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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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L’Enfant problème (Lyon)

REGARD INQUISITEUR

L’Enfant problème, premier volet d’une suite de six épisodes regroupés sous le nom de « Motel de passage », inscrit George Frederic Walker dans la mouvance du théâtre anglais d’après-guerre, qui s’offre comme un lieu d’expérimentation des comportements humains, comme révélateur d’une progressive déshumanisation.

Un poste de télévision allumé et un jeune homme captivé occupent déjà l’espace scénique alors même que nous pénétrons dans la salle. Première surprise qui nous donne le sentiment immédiat de notre présence indiscrète. Ce commencement subtil agit comme une mise en abîme de notre rôle de spectateur, et nous place, tout comme le personnage, dans une position voyeuriste. Tels les « Reality Show » qui envahissent nos écrans, les situations de George Frederic Walker puisent dans le quotidien des petites gens et nous renvoient l’image peu glorieuse de notre société. Dans le cadre intimiste du petit théâtre, le metteur en scène restitue l’espace confiné d’une chambre de motel ; il use d’un fin voilage frontal tel un quatrième mur qui finit d’enfermer les personnages, fait écran à notre perception et suffit à renforcer notre statut d’observateur inopportun. Loin de la violence d’une Sarah Kane et de la sauvagerie d’un Edward Bond, l’auteur porte un regard critique sur la société de son époque, au moyen d’une écriture vivante, sans fioriture, presque drôle, là où le pathétique pourrait atteindre son apogée.
 Photo © DR

Un monde désenchanté

Jeune couple à la dérive, Denise et R.J attendent, dans une chambre désolante de tristesse, le verdict d’une assistante sociale, dont la toute puissance décisionnelle permettra ou non la restitution de leur progéniture. Pour tuer le temps et fuir un quotidien insoutenable, Elle, choisit de s’enivrer quand Lui, préfère s’indigner devant des émissions de télé-réalité au lieu d’affronter sa propre existence. Un psychodrame familial rythmé par les interventions « tragi-comiques » du concierge alcoolique et par les visites inquisitrices d’une représentante d’Etat inique.

Au-delà de « l’enfant problème », c’est toute une société problème qui se dessine, laissant apparaître les failles d’un système et les fêlures de ses acteurs, partagés entre fatalisme et attitude vindicative. Un couple parental désabusé, un gardien d’hôtel résigné mais traversé d’élans héroïques et une assistante sociale rigide et névrosée, nous font balancer entre le « happy end » et le faux pas tragique, à ne plus savoir si nous devons en rire ou en pleurer. Des bribes d’existence, posées dans un décor respirant l’ordinaire, créent une étrange proximité, comme si nous découvrions le monde désenchanté qui se cache derrière la porte du voisin.

La mise en scène, simple et efficace ne suffit pourtant pas à tenir le spectacle, qui souffre d’un démarrage poussif et de prestations d’acteurs inégales, parfois proches de la caricature. Ainsi, l’engouement peine à venir, mais contre toute attente, la magie s’opère progressivement, imperceptiblement. Nous nous surprenons alors à partager les émois des ces figures marginales et pourtant si familières, à sourire tendrement de leur ridicule, à s’attacher à leur histoire. Un moment agréable que nous offre la compagnie Bleu Sang, à retrouver dès l’année prochaine, puis en 2009 avec Le Génie du Crime et Pour Adulte Seulement, deux autres pièces de « Motel de passage ».

Anne CARRON (Lyon)

L’Enfant problème, d’après « Motel de passage » de George F. Walker.
Création de la compagnie Bleu Sang.
Mise en scène de Fabien Thimon / Scénographie de Laurence Bonnet.

Du 10 au 18 novembre 2006, au Théâtre des Clochards Célestes, 51 rue des Tables Claudiennes 69001 Lyon. Tel : 04 78 28 34 43
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