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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Faune(s) (Avignon In)


MYTHOLOGIE DU DÉRISOIRE

Offrir quatre versions du « Prélude pour l’après-midi d’un faune » de Debussy était une piquante idée. Pour Olivier Dubois, elle devient image dérisoire du fétichisme, porteuse d’ambiguïté narrative autant qu’esthétique.

Dur, dur d’être faune aujourd’hui ! Porter son regard chargé de désir sur des corps de jeunes hommes ou de jeunes femmes  porte à suspicion. Fini les galopades en forêts à la poursuite de nymphes en tenue légère. Il y a désormais des garde chasses. Alors qui s’avise de réincarner la bonne vieille mythologie doit se méfier de tout y compris de lui-même.

La soirée commence bien. Le cinéma reste un médium réaliste susceptible de mystère et de poésie. Le court métrage de Christophe Honoré montre avec une tendresse certaine un prédateur contemporain complexé, obsédé, ridiculisé par sa difficulté à passer à l’acte. Dérisoire parce que soumis aux quolibets et finissant par se satisfaire lui-même sur un tee-shirt récupéré.

Ensuite, voici la reconstitution du ballet célèbre monté par Nijinski en 1912. L’intérêt historique de cette chorégraphie, reprise par Dominique Brun, montre terriblement l’évolution du ballet depuis cette époque où imiter les fresques égyptiennes était à la mode. Du coup, on retombe dans le dérisoire puisque, outre la chute volontaire du décor, l’aspect révolutionnaire du temps de l’art nouveau paraît aujourd’hui caricatural, voire grotesque. Même lorsque Dubois réitère sur un élément du costume d’une ballerine sa masturbation solitaire.

Le volet trois embraie à fond sur le dérisoire, faisant appel aussi bien à des musiques de Xavier Boussiron que de Franck Alamo. L’ironie fonctionne à plein grâce à un chasseur tyrolien émettant des borborygmes de plus en plus virulents à travers un cor électrifié, dont le ridicule finit par devenir pathétique, avant de finir en cloaque.

Enfin, Olivier Dubois, nu sous une peau de bête, s’embarque dans une chorégraphie symbolique. Affublé de masques, il finit par rassembler une pelisse immense qu’il traîne avant d’en jouir. Sans pour autant vraiment convaincre. Il aurait pu aller jusqu’au bout d’un humour distancié en affirmant : « La chair est flasque, hélas et j’ai oui tous les fifres ».

Michel VOITURIER (Avignon)

Chorégraphies : Olivier Dubois, Vaslav Nijinski, Dominique Brun
Mise en scène : Sophie Perez
Distribution : Caroline Baudouin, Laura Biasse, Marie-Laure  Caradec, Olivier Dubois, Sophie Gérard, Claire Laureau, Enora Rivière, Julie Salgues
Film : Christophe Honoré
Musiques : Claude Debussy, Xavier Boussiron, Sébastien Roux, Franck Alamo
Lumières : Patrick Rioux
Costumes : Corine Petitpierre, Cédric Debeuf


Festival In d’Avignon, au Cloître des Célestins, à 22h du 6 au 13 juillet

Producion : festival d’Avignon

Tournée : au Tam in August (Berlin) les 22-23 août ; en Corée (Séoul) les 5-6 octobre ; au MC2 (Grenoble) du 14 au 16 octobre ; à Tanz im Bern (Berne), le 18 octobre ; au Fanal (St-Nazaire) le 21 octobre, au LU (Nantes), les 23-24 octobre ; à la Faïencerie (Creil) le 13 novembre ; à La Foudre (Petit Quevilly) le 19 novembre ; à l’Apostrophe (Cergy-Pontoise) le 16 janvier 2009 ; au CDC (Toulouse) les 23-24 janvier ; aux Salins (Martigues) le 3 février ;  à la MCA (Amiens), le 6 février ; à Paris du 11 au 14 février ; au Triangle (Rennes) le 5 mars ; à la Rose des Vents (Villeneuve d’Ascq) les 11 et 12 mars ;  à Uzès le 13 juin.

Photo © Patrick Sagnes
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