UN CAFÉ BIEN FRAPPÉ
Huis clos corsé de lendemain de fêtes qui prolonge la nuit blanche autour d’un café noir… Philippe a décidé de réunir tous ses amis pour fêter ses trente ans dans une salle des fêtes. Les derniers courageux restent pour remettre de l’ordre dans le chaos d’une nuit agitée. Alex, un brin psycho-rigide affiche son bouquet de névroses de l’organisation et de la discipline, et s'applique consciencieusement à sa compulsion de nettoyage pendant que sa belle-sœur Martha survole la poussière en toute insouciance. L'ambiance est électrique entre ces deux caractères aux antipodes et ce n’est pas Vincent, le mari d’Alex et frère de Martha ou Antoine, un ami, qui risque de temporiser. Les tensions doublées de fatigue du petit matin poussent aux mots malheureux et aux accros d’ego.

Et l’arrivée d’une invitée surprise ne va pas arranger la donne. Louise va réveiller les vieilles douleurs du passé que tout le monde croyait enfouies et va bouleverser le canevas des vies bien ficelées. Une pause café s’impose pour apaiser les esprits et y voir plus clair. Et quand le café est corsé, les personnages sont remontés et les dialogues au taquet…
Avec trois sucres et un peu de lait Cinq personnages se retrouvent bloqués dans une pièce redorant le vieil adage de « L'Enfer c'est les autres ». Chaque personnalité se révèle habilement au cours de l'intrigue et évolue dans le temps de l'action. Pas de portraits caricaturaux malgré l'utilisation de ressorts comiques du café théâtre. Le travail de la peinture psychologique a joué avec le pointillisme pour nous laisser entrevoir le prisme de la nature humaine. Les grosses ficelles du comique fonctionnent pour mettre un peu de sucre dans le café. Les tics de langage d'Alex sont des clins d'yeux au public qui se régale de ses manies de bourgeoise endimanchée.
La nonchalance un tantinet baba cool de Martha partant au bout du monde, un sac à dos dans une main, l'espoir dans une autre, crée un contraste harmonieux qui équilibre les énergies.
Le personnage un peu falot de Vincent s'affirme au fil du jeu et se renforce grâce à la présence de Louise qui sert de contrepoids à la pièce.
Antoine apporte un regard naïf à la limite du benêt qui insuffle aux dialogues une bonne bouffée d'humour.
La mise en scène simple et précise laisse la place à chacun des personnages sans étouffer les autres. Le comique se mêle à un ton doux amer où le café devient philosophique, égrenant une réflexion sur le temps qui passe, les idéaux de la jeunesse qui se heurte à la réalité de la vie. Je m'occupe du café est une première pièce drôle et intelligente, un savant mélange de comédie pimenté de grains de gravité...
Ange LISE (Paris)
Je m’occupe du café
De Nathalie Albar et Florence Lavergne
Mise en scène par Nathalie Albar
Avec Louise Boudevin, Mallory Casas-Parramon, Jean-Sébastien Chevassu, Florence Lavergne, Emanuela Pacini
Au théâtre de l’Essaion, 6, rue Pierre-au-Lard, 75004 Paris
Du mardi au samedi à 21h30 jusqu’au 26 juillet
Réservations : 01 42 78 46 42