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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Petit déjeuner orageux un soir de carnaval (Avignon OFF)

THÉÂTRE ET SURRÉALISME EN UN SEUL VOLUME CARTONNÉ

Il s’agit assurément de rendre surréaliste un théâtre bourré de dérision, de distance avec lui-même. Et par conséquent de voyager à travers les conventions scéniques pour permettre de dévoiler les mystères de la scène dans un rire permanent. Pète-secs et ankylosés des zygomatiques, s’abstenir.

Au début, il y avait un prologue dans lequel il ne se passe quasi rien, sauf que, mimées, les actions banales de deux protagonistes masqués, en train de manger quelques cerises posées sur une assiette pour le petit déjeuner créent un climat d’absurdité hilarante dans la veine des meilleurs numéros de clowns, à ceci près que cela finit dans le sang.  La suite est inattendue : une voix off, au courant de ce qui vient de se mont(r)er sur les planches, enjoint les deux comédiens de concevoir un spectacle à partir de ses indications orales. Elle promet réussite et gloire à chacun s’il suit les instructions dont le contenu est sensé convenir aux capacités artistiques de l’un et de l’autre.


Ce genre de mise en abîme semble être devenu une spécialité belge depuis un certain nombre d’années. Charlie Degotte ou le Magic Land s’y adonnent avec déchaînement. Yves Hunstad et sa compagnie ont toujours joué cette carte de fausse confusion entre réel et fiction. L’an passé, sur ces mêmes planches du théâtre des Doms, « Moi, Michèle Mercier, 52 ans, morte » délirait sans reprendre souffle. Voici donc aujourd’hui, Eno Krojanker et Hervé Piron, amis à la ville, comparses à la scène.

Cette fois, tout est prétexte à s’éloigner des conventions. Même en reprenant l’histoire de Don Quichotte ; surtout en tentant, avec l’aide d’une spectatrice, de revisiter « La Mouette » de Tchekhov. Car ce duo-là ne respecte pas grand-chose en dehors du plaisir de s’en donner à cœur joie pour mener en bateau, et même en gondole, le spectateur ébahi qui ne cesse de se demander où il en est. Finauds et rusés, ils manipulent la salle, lui font avaler les couleuvres les plus grosses qui soient sans que personne n’y trouve à redire.

Et cela se fait avec un naturel désarmant. Ce qui a l’air improvisé est cependant minutieusement préparé. Même la prétendue remise en cause de leur amitié en une compétition absurde finit par sembler réelle. Une réussite, sans conteste.

Michel VOITURIER

Au Théâtre des Doms, rue des Escaliers Ste Anne, à 23h jusqu’au 27 juillet (0490 14 07 99)

Texte, interprétation : Eno Krojanker, Hervé Piron

Production : Théâtre de L’L



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