Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Cest vraiment une très bonne idée qua eue le Théâtre du Bourg-Neuf dinviter Meïssa MBaye, surnommé « le Léo Ferré africain », pour un concert les 28, 29 et 30 avril 2005.
Ce chanteur franco-sénégalais se produisait en toute petite formation, puisquil nétait accompagné que de Clifford Lafleur, à la guitare. Mais lessentiel était là : une voix de baryton magnifique, ourlée de douceur et de puissance, cousue dharmonie et de chaleur, soufrée de sensualité et de pudeur, griffée dhumour et de lucidité, gorgée de prose et de poésie, enrouée par les souffrances des hommes.

Quant aux textes, excusez du peu : Léopold Sédar Senghor et ses poèmes somptueux comme Femme noire, Joal (« un jazz orphelin qui sanglote »), Je viendrai, Présence africaine, Thiaroye (en hommage à des tirailleurs sénégalais massacrés), Ouragan, Emma Je rappelle que cet homme noir était un des plus grands manieurs de la langue française et un de ses plus grands écrivains, dune subtilité sémantique et phonique hors du commun. Mais Meïssa propose aussi ses propres compositions telles que Nteero (ma chanson préférée), Mafall, Borso, Dieuf, qui ne déméritent pas face à son glorieux aîné.
Un climat vivifiant et apaisant
En matière dinstruments, cest la fête : kongoma (autrefois utilisé par les esclaves béninois de lîle de Gorée), toukssi et guitare se répondent harmonieusement et nous baignent dans un climat vivifiant et apaisant à la fois. Je veux souligner ici la prestation du grand musicien Clifford Lafleur, au toucher de cordes cristallin.
Lui et Meïssa transpirent tous les deux le sang de la musique. Quand je les écoute, je ne peux que reprendre à mon compte cet aphorisme célèbre : « Sans la musique, la vie serait une erreur ! »