QUATUOR POUR COMPÈRES COMPULSIFS L’humour protéiforme de Francis Blanche se retrouve dans ce cabaret insolent à travers sketches, monologues, aphorismes et chansons. Il n’a rien perdu de sa force même s’il est teinté d’un brin de nostalgie. Pour la génération qui connut les 4 Barbus, les Frères Jacques, les Branquignols, le feuilleton radiophonique « Signé Furax », les cabarets rive gauche des années 1950, voici une petite bulle de souvenirs qui rajeunit momentanément. Pour ceux qui n’ont connu que les personnages incarnés par le « petit gros » dans des films de Lautner (« Les Barbouzes », « Les Tontons flingueurs »…) et autres, voilà l’occasion de découvrir l’humoriste, chansonnier, parolier, parodiste, lanceur de traits caustiques, qui se définissait « athée comme une tasse ».
Quatre comédiens musiciens chanteurs ont choisi textes et musiques et les ont enchaînés avec entrain. Les saynètes se succèdent à un rythme soutenu. Chaque moment est nourri de chorégraphies, de mimes et de mimiques, d’accessoires divers et inattendus. C’est bourré de trouvailles dans une simplicité efficace, à l’inverse de certains effets spéciaux coûteux et pas nécessairement probants dont le In est particulièrement prolixe cette année.
Côté couplets, les titres sont porteurs de grincements qui égratignent, mine (explosive) de n’y pas toucher, des poids sociétaux. « La truite de Schubert » vire à la folie ; « Ça tourne pas rond dans ma p’tite tête » est d’une particulière cruauté à propos de famille et de déviance mentale ; « Les dimanches ratés » montrent un ennui dans un monde sans élan. Puis il y a ces célèbres pastiches, non seulement de la chanson réaliste mais aussi de la culture traditionnelle, irrespectueux comme « La pince à linge » sur du Beethoven ou « Le parti d’en rire » sur le Boléro de Ravel.
Textes, accessoires, postiches, costumes défilent. Le quatuor danse, bondit, se décarcasse, prend des accents, caracole et visiblement s’amuse. Hormis de brefs passage où la diction se relâche, c’est enlevé, tonique. Du spectacle vivant tandis qu’à l’inverse déjà, c’est Blanche qui dénonce cette imposture : « Dans la cuisine, la télévision nous explique notre bonheur ».
Michel VOITURIER (Avignon)
Au théâtre Notre-Dame Lucernaire (salle rouge), 17 rue du Collège d’Annecy, à 12h (durée 1h30) jusqu’au 2 août (0490 95 06 48)
« Nuit Blanche chez Francis »
Textes : Francis Blanche
Mise en scène et distribution : Jean-Baptiste Artiguas, Didier Le Gouic (comédiens, pianistes, chanteurs), Guillaume Destrem, Alain Dumas (comédiens, chanteurs)
Lumière : Bastien Courthieu
Son : Gilles Normand
Production : La Belle Équipe
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