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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Histoires de famille (Montpellier)

TENTATIVE DE RECONSTRUCTION

Il ne s’agit pas de la Serbie actuelle, mais elle est terriblement noire cette histoire d’un pays démoli. A reconstruire. Pour le dire, Jean Claude Fall a mis en scène Histoires de famille, de Biljana Srbljanovic, un auteur née à Belgrade et qui a déclaré lorsqu’elle a reçu le prix Ernst Toller : « Je suis un être humain dont on a volé l’identité ».

Dans une suite de décombres chaotiques, Histoires de famille est la transcription réaliste d’un pays affligé, une caravane fait office de maison et une benne à ordure remplie de journaux s’offre au regard comme une boite à idées abandonnée. D’autres papiers journaux sont froissés à terre, comme des opinions refoulées, éliminées. L’endroit est sordide et sale. Quelque chose de commun aux pays de l’Est expire dans ce désert, un no man’s land entouré de grillage qui génère une atmosphère lourdement chargée de vécu.
 
Ruines

Là, siègent en permanence la perte des repères idéologiques, philosophiques, économiques, elle se diffuse dans les familles comme une menace rongeant les relations positives que les enfants sont en droit d’attendre de leurs parents. Pour transcrire ce malaise, un bac à sable et quatre personnages jouent à des jeux d’enfants avec des histoires de grands. Des jeux cruels et violents défilent alors, avec pour seule issue, la mort des géniteurs. Une mise à mort symbolique perçue comme une nécessité vitale. Une violence dérangeante et douloureuse. Des voix hurlent, d’autres sont éteintes et le spectateur subit cet incessant bouillonnement de haine comme autant de rêves déportés sur le tableau noir de l’histoire des déchirements.

Humour très acerbe

Les claques, les coups et les pulsions meurtrières fusent de toute part. Presque amusant pour certains spectateurs, d’autres tout de même sont troublés et n’osent rire. Il faut dire que l’humour excelle dans le noir caustique. La pièce est d’autant plus sombre que rien ne laisse présager ici l’espoir d’une reconstruction. La famille ainsi disloquée renvoie l’image d’une société dépressive. Peut-être le départ du fils à la fin de la pièce laisse-t-il présager une lueur. Tyrannique, ce fils joue sans cesse à désobéir. Et c’est pourtant en lui que dorment tous les espoirs de rebâtir mais il semble toujours happé par des pulsions de destruction, d’anéantissement et de fuite. Est-il vraiment possible d’interpréter ces comportements comme des bouées de survie ?

Entre les scènes, la musique tsigane rappelle l’univers cinématographique de Émir Kusturica et des fanfares qui ponctuent ses films. Les comédiens se démènent, mais la pièce, si elle a été longuement ovationnée, semble n’intéresser que trop peu le public.

ChristelleZAMORA (Montpellier)

Histoires de famille
Texte de Biljana Srbljanovic,
Mise en scène J-C Fall
Avec Roxane Borgna, Fany Rudelle, Luc Sabot et Dominique Ratonnat.

Une création Octobre 2005 dans le cadre du Festival Oktobre des écritures contemporaines à Montpellier. Du 13 au 24 mars 2007 au Théâtre de Grammont.
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C
J'avais vu cette pièce très forte cet été à Avignon avec une troupe roumaine, ce qui ajoutait encore en émotion. C'est une belle écriture européenne et qui a la violence des idées. J'ai beaucoup aimé.
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