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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Mansarde à Paris. Les détours Cioran (Avignon OFF)


BAROQUE FOISONNANT POUR PHILOSOPHE DÉSESPÉRÉ

Matéi Visniec, décidément à la mode (4 spectacles dans le Off !), est un auteur prolixe. Si « Mansarde à Paris » n’est pas son meilleur texte, la mise en scène espièglement surréaliste de Radu Afrim lui donne une vivacité convaincue après avoir bousculé l’œuvre originelle.

Cioran a été célèbre grâce à ses aphorismes lucides, presque cyniques. Visniec lui rend hommage sans pour autant aller puiser dans les écrits de ce philosophe du désespoir assumé. Il ne va pas davantage dans sa biographie, même si des événements sont extraits de la vie du Roumain le plus connu des Français avec Ionesco. L’ambition de l’auteur est d’inventer un imaginaire supposé se nicher dans la tête de l’écrivain vieillissant.

Mélange de délire et de tendresse, la pièce est servie par des comédiens qui se laissent gagner par une sorte de jubilation ludique. La palme échoit sans conteste à Constantin Cojocaru qui s’amuse à jouer au naïf, au roublard, à l’amnésique intermittent. Rien n’est laissé au hasard durant cette représentation où on ne craint ni les maquillages et coiffures extravagants, ni les costumes ahurissants, ni les objets hétéroclites, ni les accessoires décalés, ni une gestuelle caricaturée.

C’est la fantaisie en totale liberté. C’est un théâtre rêvé, parodiant parfois le cinéma muet burlesque, où tout est devenu possible : des godasses transformées en pigeon, des oreillers redevenus armes pour bataille de plumes, le temps bloqué devant le public, un aveugle visionnaire autant que voyant et quelque peu voyeur, un jeune suicidaire qui préfère les claquettes à la mort, un prof de philo qui singe les séminaires d’une Sorbonne « où on tourne en rond », un tango d’origine finlandaise …

Les trouvailles se suivent sans se ressembler, s’accumulent sans lasser. À condition expresse d’abandonner au vestiaire toute velléité de rationalisme, tout besoin de se référer directement au penseur des syllogismes de l’amertume. Quitte justement à courir ensuite relire celui qui a prétendu que l’idée d’avoir la liberté du suicide est la seule qui permette de survivre.

Michel VOITURIER


Au Théâtre du Balcon, 38 rue Guillaume Puy, à 10h15 jusqu’au 2 août (049085 00 80)

Mansarde à Paris. Les détours Cioran
Texte : Matéi Visniec (éd. Lansman)
Mise en scène : Radu Afrim
Distribution : Constantin Cojocaru, Maria Leena Junker, Marie Lune, Elena Popa, Valéry Plancke, Luc Schiltz, Andrei Elek
Vidéos : Mihai Pacurar, Mihai Sibianu

Coproduction : Centre culturel Kulturfabrik Esch / Centre culturel roumain Bucarest




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