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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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L'Avare (Montpellier)

HARPAGON COUVRANT SON EAU

Imaginez un instant que Molière vive au XXIe siècle et qu’il écrive une pièce sur les problématiques environnementales d’aujourd’hui. C’est sur ce thème que la compagnie barcelonaise Tàbola Rassa a présenté L’Avare de Molière dans son intégralité mais à un détail près : l’or, si cher à Harpagon est remplacé par de l’eau.

Cette adaptation originale ouvre la saison de La Grande Ourse, scène conventionnée jeune public située à Villeneuve-lès-Maguelone dans l’Hérault. Le théâtre a fait salle comble lors de la première représentation avec un public scolaire mais comme le souligne Martine Combréas, la directrice du centre culturel Béranger-de-Frédol, « on s’est interrogé sur la notion de jeune public, et être jeune public n’est pas seulement lié à l’âge mais encore à la curiosité, et notre but est de proposer une programmation qui rassemble tous les âges. » Mais pour en revenir au travail présenté par la compagnie, avouons que la métaphore est plutôt bienvenue alors que les problématiques des sociétés actuelles touchent au réchauffement climatique, à l’environnement et à la question de l’eau. L’abord d’un thème grave et contemporain s’est accompagné d’un travail de vulgarisation qui a complètement conquis le public.
 
Des idées scéniques qui coulent de source

S'il est facile de se faire à l’idée de l’efficacité sans faille des effets comiques d’une pièce dont Molière, l’auteur, maîtrisait parfaitement la représentation, le jeu du quiproquo mis en place par la compagnie est ingénieux. Les intrigues prennent une tonalité marine, on comprend aisément que l’eau est un bien précieux qui peut rendre avare et le comique des échanges, s’il réside toujours dans le fond sur la pièce, est manifestement éclairé par les personnages qui sont représentés par des robinets. Les couleurs or, cuivre et argent colorent les protagonistes qui évoluent dans un décor entouré d’allusions aquatiques : seau, arrosoir, bassine… Toute la symbolique est ainsi mise en scène. De surcroît, il est aussi question de tube, de conduit : de tout ce qui peut amener l’eau et exprimer sa pénurie. Parce que ça coule de source. Sans rouille, ni tartre, tous les ingrédients sont néanmoins réunis pour se la couler douce, le temps d'une délicieuse soirée.

Et, s’il faut bien avouer qu’ici Marianne est devenue Marine, ce pur jeu de source fait d’Harpagon un avare qui ne pense plus à sa cassette mais à son seau. Quelques problèmes de plomberie viennent composer la mise en scène burlesque. Il semble que le jeu du quiproquo se soit étendu au sujet même de la pièce, et l’eau apparaît comme une nouvelle richesse. Cet Avare revisité est ingénieux, ludique et contemporain. Enfin une adaptation moderne et osée. Un exemple de créativité.

 Christelle ZAMORA (Montpellier)

L'Avare, de Molière
Cette pièce a été jouée à La Grande Ourse, Théâtre de Villeneuve-lès-Maguelone, le vendredi 29 septembre 2006 à 14h30 et à 20h 30.
Informations : 04.67.69.58.00
Compagnie Tabola Rassa / Barcelone
Conception, Mise en scène : Miquel Gallardo, Olivier Benot Jordi Bertran Manipulation et interprétation Olivier Benoît Jean-Baptiste Fontanarosa
Lumière : Daniel Ibor Michel Gallardo Scénographie : Xavier Erra Xavier Solo Costumes : Alfred Pons
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