"Le Public ? Un théâtre pour le public." Au départ, ce fut une devise. Et une innovation. Douze années plus tard, on a oublié la notion de théâtre indépendant au sens strict mais retenu la profession de foi… en l'avenir, de Patricia Ide et Michel Kacelenboggen, deux acteurs et metteurs en scène qui voulaient concrétiser leur rêve en même temps que "répondre au désir de fête et au besoin de culture du public le plus large". Oubliée l'époque des "patrons" inamovibles de "théâtres royaux" et idem pour celle des uniques théâtres "conventionnés", le temps était – et est encore – aux audacieux qui dans des lieux, des quartiers, dits "improbables","défavorisés" ou "excentrés" mènent des entreprises à succès.

Avec ses trois salles, la salle
"Le Public" accueille quant à lui une moyenne de 100.000 spectateurs annuels dans ce qui était au départ d'anciennes brasseries et depuis 1994, le nombre de ces "entrepreneurs dynamiques" n'a cessé d'augmenter, à Bruxelles comme dans d'autres villes. Il faut souligner que tous ces "nouveaux lieux théâtraux" - dernièrement encore
l'Arrière-Scène, le ZUT, l'Atelier 210… - ne choisissent nullement la facilité. Ignorant la fameuse devise : "je vends du temps de cerveau disponible…" (ndlr, prononcée par P. Le Lay, patron de la chaîne française TF1), ils proposent une programmation souriante ou "qui élève l'esprit", des créations ou des succès confirmés, mais toujours avec exigeance et qualité.
Sans parler des Centres Culturels qui, outre le fait qu'ils pratiquent des accueils, résidences d'artistes et partenariats divers, osent eux aussi, des créations chaque saison.
"Bord de mer" de Véronique Olmi avec Magali Pinglaut dans la Grande Salle
A l'affiche "Bord de mer" ou un bel exemple parmi d'autres de la proximité des collaborations entre tous les acteurs au sens large de ce théâtre (sis dans une commune dite "défavorisée" de Bruxelles : Saint-Josse-ten-Noode…) Encore un "seulenescène" direz-vous ? Pleinement justifié, parfaitement approprié, ici. Comme pour "A part la nuit, je suis normal"*, avec "Bord de mer", c'est l'être humain, bien seul sur la grande scène de la vie qui est au centre du drame. Et la mort aussi. Pas de "Dame rose" et ses bons sentiments mais une petite dame grise, comme une île ravagée, en perdition au milieu de nulle part, une mère qualifiée par les psy de "borderline", au bord de la mer. Symboles, symboles…paroles, paroles… pour dire ce qui ne se dit pas, ce qui ne se fait pas.

De
Véronique Olmi, "Le Public" avait déjà fait connaître "Chaos Debout" et plus récemment "Mathilde", mais le projet de monter "Bord de mer" est venu d'un coup de cœur de deux femmes : Patricia Ide et Magali Pinglaut pour le texte d'une troisième, que met en scène un homme cependant, Michel Kacelenboggen, parce que, dit-il :
"dès la fin de ma lecture, je savais que je devais faire entendre ce texte, formidable écriture qui tente d'inventer la langue d'une désertée, ses mots, en réponse au silence du monde ?". Tout de même… ne peut-on croire que les spectatrices sauront mieux se diriger dans les méandres du cœur maternel, admettre ses contradictions, comprendre l'inexcusable ? Car il s'agit d'un fait-divers sordide, atroce. Véronique Olmi a su en faire, non pas une tragédie grecque, mais un témoignage terrible de justesse, dont Magali Pinglaut (appréciée au théâtre comme au cinéma), porte tout le poids, sans pathos, à la fois si proche par son ton familier, vrai, de confidence, et si lointaine sur ce grand plateau (très belle scénographie de Vincent Lemaire). Sobriété extrême du jeu, grand dépouillement du plateau, pour suggérer l'espace immense à la fois attirant et angoissant pour cette femme paumée, cette mère condamnable mais déchirée, démunie.
Suzane VANINA (Bruxelles)
Crédits Photos : Direction du Théâtre Le Public © Cassandre Sturbois
Magali Pinglaut © Alice Piemme
Véronique Olmi © DR
Sites évoqués dans l'article :
"La Flûte Enchantée" tout ce mois de janvier –
www.lafluteenchantée.be Voir les sites :
www.arriere-scene.be –
www.atelier210.be -
www.zoneurbainetheatre.beLe Public/0800/944.44, 13 janvier-17 février –
www.theatrelepublic.be – ensuite au Théâtre Royal de Namur : 5-10 mars, Théâtre de l'Ancre, Mons : 15-31 mars, Théâtre de la Place, Liège : 9-13 mai et en Suisse, Théâtre Le Poche,Genève : 16 avril-6mai