DE L’ÉLECTRICITÉ DANS LES AIRES Parmi les productions expérimentales de la jeune création française présentées à l’occasion de l’annuel mini-festival « Labomatic » de la Rose des Vents, le spectacle La Ménagerie d’Arnaud Anckaert, formé à Bruxelles, tente de théâtraliser les tensions qui surgissent dans l’aire familiale. En guise de fond de scène, une douzaine d’écrans de taille et de hauteur différentes, regroupés comme pour une photo familiale. Y seront projetés des clichés, des textes, des fragments de films, des transmissions en direct ou en différé des actions des comédiens. Côté jardin, la régie, un musicien derrière son clavier, un écran replié, une caméra et un rétroprojecteur. Celui-ci servira à mettre des sous-titres, à cadrer le visage des interprètes venus faire identifier leur personnage. Côté cour des éléments de cuisine dont un four micro-ondes. Baladeuses, une table et des chaises joueront à géométrie variable sur le plateau.
La Ménagerie, c’est la famille. Avec un minimum de texte, avec un maximum de signes physiques, d’actions réelles ou stylisées de manière répétitive à la façon de Pina Baush ou de Vandekeybus, les protagonistes tissent les réseaux des relations entre enfants et parents, entre sœurs et frères.
Besoin d’amour et de tendresse, ennui des réactions trop prévisibles, rejet des uns par les autres, alliances des uns contre les autres, absence du père constituent la trame.
Le chaos des tensions internes Les séquences se succèdent sur un rythme saccadé. Elles sont entrecoupées de ruptures sous forme de commentaires écrits, de poses figées, de saisies photographiques, d’une intervention du metteur en scène, d’insertions musicales en direct. Elles reprennent, se cassent et repartent à l’assaut de l’espace scénique. L’anecdotique devient l’essentiel, le révélateur des éléments cachés sous la surface policée des accointances entre les êtres, des manières conditionnées.
Les rituels délimitent une topologie relationnelle mouvante. Ils contiennent les violences exacerbées prêtes à resurgir au moindre dérapage verbal ou gestuel. La salle, plongée seulement par intermittence dans l’obscurité, est en position de témoins, de scrutateurs. Elle est sensée retrouver ses questionnements à travers ceux des membres de la mini-tribu.
Le temps divague. Il se distend comme le plateau autour du noyau affectif constitué par la table des repas. Des fragments se complètent. Parfois semblent se contredire.
C’est un chaos organisé pour traduire le malaise des gens, leur difficulté à s’entendre, à se supporter, à s’aimer. Il est ponctué de citations évoquant notamment l’antipsychiatrie des années 70.
L’équipe est totalement complice. Roland Depauw, Capucine Lange, Patricia Peklezian, Maxence Vandevaelde habitent une mise en scène qui fait mine d’être désinvolte et brouillonne, alors qu’elle est chorégraphiée, agencée, à peine perturbée par l’aléatoire de détails incontrôlables.
Michel VOITURIER (Lille)
La MénagerieTexte : emprunté à des sources diverses
Mise en scène : Arnaud Anckaert
Distribution : Roland Depauw, Capucine Lange, Patricia Peklezian, Maxence Vandevaelde Chorégraphie : Marie Letellier
Vidéo : Juliette Galarmez
Lumières : Olivier Floury
Musique : Maxence Vandevaelde
Production : Théâtre du Prisme - 12 avenue Jean-Baptiste Lebas, 59650 Villeneuve