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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Parole, parole

BEAUTIFUL SERENA

Le spectacle ne pouvait porter titre plus approprié que Parole, parole. La très attachante Italienne, starisée par l’émission de télé réalité Nice People qu’elle remporta, il y a deux ans, déploie des trésors d’énergie dans ces récits de femmes de Dario Fo, qui tissent une histoire entière et débouchent sur un monologue social, rythmé, tendre et drôle.

 

Les premières saynètes capitalisent sur la personnalité exubérante et mutine en diable de Serena, femme-enfant dans ses souliers roses et sa robe aux pâquerettes multicolores ; elle exhibe la vitalité gesticulatrice d’un de Funès et la plasticité expressive d’un Fernandel. Ni matrone castratrice, ni icône sulfureuse, l’Italienne nous fait découvrir peu à peu ses talents de conteuse – à noter la remarquable historiette avec le nain au pipi phosphorescent et la poupée belliqueuse. Mais ne vous y trompez pas, derrière la faconde et le ton badin, le propos est sérieux. Serena incarne une femme cassée, qui oublie son corps de femme, ceinturée par une société peu soucieuse de l’émancipation féminine. Elle va peu à peu sortir d’elle-même, découvrir qu’elle peut avoir des joies, des envies, des rêves, cadenassés par le mâle, dont la main invisible est toujours présente au-dessus de son corps, prête à s’abattre comme un glaive.
Pour Serena, il s’agit de « prendre une position, pas sur l’homme ou sur la femme, mais sur la société, confrontée à ses peurs et à ses limites, et qui ne donne pas un cadre à la condition de la femme ». Si le propos peut être parfois stéréotypé, l’actualité le rattrape. La violence conjugale et la conception de la femme-objet qui doit aux yeux des hommes être « toujours prête à l’usage », cela ne vous rappelle rien ? Suffit-il d’ouvrir les yeux pour inverser la manipulation ?

Vous l’avez compris, quand d’aucuns goûtent les plaisirs capiteux et fallacieux de la médiatisation parisienne, s’y fourvoient, s’y noient, dénués d’amour-propre, offrant sur les ondes le spectacle de leur médiocrité et de leur inculture, Serena, diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Bologne, en a dans la caboche et dans le cœur. Elle fuit le système, non qu’elle éprouve le besoin de prouver des choses à elle-même ou quiconque, elle admet juste l’épisode de la notoriété comme une parenthèse désormais refermée dans son parcours artistique. Venue se confronter à Avignon « pour repartir de zéro et acquérir de l’épaisseur », elle tient le crachoir, seule sur scène. Ce qu’elle exprime avc concision d' « acte de folie ».
L’Italienne au charisme fou, que l’on apercevra dans le retour des Bronzés au cinéma, nous promet son retour prochain sur scène pour Le plaisir de Crébillon – et le nôtre - , une pièce libertine du 18e siècle, en langue d’époque. Celle qui s’imagine volontiers en Arlequin, « pour son côté casse-pieds », voue également un culte au théâtre de Tchekov, car « sous chaque personnage, existe une morale, une psychologie et une vie qu’on peut réinventer, donnant ainsi de l’espace à l’imaginaire. » En sortant du spectacle, je pense au très grand Louis Jouvet :« il faut mettre un peu de comédie dans la vie et un peu de vie dans la comédie. » Nice people n’est plus qu’un vague, un très vague souvenir, sous nos yeux, la comédienne s’est révélée… Beautiful Serena

 


Parole parole
Mise en scène : Christophe Correia
D’après « Récits de femmes » de Dario Fo et Franca Rame
Décor : Patrick Farru
Avec : Serena Reinaldi
Théâtre La Luna
Tél. 04 90 86 96 28
Jusqu’au 30 juillet
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