QUE DE QUESTIONS, PAS DE RÉPONSE...
Quelle est l'ambition du texte établi par Jean Jourdheuil et Mark Lammert ? Le spectateur, immergé dès son entrée dans la salle de théâtre dans un espace scénique dépouillé, s'interroge sur le contenu du spectacle qu'il va découvrir. Comment en une heure la pièce va t-elle pouvoir présenter la pensée de Michel Foucault ? Ou, nous présenter l'homme ? Ou son oeuvre ? Très vite, le titre fait sens et le mot « choses » présent à deux reprises met sur la voie de ce que contient le propos. Les auteurs ont choisi d'extraire des brides d'écrits, afin de donner des pistes sur la pensée de Foucault : histoire, architecture, sexualité, réflexion sur le corps...
Tous ces concepts sont abordés dans un espace scénique sobre où la scène est nue. Aucun décor, le théâtre aux grands murs noirs comme seul soutien au propos ; au milieu de la scène, une roue posée au sol que le comédien fait tourner et qu'il habille au fil de la pièce de grands panneaux bleus qui matérialisent la pensée et tentent de structurer le propos. La roue tourne comme une métaphore d'un espace temps, d'un monde en perpétuel mouvement au milieu duquel le philosophe tente de trouver sa place. Tantôt celui-ci maîtrise l'espace et en fait un lieu ouvert, tantôt l'espace se clôt par la main même de ce philosophe qui échoue dans ses tentatives.
Le monologue du comédien est accompagné par une partition de glassharmonica, interprétée par un musicien présent sur scène avec un instrument d'ailleurs des plus étranges. Le glassharmonica, au son cristallin, confère à la pièce un caractère original qui la place hors du temps.
Tout dans la mise en scène semble être une tentative de créer une tension, symbole de la relation qu'entretient le philosophe avec le monde. Cependant, le propos reste trop superficiel, sa brièveté le dessert, la pièce n'est ni une initiation à la pensée de Foucault, ni le prolongement d'un de ses concepts philosophiques. La direction d'acteur est beaucoup trop apparente, les déplacements du comédien manquent de fluidité. Le texte est parfois inaudible, lorsque l'acteur doit mettre en place les panneaux pour configurer l'espace scénique. Aucun sujet n'est développé plus de cinq minutes, peut-être était-ce la volonté des auteurs de mettre la pièce sous le signe de l'éphémère. Mais même si c'est le cas, l'éphémère fait place au vide, ce qui est quand même paradoxal dans une pièce sur le philosophe Michel Foucault. Les choses dites et les choses vues par celui-ci sont sans aucun doute beaucoup plus riches lorsqu'elles sont évoquées dans leur intégralité.
Audrey HADORN (Lyon)
Michel Foucault, choses dites choses vuesTexte établi par Jean Jourdheuil et Mark Lammert
Mise en scène Jean Jourdheuil
TNP de Lyon du 16 Mai au 19 Mai