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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Zéphira. Les pieds dans la poussière.

DU DÉSIR AU DÉSESPOIR

Zéphira était une jeune femme africaine qui, un jour, décida de quitter son village pour aller vivre dans une grande métropole européenne. Dans la clandestinité… Elle tombe amoureuse d’un homme de son pays, devient mère, mais toujours sans papiers, se trouve anéantie lorsque l’homme la quitte. Elle tue ses enfants… Cette histoire d’une moderne Médée est inspirée d’un fait divers authentique. Virginie Thirion s’en est inspirée pour nous donner ici un texte puissant et magnifique : « Zéphira. Les pieds dans la poussière ».
Trois comédiennes – Evelyne Guimarra, Catherine Tartarin et Marie Walrafen – rendent vie et parole, à leur manière, à Zéphira : trois femmes blanches donnent ainsi un témoignage de reconnaissance à une jeune femme africaine, prenant ainsi à leur compte sa parole étrangère, à la fois autre et pourtant si proche. Derrière elles, un musicien africain (Mamadou Compaoré) évoque, au son du djembé, le village natal de Zéphira puis aux bruits d’une grande ville européenne.
On est frappé tout d’abord par la force et la beauté du texte de Virginie Thirion, par les qualités de voix et d’expression des trois comédiennes, enfin par la mise en scène à la fois sobre et colorée de Régine Achille-Fould. Ces trois éléments réunis en parfaite harmonie forment un ensemble et un spectacle dont la portée donne une valeur plus qu’emblématique à l’histoire de Zéphira. En effet, bien au-delà de la tragédie vécue par cette jeune femme, c’est toute l’histoire des relations d’une Afrique en train de mourir avec un Occident pétrifié dans ses valeurs judéochrétiennes qui est évoquée ici. Ce sont aussi les rapports de l’être humain avec les forces essentielles qui sont en lui-même et doivent guider sa vie, et particulièrement le désir. C’est aussi et enfin – et peut-être surtout – les relations avec la nature et la terre, notre mère à tous…
Chaque jour, à midi, sur le plateau du théâtre de la Manufacture, trois belles comédiennes font retentir et se déployer une parole nécessaire au sein de laquelle vie et poésie se confondent. Il ne faut pas manquer de répondre à cet appel.

Henri Lépine
La Manufacture, 2, rue des Écoles. Tous les jours à 12h15 jusqu’au 27 juillet.
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