Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

Publicité

Victor ou les enfants au pouvoir (Tours)

LES 400 COUPS D'UN ENFANT TERRIBLE

Succès de fait pour le Centre Dramatique Régional (CDR) de Tours avec Victor ou les enfants au pouvoir. Une création de qualité qui met en opposition clarté des apparences et noirceurs des âmes, rires et effrois. Mais qui laisse pourtant un arrière goût d’inabouti…

Ce soir, Victor fête ses neufs ans. Du haut de son mètre quatre-vingt-un et de son vécu d’enfant modèle, Victor va être le roi de la fête. Et mener la danse tout au long de la nuit. Car ce soir, Victor a décidé de changer l’ordre des choses. Les passer dans la moulinette de sa terrible intelligence pour les resservir en amuse-bouche, plat principal et dessert. Pour trinquer au vitriol à la santé de ses proches. Balancer bien soigneusement deux trois coups de pieds dans la fourmilière. Histoire de voir ce qu’il s’y passe. Histoire de lever le voile de la bienséance bourgeoise et des habitudes. Et montrer crûment les choses telles qu’elles sont. Pour dénoncer, pour rire. Et mieux désespérer.
 Photo © DR

Rite de passage par excellence, les fêtes d’anniversaire célèbrent la fin d’un état et le début d’un autre. Et si la ferveur de la fête donne souvent la primeur à la porte qui s’ouvre pour masquer celle qui se ferme, l’anniversaire marque toujours la rupture. C’est autour de cette idée de rupture que se construit le spectacle. Une rupture assez habilement mise en espace, avec l’utilisation de l’arrière- scène représentant à la fois le jardin et la dimension onirique de la pièce. Rupture aussi entre la blanche apparence du décor et la noirceur des sentiments. Entre la légèreté du piano (joué sur scène) et la froideur des lumières. Entre la supposée naïve candeur de l’enfance et le machiavélisme affiché de Victor. Entre le texte enfin et le jeu des comédiens, oscillant entre burlesque et tragédie.

En quête de rupture

Ces ruptures, qui jalonnent donc la pièce, conduisent les personnages au bord des gouffres de la folie et les ramènent dans le cadre rassurant des usages mondains. Pour mieux les faire basculer dans les affres du désespoir. Le tout dans la joyeuse agitation du rire. Car le but est bien ici de rire. Rire des prétentions, de l’adultère, de l’inceste, de la folie, du patriotisme. Mais rire aussi de l’échec – échecs éducatifs, amoureux, filiaux et sociaux – pour le rendre plus pitoyable. Plus miséreux. Profondément humain.

Sans doute, le propos est-il daté. Ecrite en 1928, la pièce met en scène des relations sociales bourgeoises qui ne sont plus vraiment de mise aujourd’hui. Mais le message de Vitrac garde pourtant toute sa pertinence. Sur l’enfant roi. L’enfant clairvoyant, l’enfant manipulateur. L’enfant grandi trop vite. Sur les apparences trop lisses qui cachent des vérités houleuses. Sur les mensonges confortables et les certitudes bancales. Sur l’envie de tout envoyer paître parfois. Loin des conventions. Et sur la fonction à la fois salvatrice et destructrice du rire. D’autant que l’aura surréaliste de la pièce lui rend accessible toutes les époques. Et que la mise en scène accentue le côté irréel des choses.

Petit goût d'inabouti

La première demi-heure de représentation peine pourtant à trouver les grâces du public. Il faut attendre l’entrée en scène d’Antoine Magneau (magistralement interprété par Samuel Bodin) pour que l’ensemble décolle vraiment. Envolée absurde et grisante qui entraîne l’intrigue dans un tourbillon jubilatoire. Mais un tourbillon qui s’affaiblit parfois, la mise en scène semblant par endroits inégale. Ici encore, l’effet recherché est vraisemblablement la rupture. Mais on ne la trouve pas vraiment. Car si les envolées délirantes sont fort adroitement conduites, les passages posés manquent de consistance. Ni complètement normalisés, ni tout à fait caricaturaux. Un peu comme si Bouillon n’avait pas su trancher entre deux tendances. Et c’est dommage.
Une hésitation que l’on retrouve également dans le décor, au demeurant fort beau. Mais qui aurait porté plus loin le surréalisme en gagnant en épure. En évoquant plus qu’en montrant. En faisant disparaître l’objet fonctionnel (qu’il soit chaise, cadeau, poste de télévision, vivier ou coiffeuse) au profit d’un ressenti plus fugace et plus porteur.

Bien sûr, la pièce n’en est encore qu’à ses balbutiements et tout n’a pas encore trouvé sa place. Bien sûr, la création est risquée et les soirs de premières ne peuvent pas offrir un spectacle mature. Bien sûr aussi, les comédiens portent la pièce avec brio. Mais au final subsiste une impression d’inabouti. Une frustration liée à cette idée tenace que la création aurait pu tenir du grandiose. Et qu’elle ne fait que flirter avec...

Karine PROST (Tours)

Victor ou les enfants au pouvoir,
de Roger Vitrac, mise en scène de Gilles Bouillon
Avec : Alice Benoit, Mathilde Martineau, Aurélia Poirier, Hélène Stadnicki, Julie Timmerman, Samuel Bodin, Bertrand Fieret, Gaëtan Guérin, Christophe Reymond et Alain Bruel

Centre Dramatique Régional de Tours, Nouvel Olympia, 7 rue Lucé – Tours – 02.47.64.50.50
Du 12 janvier au 03 février à 20h30 sauf les mercredi et jeudi à 19 h. relâche les dimanche et lundi.

Théâtre de Chatillon (Paris) du 9 au 24 mars - tous les soirs à 20h30 sauf le jeudi 15 à 19h.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
B
J'ai fait une erreur : les daes de représentations de Victor ou les enfants au pouvoir AU THÉÂTRE À CHÂTILLON sont du 9 au 24 mars à 20h30. Relâches les dimanches et mercredis.
Répondre
A
Bonjour,<br /> je me permet de vous contacter, car je travaille au théâtre de châtillon et j'ai pu constater quelques erreurs sur les dates de représentations de "Victor ou les enfants au pouvoir" chez nous. Les dates sont : <br /> Du 5 au 24 mars à 20h30. Relâches les dimanches et mercredis
Répondre