QUAND L'AFRIQUE DÉAMBULEKoteba signifie en pays Bambara « grand escargot » et désigne la façon dont hommes et femmes entrent dans une danse dont le mouvement est celui d’une spirale. Et Koteba entre dans cette symbolique du mouvement permanent de la vie et de l’impermanence des choses. Koteba c’est pour l’heure le nom de la déambulation du Printemps des comédiens imaginée par Daniel Bedos pour cette saison. Une déambulation qui n’a d’a d’égalE que la beauté du site où elle prend vie. Et de surcroît chargée de sens. A lui seul, ce spectacle déambulatoire est un voyage. Celui d’un autre langage qui a traversé les âges. C’est celui des peuples Touareg ou Dogons du Mali, des Aourindes du Niger, aux chants desquels viennent se joindre des jeux de rôles où la symbolique croise les traditions les plus anciennes.

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Les marionnettes de Yaga Coulibaly, grandeur nature sont toutes construites de bois, de tissus et de raphia et se fondent dans les jardins du domaine d’O comme dans leur milieu naturel. Les danseurs Saguedi ou les acrobates de Kati-Faladie, tous originaires du Mali ont une adresse et une souplesse dignes des plus racés félins. Du premier coup, l’œil est conquis.
Des couleurs locales Mais au demeurant, tout débute par une dispute entre plusieurs femmes et un homme. La couleur s’annonce d’emblée locale. C’est l’Afrique à portée du regard, celle qu’on connaît, que l’on imagine ou que l’on connaîtra bientôt. Puis, le public prend le chemin du petit bois où rodent des âmes menaçantes. Là, des hommes animaux imitent les bruits ou grognements de leur totem. D’autres encore marchent au loin, comme de grands oiseaux, plantés sur des échasses pour éloigner la mort. Après les chants du désert, la danse des masques accompagne des rituels rythmés. Car l’ordre du monde se lit dans ces faciès de bois sculptés et colorés. S’ensuivra la danse du lion, sénégalaise d’origine, qui a su retenir le public en haleine.
Ce parcours confit de légendes, initiatiques ou symboliques, est extrêmement chargé de sens. Messages codés ou formules rituelles apparaissent comme un langage à part entière. Les chants, illustrés de danses, sont magnifiquement portés comme une seconde peau par des êtres poudrés de khôl noir, d’ocres, de blanc et de terre. Un maquillage qui rejoint le mythe, les ancêtres et la vie pour incarner parfois de vraies luttes politiques que seul un sage peut déceler. Quant aux costumes, ils ne font qu’un avec l’enveloppe charnelle. Ils dévoilent une fusion avec l’être. De la brièveté et des luttes de la vie, de la transmission et des origines de ses peuples, il n’est rien besoin de dire. Tout est visiblement là. Debout. Et avec quelle énergie !
Christelle ZAMORA (Montpellier)
Vu au cours du Printemps des Comédiens
Du 1er au 24 juin au parc du Domaine d’O
Imaginé et mis en scène par Daniel Bedos
Scénographie de Dominique Doré
Avec la collaboration Gatta Ba-Catherine et Jean-Jacques Bordier-ONG Aourinde
Et le groupe Touareg Tilwat-Astor (Mali), Les Aourinde-Peuls Woodaabe (Niger), Les Dogons (Mali), Les Sim ou Jeu de faux lion (Sénégal), Les Marionnettes de Yaya Coulibaly (Mali), Les danseurs Seguedji (Mali), Les acrobates de Kati-Faladié (Mali).