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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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La Caixeta de CaboSanRoque (Festival du Grec de Barcelone)

LES SUPER HUIT

Lors de l’été 2004, la trouvaille dans la rue d’une caisse remplie de films, pour la plupart des films amateurs en Super 8 datant des années 70, est le point de départ du projet de ce groupe de musiciens. Après avoir réuni toutes sortes d’objets eux aussi, laissés à l’abandon sur les trottoirs barcelonais, naquit la Caixeta (petite caisse, en catalan) de CaboSanRoque.

Les membres de cette formation, au nombre de huit, sont maintenant dotés d’une quarantaine d’instruments dont une grande partie est issue de leur propre fabrication, au moyen de ces objets détournés de leur chemin vers la déchetterie, auxquels s’ajoutent quelques instruments classiques : guitare éléctrique, claviers, éléments de batterie, accordéon, etc. Après s’être cloîtrés les deux dernières années à l’intérieur d’un pièce de 7 m2 pour composer une bande sonore artisanale pour ces films tombés par hasard entre leurs mains, CaboSanRoque nous livrent maintenant le résultat de leurs expérimentations. On arrive donc très enthousiaste et un soupçon impatient sur la Plaça del Rei pour découvrir le résultat de ce travail de laborantins.

Un univers plutôt déluré

Le spectacle est en plein air, donc sans rideau et le décor est déjà planté : une caisse de 27m3, rassemblant de nombreux objets saugrenus et surprenants, tels un chiot mécanique en peluche équipé de baguettes pour jouer du xylophone, une sorte de poinçonneuse aux allures de caisse-enregistreuse, ou encore une piste de train éléctrique et un écran surplombant le tout. Ils arrivent sous les applaudissements du public, ils sont quatre : trois hommes vêtus tels des soldats de plomb - à cela près que des capsules de bière font office de boutons de manchettes - et une femme, portant l’apparât d’une danseuse classique. Un univers plutôt déluré. Tous représentent ainsi les personnages typiques d’une boîte à musique. Une petite touche catalane pour les costumes, tous portent des espadrilles.

Cependant, par la suite, les choses se gâtent. Les films sélectionnés parmi la vingtaine découverte montrent différentes scènes : plage, jeune garçon jouant au football, voyage à Tokyo, course-poursuite entre lions et zèbres, couplés à des effets visuels et interludes réalisés par le collectif Reykjavick. Le problème, c’est que la musique n’a presque rien à voir avec l’action des vidéos projetées et pire, elle n’est pas synchronisée. Ce qui donne au final des films insignifiants juxtaposés à une musique rébarbative et ennuyeuse, pour ne pas dire agaçante. C’est volontairement que l’usage des instruments est détourné, mais voir une scène de savane accompagnée d’une musique de fanfare à trois notes interminable, c’est dommage pour une bande sonore. Ce qui aurait pu être une performance revisitant le charme des films muets se trouve être une cacophonie dont on ne voit pas la fin. Un spectacle décevant, dû à un potentiel de créativité inexploité. Il ne faut au moins saluer le travail des artistes, qui ont réussi à faire d’objets quelconques des instruments de musique pour le moins originaux.

Balkis de SOUZA (Barcelone)

La Caixeta de CaboSanRoque, 10 Juillet, Plaça del Rei (Festival du Grec de Barcelone)
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