Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Je ne suis pas un fan de marionnettes, et pourtant Panard et Grodo sont des bouffons très modernes. Ils « causent » le français de la rue et nen retiennent, souvent, que le plus savoureux. Ils ne sont guère intelligents, mais sont se croient ? très malins, comme beaucoup de nos contemporains. Dans ce monde impitoyable, où la concurrence doit être libre et non faussée et où les faibles sont irrémédiablement écartés, nos héros développent donc sans cesse des techniques de survie. Quand leurs combines marchent, ils ont lexaltation grandiose. Quand elles foirent, cest la déprime totale. Panard et Grodo sont excessifs comme des adolescents qui ont mal vieilli.
Mine de rien, Les Filozofes en disent long sur notre époque épique. Nos compatriotes nous jugent sur notre « look », notre capacité à produire de la richesse, nos performances de possédants, notre poids en euros.

Ce quil y a de très fort dans ce spectacle, cest que Jean-Claude Leportier et Éric Poirier réussissent à me faire aimer Panard et Grodo, alors que je naurais pas eu envie de les fréquenter. La mise en scène (Catherine Krémer) et le jeu des manipulateurs, bourrés dune énergie violente, transforment les marionnettes en des êtres humains drôles et attachants. Et me restituent lespoir.
Je ne me suis pas ennuyé une minute. Il ne faut jamais juger sur les apparences.