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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Derniers remords avant l'oubli (Montpellier)

LIQUIDER LE PASSÉ

C’était le temps où l'on était content, heureux de vivre, avec nos illusions notre vie de bohème, de vivre cette vie à trois comme une promesse. C’était le temps de nos vingt ans. On s’était acheté une maisonnette à la campagne pour rien du tout… Et voilà que pour avoir pris vingt ans de plus, les trois propriétaires de la maison de campagne, deux hommes et une femme qui se sont aimés, se revoient pour décider de vendre ce vestige du passé ou ce témoin gênant.

L’humour quelque peu provocateur de Jean Luc Lagarce (1957-1995), auteur dont on vient de célébrer le cinquantenaire de la naissance, et sa façon si particulière de dicter la phrase donnent à cette pièce un rythme tout à fait singulier mais inévitablement attachant. Des aléas familiaux, aucuns ne sont laissés au hasard et de la place de la femme, tout est dit. La première femme, l’amante, la douce, celle qui fait semblant d’y croire et celle qui lui succède, la seconde, celle qui remplace, brise le rêve, tente de faire mieux. Des enfants et de la transmission, rien n’est oublié : pas même cette succession que l’on destine aux héritiers d’un autre.

Luc Sabot, le metteur en scène, s’est appliqué à organiser la pièce autour des émotions de chacun, dans la plus stricte sobriété, au cœur de ce sentiment d’oubli lié à une séparation déjà consumée mais que l’on cherche à vérifier comme pour se donner raison de l’avoir choisie.
 
Ambiance pesante

Le temps compte double. La parole se heurte à un autre que l’on ne connaît plus et vient se briser en éclat. La question si délicate de l’argent et de la liquidation d’un passé idéaliste perce comme une évidence, tandis que le crissement même des pas sur le sol caillouteux de la cour semble vouloir rompre l’équilibre des personnages. Le sol de la maison ne sera pas foulé une seule fois comme s’il se trouvait gardé par une présence inconnue, un fantôme. Qui sait ? Peut-être y retrouverait-on un souvenir qui pourrait trahir une larme, un regret, un geste de remords ?

Toutes ces questions se présentent au spectateur dans une implacable simplicité et sans détour. C’est finalement la fuite qui animera le jeu final des acteurs, tous remarquablement dans leur rôle, sans fioriture. Un homme et une femme qui se sont aimés repartent avec leur vie refaite ou recomposée, pour l’une, son nouveau compagnon, et pour l’autre, sa nouvelle femme, jadis ils s’étaient mariés, laissant derrière eux celui qui occupe toujours la maison, seul. Une solitude qu’ils semblent se reprocher à eux-mêmes, qui les bouleversent jusqu’à l’insoutenable, jusqu’au départ sans concession et qui les concerne encore. L’autre, celui qui reste, réside en maître.

Si, la pièce a déjà été présentée par Luc Sabot au cours du Festival Oktobre il y a un peu plus d’un an, elle reste bouleversante de vérité.

Christelle ZAMORA (Montpellier)

Derniers remords avant l'oubli
Une pièce de Jean Luc Lagarce, mise en scène par Luc Sabot.
Au théâtre de Grammont
Du 27 février au 3 mars Tel : 04.67.99.25.00 
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M
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