COUP DE COEUR RUEDUTHEATRE CERTAINS L’AIMENT SHOW Allégorie poétique et absurde du monde contemporain, Happy End
est superbement servi par une mise en scène innovante et deux comédiennes à couper le souffle. A ne pas rater. A la croisée du théâtre d’objet et de marionnette, il y a
Happy End. La collaboration étroite entre l’auteur Kossi Efoui et la Compagnie Théâtre Inutile a donné naissance à un objet d’art étrange et fascinant, récit d’un monde post-apocalyptique aussi effrayant que familier. Deux bouffons, Parapluie et Parasol, Alexandra Boukaka et Marie-Dolorès Corbillon, remarquables de drôlerie, sont chargés de commenter la grande cérémonie de la « fête du feu amical » durant laquelle les deux groupes autrefois antagonistes, les 4 et les 4 prime, désignent un Grand Coupable Officiel dans le but de préserver la paix.
Tout est matière à émerveillement dans cette pièce. Le texte de Kossi Efoui, d’abord, dont l’écriture oscille entre l’étrange et l’absurde avec beaucoup de finesse et d’humour. Le sujet est grave pourtant, car il s’agit d’une allégorie de la guerre – de toutes les guerres – dont l’origine se perd dans les mémoires. Il faut désigner un coupable, un bouc-émissaire capable de cristalliser sur lui toute la haine d’un peuple ; et cela sera fait tout les vingt-cinq ans, selon des codes d’une complexité administrative. L’occasion est trop belle pour l’auteur de fustiger les accointances entre les médias et le pouvoir qui nous servent du politique comme n’importe quel show.
La beauté d’un tel texte méritait une mise en scène au moins aussi inventive et Nicolas Saelens ne s’est pas gêné. Le dispositif scénique complexe devient évident à mesure que la pièce progresse. Parapluie et Parasol manipulent des fragments de miroirs brisés figurant divers intervenants de la cérémonie, ou encore des feuilles de papier sur lesquelles sont rétro-projetées de vagues portraits. Les deux bouffons, enfermés dans un carrousel futuriste interprètent ainsi un magnifique ballet de mots, de sons, de lumières et de mouvements, parodie éclairée du grand mess médiatique. Happy End se termine mal : on aurait voulu que ça continue…
Morgan LE MOULLAC
Photo © DR
Happy End au Théâtre Le Ring à 19h30
Ecrit par Kossi Efoui
Mise en scène de Nicolas Saelens
Musique de Karine Dumont
Plasticien : Hervé Choquet
Régie Lumière : Hervé Recorbet
Avec : Alexandra Boukaka et Marie-Dolorès Corbillon
Réaction du Public :
- « On a matière à réfléchir » Isabelle Le Moell, 35 ans, enseignante
- « Je suis très heureuse d’avoir vu ce spectacle, on a l’impression de voir deux gamines qui s’amusent. Les bruitages sont géniaux, on est surpris à chaque fois qu’elles ouvrent la bouche » Karine Dedeurwaerder, 37, comédienne