Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
La compagnie Villanueva Tango offrait le vendredi 22 avril 2005 ses dernières créations, « En la quebrada » et « Échappées », au Théâtre Golovine.
Contrairement à la majorité des spectateurs de ce vendredi-là, je suis un béotien parfait en ce qui concerne le tango. Cela ne minterdit pas pour autant davoir un avis sur ce spectacle. Non ?

La première partie, intitulée En la quebrada (la « cassure », la « faille ») ne me convainc pas totalement. Marina Carranza, seule en scène, va et vient, danse peu, cest ma déception principale alors que je mattends à une chorégraphie. Je me sens dautant moins concerné, peut-être, quelle fait plusieurs allusions non verbales à la culture argentine auxquelles je ne comprends rien (lépisode de la casserole, par exemple).
Heureusement, on enchaîne avec Échappées : place à la danse, place au tango, enfin ! Et, là, la magie opère très vite. Jean-Ronald Tan-ham et Marina Carranza forment un couple ondoyant et magnifique, plein de grâce, de sensualité, de charme, de subtilité, de rythme, de pureté chorégraphique. Ils sont emplis du plaisir de danser ensemble, sur des musiques parfaitement choisies. Les chansons, tricotées dans les mailles de lénergie et du duende, me pincent le cur, menroulent dans leur tapis de notes nostalgiques et nacrées, me couvent lâme, maternellement.
En outre, les deux artistes instillent deux doigts de joie et deux doigts dhumour dans leur chorégraphie et prouvent ainsi, avec grâce, que le tango nest pas qu« une pensée triste qui se danse ».
Mon émotion répond au mimétisme de leurs regards et de leurs mouvements moelleux, débarrassés de toute scorie « exotique ».