"C'EST QUOI LA TÊTE D'UN POSEUR DE BOMBE ?"Voici un huis clos insolite sur les retombées du 11-Septembre. Quatre faux survivants d’un attentat et un coup de théâtre de l’Histoire. C’est Le jour de la colère, la dernière pièce du Bruxellois Thierry Debroux, déployée au plus près du spectateur par le metteur en scène Frédéric Dussenne. Accrochez-vous : une pute, un Arabe, un réac’, une intello, une terroriste - typés et (parfois) drôles, explorent notre inconscient collectif désemparé.
À Berlin, une bombe vient d’exploser dans une grande surface commerciale, déchiquetant les corps, pulvérisant la boustifaille. Allez faire la différence entre la chair humaine et la saucisse, se demande Miklas, l'un des survivants. Très vite, il se chamaille avec Lotte, une prostituée de l’Est, passée à l’Ouest. Arrive Edith, femme de médecin égarée, à la recherche de sa fille adoptive, perdue au rayon bonbons. Lorsque débarque Mourhad, poète-conférencier musulman, certains esprits se figent. Forcément c’est lui.
« Regardez-le et vous aurez la réponse. ». C’est parti.
Crédit photo © Théâtre du Méridien Plus d’une heure durant, nos personnages, à deux pas de nous, vont errer, essayant de trouver un sens à leur situation « ni morts, ni vivants ». Au fil de l’énigme, c’est notre époque trébuchante qui passe à la caisse. A chacun de raconter son 11 Septembre, l’entrée « apocalyptique » du 21ème siècle. De là, les thèmes commentés s’embrasent : capitalisme, islamisme, obscurantisme, terrorisme, colonialisme, esclavagisme, communisme, consumérisme, autoritarisme, fascisme,… Et surprise, pour réveiller nos utopies endolories, l’auteur nous envoie… Ulrike Meinhof, icône du terrorisme d’extrême-gauche des années septante ! Du chaos sans effets spéciaux.
Certes, ce kaléidoscope politique, écrit en 2003, souffle des idées convenues à l'heure actuelle. De plus, la surabondance des maux abordés nous laisse parfois sceptique. Mais au final,
Le jour de la colère de Thierry Debroux réussit un exercice de haute voltige. Il donne à voir le chaos du citoyen désemparé, crispé par une peur intériorisée de l’Etranger et une envie (essoufflée) d’améliorer le monde. Le tout, avec l’humour du désespoir et sans manichéisme, qui fait de ce jeu dialectique un plat savoureux. D’autant que la mise en scène de « proximité » de Frédéric Dussenne trace sensiblement un théâtre de chambre, au service du texte.
Ainsi, la scénographie de Vincent Bresmal a placé le public autour d’un petit espace noir, au centre duquel une spectaculaire tache blanche éclatée, rappelle l’explosion. Déployés comme une petite musique, entre le forte et le pianissimo, illuminés par la lumière violente des néons artificiels, les cinq interprètes (Soufian El Boubsi, Benoît Van Dorslaer, Sylvie Landuyt, Peggy Thomas, et Anouchka Vingtier) déambulent, coincés parfois, entre le « va et vient ».
Reste à épingler la « fièvre »Thierry Debroux. Dans son théâtre insolite, la plume est vive, les répliques fusent. Pas moins de quatre pièces sont jouées cette saison, à Bruxelles. Après
Cinecitta au Théâtre de la Vie,
Mademoiselle Frankenstein au Public et ce
Jour de la colère, on le retrouve dès juillet avec
Le Chevalier d’Eon dans les jardins du Méridien. Au même moment, son
Roi Lune, mis en scène par Frédéric Dussenne, occupera le
Théâtre des Doms, la scène belge d’Avignon.
Nurten AKA (Bruxelles)
Le jour de la colère, jusqu’au 27 mai 2006.
Théâtre du Méridien à Bruxelles.
Les pièces de Thierry Debroux , une quinzaine, sont publiées aux éditions belges Lansman.
Avignon 2006 : Retrouvez Le Roi Lune, de de Thierry Debroux, à 20h - Festival Off - du 8 au 30 juillet 2006
Théâtre des DomsLa Vitrine Sud de la Création en Communauté française de Belgique
1 bis rue des Escaliers Sainte-Anne 84000 Avignon
Tél : 04 90 14 07 99