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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre

Spectacle vu dans la saison 2007/2008 par notre équipe de Bruxelles.

Pendant Avignon 2008 au Théâtre des Doms à 11h00.

ON A BIEN MORDU

Un titre à rallonge. Et pourtant dans Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre, mise en scène par Philippe Sireuil au Théâtre National, il n’y a rien à jeter.


La caravane a la rouille qui pendouille, une aussi grise mine que le fauteuil club en skai qui lui est adossé. Elle présente malgré tout quelques touches de coquetterie qu’un enfant de la balle semble lui avoir donné : une banderole rouge et quelques étoiles de cirque la ponctuent et s’effacent malgré leur résistance à l’empreinte du temps. Une lumière apparaît à la petite fenêtre rondelette du véhicule, puis l’homme entre en scène.

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Chapeau melon, costume esquinté, cravate à pois, chaussures à la pointure surdimensionnée. Il dresse le tableau. Nous sommes dans son refuge périurbain, au centre de son refus du monde. Au bord de l’autoroute, il s’invente un océan et jouit de cette « vue imprenable sur le trafic du monde ». Reclus ? Pas tout à fait. Cinq minutes à peine et il dégaine son costume de portier. Vêtement plus soigné, attifé d’un haut de forme surplombé d’une plume aux couleurs belges : quelle dégaine ! Mais voilà qu’un chien dont le passe-temps est de provoquer sur la route des accidents toque à la porte. Il vient troubler la quiétude de son univers de misère ordinaire. C'est bien sa veine. Il veut se faire adopter mais, avant toute chose, son estomac combler.

Le chien parle, argumente, plaisante, provoque, séduit. Lui aussi a des airs clownesques avec son chapeau melon et ses pompes à rallonge. Qui est la bête ? Où est l’homme ? On ne sait plus trop, troublé que l’on est par ce tourbillon de mots et d’idées. Les dialogues fusent, les deux comédiens Philippe Jeusette et Fabrice Schillaci joutent verbalement dans des envolées lyriques dignes de Devos. Jean-Marie Piemme a écrit là un texte tantôt drôle, fluide et touchant, tantôt subversif, acerbe et provocant. Un phrasé qui annihile toute possibilité de décrocher. D’ailleurs pas un seul instant l’idée ne viendrait nous effleurer.

Dessine-moi un enfant


En huit saynettes, les deux êtres apprennent à se connaître. Ils se cachent la vérité puis se l’avouent, se chamaillent, se font la moue. Ils se trahissent et se rabibochent. En un mot, ils apprivoisent pas à patte leur côté sauvage. Suggéré par le chien, le duo aimerait devenir trio. Le portier a perdu la garde de sa fille et par là même espoir et estime. Le chien tente d’apaiser son rejet d’une société qui à sa marge l’a confiné. Ces deux sprinteurs du verbe s’en donnent à cœur joie, leurs talents sont différents mais se complètent à bon escient. Le chien est roublard, son maître assez bourru et un poil bougon. Ce besoin irrépressible d’exister aux yeux de l’autre va les réunir.

Philippe Sireuil a fait merveille avec sa mise en scène. Canaliser deux forces de la nature n’est pas tâche simple. Plus fort, il parvient à ce qu’ils ne s’étouffent pas mais se font chanter l’un l’autre. Leur duo tutoie les sommets. Certains détails ajoutent une touche cocasse au plaisir incessant de cette pièce aux accents loquaces. Les oreilles du chien s’affolent et se dressent quand il écoute. Un téléphone rouge relié directement à la SPA tombe du ciel en cas d’urgence.

On rit beaucoup, de soi, des autres, de la société et de ses incongruités, des hommes politiques alcoolisés. Les aspérités et la cruauté de l’humanité ne sont nullement occultées. Ce dialogue éblouit, il a du chien et donne irrémédiablement les crocs.

Gabriel HAHN (Bruxelles)

Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre

Texte de Jean-Marie Piemme
Mise en scène, scénographie et lumières Philippe Sireuil
Assisatnte à la mise en scène Christelle Alexandre
Costumes, assistante à la scénographie Catherine Somers
Musique originale Yvan Harcq
Interprétation
Le portier Philippe Jeusette
Le chien Fabrice Schillaci
Régie lumière, son Didier Covassin
Machiniste Jean-François Opdebeeck

Théâtre National de Bruxelles du 23 octobre au 10 novembre 2007.
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