Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
En lutte depuis trois ans pour la défense des droits sociaux des artistes et techniciens du spectacle vivant, le collectif du 25-Février a mené peu dactions en direction du Festival off, alors quil a souvent attaqué frontalement le Festival in pour ses atermoiements et son manque dengagement dans la crise majeure que traverse la culture depuis 2003.
Il y a une raison principale à cette différence de traitement : nous nous faisons une idée suffisamment haute de ce que devrait être le Festival in pour le considérer comme un interlocuteur valable, alors quil est bien difficile de sen prendre à une chose aussi informe et tentaculaire que le Off.
Aujourdhui, la crise du Off est telle quil nous semble important de donner notre point de vue sur la situation.
« Du rififi chez les marchands du temple », pourrait sintituler ce texte.
Le temple, cest le théâtre. Les marchands, les loueurs de salles. Rongé depuis des années par linflation numérique des spectacles, la perte de sens, la mise en concurrence des artistes, le Festival off est aujourdhui à lagonie. Les structures « tiroirs-caisses » se multiplient sans concertation ni réflexion : APO, AFO, ARTO, ALFA, Festival & Compagnies, Scènes dAvignon, etc. Un vrai panier de crabes !
Il fallait sy attendre : le séisme de lété 2003 naura servi à rien.
En tout cas pas à éveiller les consciences de tout ce beau monde : loueurs de salles, directeurs de théâtres, commerçants, politiques locaux, tous sont unis dans un même élan, et réunis (malgré les haines intestines) derrière un seul intérêt : celui de faire un maximum dargent dans un minimum de temps (le mois de juillet).
Rappelons quaprès la grève de lété 2003, certains commerçants voulurent faire un procès aux compagnies qui sétaient mis en grève, en raison de leur manque à gagner financier !
Rappelons quà lautomne 2003, le collectif du 25-Février, qui contacta la quasi totalité des lieux du Off (fermés daoût à juin) pour trouver une salle de réunion avec permanence téléphonique et accueil, ne reçut que deux réponses positives.
Rappelons que durant lété 2003, au plus fort de la crise, des débats et des assemblées générales, toutes les interrogations furent de mise au sujet du Festival off. Ce nouveau régime dassurance-chômage des artistes et techniciens du spectacle, qui allait clairsemer les rangs des intermittents naurait-il pas des incidences désastreuses sur le Off ?
Combien de compagnies de théâtre auraient encore les moyens de venir à Avignon dans les années à venir ? Lavenir du Off nétait-il pas compromis ?
À trois ans de distance, ces interrogations font sourire.
Cest malheureusement et bien évidemment tout linverse qui sest passé.
Un nombre toujours plus grand de compagnies viennent chaque année à Avignon (environ 700 spectacles en 2005, combien en 2006 ?).
Ultime recours face aux conditions de plus en plus dures des artistes, le Festival off fait de plus en plus figure de miroir aux alouettes. De nombreuses compagnies, qui avaient toujours refusé de venir à Avignon, y viennent aujourdhui, frappées sévèrement par les effets pervers de la régionalisation et les réductions budgétaires. Elles se précipitent à Avignon avec le fol espoir dy « faire leur saison ». La loi de la concurrence et les pires dérives du libéralisme sont ainsi à luvre. Lexplosion des « one-man-show » sponsorisés par TF1 et autres médias commerciaux, la présence de plus en plus grande de troupes amateurs, dessinent par ailleurs sous nos yeux le nouveau paysage culturel tenant lieu de programme politique au Medef et au gouvernement : dun côté « lexcellence culturelle » (le Festival in), de lautre la culture de masse (le Festival off).
Cette description est volontairement simplifiée. Bien entendu quil y a dexcellents spectacles dans le Off (à rechercher comme des aiguilles dans une botte de foin) et des « déchets » dans le in (dixit la direction du Festival en juillet 2006). Nous décrivons ici une évolution générale, qui nous semble, elle, particulièrement révélatrice dune situation politique globale.
Il ne faut pas oublier, dans ce jeu de dupes à plusieurs bandes, deux acteurs principaux, sans lesquels les règles du jeu sécrouleraient : dun côté les diffuseurs et, de lautre, les politiques locaux.
Les diffuseurs, qui, par commodité et paresse, participent à cette marchandisation généralisée. À cette immense foire du théâtre. Quelle place reste-t-il dans ce contexte pour lexpérimentation, la prise de risque, linsolence et la violence verbale ? Bien peu. Quelle place reste-t-il pour les rencontres humaines ? Les échanges entre artistes ? Le partage entre artistes et public hors des relations mercantiles et de la consommation de spectacles ? Bien peu aussi. Alors on peut légitimement se demander pourquoi certains initiateurs du Off, brillants auteurs de brûlots révolutionnaires il y a quarante ans, ne claquent pas la porte aujourdhui. Pourquoi sacoquinent-ils aux marchands du temple ?
Les politiques locaux, qui, eux, nont en ligne de mire que les retombées économiques sur la ville, sans aucune réflexion de fond sur la fantastique aventure humaine que pourrait être le Festival off.
Jusquà quand cette agonie durera-t-elle ? Et peut-on raisonnablement croire aujourdhui à la « refondation » possible du Off ? De fait, le Off nexiste pas, puisquil na ni réglementation, ni direction artistique, ni limites à ces dérives multiples. Comment, dans ces conditions, croire à sa « renaissance » éventuelle ?
Le collectif du 25-Février