Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Ce spectacle a été donné, les 29 et 30 avril 2005, au Théâtre des Halles, après son succès au Festival off dAvignon 2004.
Cest difficile de parler dun spectacle comme Histoires delles. Pour au moins deux raisons : dabord, parce que cest presque plus de la poésie que du théâtre ; ensuite parce que lessentiel repose sur linterprétation dune seule comédienne, en loccurrence Sandrine Bestel.

Deux histoires denfermement se croisent. La première est inspirée du recueil de Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups, et plus particulièrement dune histoire, « Peau de phoque, peau dâme » : « Un pêcheur a volé la peau dune femme phoque alors quelle se baignait nue. Il la lui rendra dans sept ans, si elle lépouse. Ils se marient et donnent naissance à un enfant : Oruc. Après sept années, la femme phoque dépérit ; elle éprouve un besoin vital de retrouver lélément liquide, de retourner vivre dans la mer, mais le pêcheur refuse de lui rendre sa peau » La seconde raconte la vie dElle et de Nacim, ici et maintenant. Ils se sont rencontrés à Barbès, se sont plu, se sont aimés (« cest pas quil faisait mieux lamour, Nacim, mais il correspondait », dit Elle), se sont mariés et ont eu deux enfants, très « café crème ». Alors, tout va bien ? Ben, non, parce que Nacim arbore, depuis peu et de plus en plus, le visage terrifiant dun intégriste musulman
Le texte de Sandrine Bestel et de Mathieu Uhl est incrusté de générosité, de tolérance, de poésie, dhumour. De lucidité aussi, car ce nest pas un hymne gnangnan à lamour universel. Cest même un appel à la vigilance et une ode à la souffrance des femmes.
La mise en scène, les éclairages, la musique daccordéon ont lintelligence modeste de servir simplement décrin à la comédienne, seule en scène.
Celle-ci, Sandrine Bestel, totalement impliquée, nous amuse et nous émeut, nous emporte sur la vague du verbe. Nous nous souviendrons longtemps de son regard, irradiant et bouleversant, quand elle nous fait passer la photo de « ses » enfants.