révoltant à la fin. Quy a-t-il, en effet, au départ de telles vies trop souvent prétextes à la gaudriole ? Excès de confiance et de sentimentalité jusquà la naïveté. Soumission aux chantages. Menaces des mâles exploiteurs de chair humaine cest le plus vieux métier du monde, mais surtout la première forme dexploitation de lêtre humain par son semblable - qui ne sortent assurément pas grandis dun tel étalage de turpitudes de leur part.
Le caractère paradoxal de ce spectacle, par ailleurs tout à fait divertissant, cest de déboulonner tous les clichés archiconnus sur les prétendues « filles de joie », ainsi désignées par « ces vaches de bourgeois » dont parle Georges Brassens. À ne pas manquer donc, mais vu lexiguïté du lieu et le succès actuel, il est prudent de réserver.